Nous sommes le jeudi 26 mars 2026. «Il est cinq heures, Paris s’éveille… Les pavés de la place Dauphine s’étirent, l’ombre du Pont-Neuf s’allonge…» Il est désormais dix heures. Paris est bien réveillée, mais pas avec la poésie de Jacques Dutronc. Ici, les pavés ne sont pas des bijoux. Ils servent de décor à une mise en scène poussive. Le rideau se lève dans un silence de cathédrale, vite brisé par un cri qui se voudrait historique: «J’accuse!»
Mais n’est pas Émile Zola qui veut. L’ombre de l’auteur de Germinal laisse vite place à des silhouettes plus familières: Louis de Funès, trépignant de colère impuissante, sourcils en bataille, flanqué d’un Michel Galabru ahuri, yeux exorbités par l’absurdité de la situation. Car si Zola avait le panache du justicier, le Président contesté de la FSF et son Politburo n’ont que le script décousu d’un mauvais vaudeville façon New York Police d’État, sans acteurs oscarisés.
De Sam le pianiste au mandat de Sembène Ousmane
La pièce vire à la farce. On cherche désespérément Sam, le pianiste fidèle, pour lui demander de jouer encore — «Play it again, Sam!» — l’air usé de la victimisation. Mais à force de vouloir transformer le Maryland en décor de théâtre, on glisse de la Case de l’Oncle Sam à celle de l’Oncle Tom.
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«Objection, votre honneur!» Cinq personnes nommément désignées pour corruption ce jeudi à Paris par le pool d’avocats de la FSF, plaintes déjà «rédigées» et juridictions américaines (New York ou Washington) identifiées… sans que les corrupteurs, les montants précis ou les preuves concrètes ne soient encore étalés sur la place publique. Du pur théâtre: on brandit le pénal international comme un joker tout en refusant de restituer trophée et médailles. Ce recours spectaculaire à la justice américaine illustre la soumission de l’Oncle Tom, une dépendance absurde à une autorité étrangère pour des affaires qui auraient dû rester continentales.
Idéalement, il aurait fallu recourir aux commissions d’éthique de la CAF, ou au pire, à celles de la FIFA. Du pur Wag the Dog: une guerre médiatique inventée pour camoufler les déboires d’un pouvoir aux abois chez lui. On nous rejoue surtout Le Mandat de Sembène Ousmane: bureaucratie du vide, course effrénée derrière un papier monnaie imaginaire. On finit par perdre sa propre dignité à force de quémander une justice étrangère.
Le silence helvétique: «Iwa nta fik ghir sdaâ»
La vérité surgit d’une question simple, posée par un confrère marocain sur les articles 82 et 84 du règlement de la CAF. Le décor craque. L’avocat suisse de la FSF, en bon Helvète, joue la montre et botte en touche. Incapable de répondre sur le fond, il choisit la fuite procédurale.
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La preuve est limpide: le dossier est vide. Face au droit pur, la stratégie est claire: circulez, il n’y a rien à voir! Comme le dirait parodiquement un Clint Eastwood qui aurait soudainement pris l’accent de Jamel Debbouze ou de Gad Elmaleh: «Écoute mon frère, c’est simple, c’est mathématique! Le monde est divisé en deux: ceux qui ont le droit et ceux qui font du bruit… Iwa nta, fik ghir sdaâ!»
Le sommet du burlesque: les «otages» à deux francs CFA
Ici, la pièce atteint son paroxysme comique. On nous inflige une tragédie grecque en version low-cost: dix-huit supporters sénégalais transformés en «otages d’État», dignes d’un sketch du Marrakech du Rire. L’emphase est telle qu’on en oublierait presque qu’il s’agit de supporters condamnés en première instance par le tribunal de Rabat, pour des faits constatés en direct: tentative d’invasion de pelouse, dégradations de biens publics, violences préméditées contre les agents de la force publique et détention illégitime d’engins pyrotechniques.
Appliquer la Loi 09-09 relative à la prévention de la violence dans les manifestations sportives est une question de souveraineté. Appeler cela une «prise d’otages»? C’est nier la séparation des pouvoirs chère à Montesquieu pour alimenter un narratif victimaire. La justice du Royaume n’est pas un accessoire de vaudeville.
La logique de l’esbroufe contre la raison cartésienne
Mais le comble de l’absurde réside dans ce plaidoyer dénué de fond relatif au trophée et aux médailles. Soyons cartésiens deux minutes: quand la commission d’appel donne le Sénégal perdant par forfait, elle désigne, par une conséquence juridique implacable, le Maroc comme tenant du titre.
Un enfant de sept ans comprendrait ce raisonnement logique: si tu as perdu par forfait, le trophée ne t’appartient plus. Il doit être restitué, tout comme les médailles. Pourtant, on préfère s’accrocher à l’objet comme à un fétiche, substituant l’esbroufe médiatique à la logique la plus élémentaire. C’est le syndrome du mauvais perdant élevé au rang de doctrine nationale.
Paradoxe du juriste: Augustin Senghor, l’aigreur et le double langage
Et que dire de Maître Augustin Senghor? Avocat de formation, il connaît le poids des statuts. Pourtant, là où la loi impose clarté et responsabilité, il choisit silence, double langage et aigreur.
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Senghor fut l’un des artisans du consensus de Rabat qui porta l’actuelle direction au pouvoir sous l’égide de la FIFA. Il se présentait comme le garant d’une CAF réformée et transparente. Aujourd’hui, son silence sur des dossiers qu’il a lui-même validés trahit un laisser-faire coupable. S’il savait, pourquoi n’a-t-il rien dénoncé? S’il ne savait pas, pourquoi occupait-il ce poste de vigie? Privé du maroquin qu’il convoitait tant à la FIFA, il transforme cet échec personnel en vendetta pathétique contre la FRMF et son président. On ne reconstruit pas une maison avec ceux qui ont regardé les fondations s’effriter sans rien dire.
Épilogue: Lausanne et le triomphe de la raison
Quand les opportunistes cesseront le fameux «je poste donc j’existe», cette pièce de vaudeville fermera enfin ses rideaux. Les ballons de baudruche, dixit Jacques Chirac, feront «pshiit».
Le droit, contrairement au buzz, impose toujours silence et clarté. Ceux qui «grenouillent», comme dirait le Général de Gaulle, laisseront place aux sages et aux juristes compétents. Devant le TAS, les compatriotes de Feu Léopold Sédar Senghor finiront par comprendre qu’un tronc qui reste dix ans dans le fleuve ne devient pas crocodile. Laissons le temps et le droit faire leur œuvre.
