Le débat sur le «timing» continue d’alimenter les réactions depuis le verdict du Jury d’appel de la CAF. Deux mois jugés «trop longs» par certains, brandis comme un symbole d’inefficacité. Pourtant, dès que l’on quitte le registre émotionnel pour revenir aux faits, cette critique s’effrite rapidement.
D’abord parce que, comme nous l’a rappelé Me Renaud Duchêne, spécialiste du droit du sport, ce délai s’inscrit dans une logique procédurale parfaitement classique: «Sur le plan sportif, deux mois peuvent paraître longs, et c’est effectivement assez rare, mais cela ne me surprend pas. La procédure a suivi son cours: une première instance, puis un appel introduit par la FRMF. La décision rendue en appel par la CAF est donc cohérente».
Ensuite, et surtout, parce que l’histoire récente du football africain offre un précédent autrement plus parlant. Celui du match Sénégal–Afrique du Sud, disputé le 12 novembre 2016 dans le cadre des éliminatoires du Mondial 2018. Ce jour-là, le Sénégal s’incline 2-1, au terme d’une rencontre marquée par un arbitrage lourdement contesté. Quelques mois plus tard, la FIFA ouvre une enquête. Verdict: l’arbitre ghanéen Joseph Lamptey est suspendu à vie pour manipulation de match. Conséquence directe: la rencontre est purement et simplement annulée. Et surtout, elle est rejouée… en novembre 2017. Soit près de dix mois après les faits.
Dix mois pour corriger une anomalie. Dix mois pour rétablir l’équité sportive. Et à l’arrivée, un Sénégal vainqueur (2-0), qualifié pour la Coupe du monde 2018.
Ce précédent est essentiel, car il remet en perspective le débat actuel. À l’époque, personne ne parlait de «scandale du timing». Parce que l’enjeu était clair: faire primer le droit sur l’immédiateté.
C’est exactement ce qui se joue aujourd’hui. Le Jury d’appel de la CAF n’a pas réagi à chaud, mais à froid, dans un cadre juridique structuré. Et comme l’a souligné le président de la CAF, Patrice Motsepe, l’essentiel est ailleurs: «Aucun pays africain n’est traité d’une manière plus privilégiée, plus avantageuse ou plus favorable. Ce qui s’est produit a miné les efforts fournis par la CAF durant de longues années pour assurer l’intégrité, le respect, l’équité, la crédibilité et la bonne gouvernance».
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Et de rappeler un point fondamental dans cette affaire: «Le Jury disciplinaire et le Jury d’appel ont rendu des décisions différentes», preuve que les instances fonctionnent de manière indépendante.
Au fond, la comparaison est implacable. Là où certains dénoncent aujourd’hui deux mois d’attente, l’histoire du football africain a déjà accepté dix mois pour rétablir la justice.
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Le vrai débat n’est donc pas celui du délai, il est celui de la cohérence. Et sur ce terrain, entre l’analyse juridique, les déclarations institutionnelles et les précédents historiques, une ligne se dégage clairement: le temps de la décision importe moins que sa solidité. Le reste n’est qu’agitation.
