Jugés en appel pour escroquerie, Platini et Blatter fixés sur leur sort mardi

Poignée de mains entre Sepp Blatter et Michel Platini, le 2 juin 2015 à Zurich.

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Rejugés en Suisse pour escroquerie, Michel Platini et l’ex-président de la Fifa Sepp Blatter connaîtront leur sort mardi matin dans l’affaire qui a brisé en 2015 les ambitions du triple Ballon d’or, alors idéalement placé pour prendre la tête du football mondial.

Le 24/03/2025 à 12h46

Devant La Cour d’appel extraordinaire du Tribunal pénal fédéral réunie à Muttenz (nord-ouest), le parquet a requis début mars un an et huit mois de prison avec sursis contre les deux anciens dirigeants, bien en dessous des cinq ans d’emprisonnement qu’ils peuvent encourir.

Mais mardi à 10H00 locales (GMT+1), le Français de 69 ans et le Suisse de 89 ans n’espèrent qu’une issue: être une nouvelle fois acquittés, eux qui clament leur innocence depuis l’éclatement de l’affaire, et y voient une manipulation politico-judiciaire destinée à les écarter du pouvoir.

«Le motif de la présente procédure», ouverte en 2015 après la démission de Blatter empêtré dans les scandales, «était uniquement d’empêcher Michel Platini de devenir président de la Fifa», a lancé pendant sa plaidoirie Me Dominic Nellen, l’avocat du triple Ballon d’Or.

Il a d’ailleurs réclamé une «réparation morale» pour son client, dont la carrière a été «brutalement ruinée» au moment où, toujours auréolé de sa gloire sportive et patron de l’UEFA, il voulait succéder à Blatter à la tête de la Fifa.

«Accord de gentlemen»

Mais judiciairement, le contexte de l’affaire importe peu: seule comptera, pour la Cour d’appel, la «tromperie» reprochée aux deux accusés, soit le paiement par la Fifa de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) à l’ex-N.10 des Bleus en 2011, avec l’appui de Sepp Blatter.

Défense et parquet s’accordent sur un point: le Français a bien conseillé le Suisse entre 1998 et 2002, lors du premier mandat de ce dernier à la tête de la Fifa, et les deux hommes ont signé en 1999 un contrat convenant d’une rémunération annuelle de 300.000 francs suisses, intégralement payée par la Fifa.

Mais en janvier 2011, l’ancien milieu de terrain «a fait valoir une créance de 2 millions de francs suisses», qualifiée de «fausse facture» par l’accusation.

Les deux hommes martèlent de leur côté qu’ils avaient dès l’origine décidé d’un salaire annuel d’un million de francs suisses, au gré d’un «accord de gentlemen» oral et sans témoins, sans que les finances de la Fifa n’en permettent pourtant le versement immédiat à M. Platini.

Le Français «valait son million», a encore assuré Sepp Blatter lors du procès, avant que Michel Platini ne raconte à son tour la négociation: «j’ai voulu un peu plaisanter et j’ai dit +un million de ce que tu veux: des roubles, des pesetas, des lires+. Et M. Blatter a dit +un million de francs suisses+».

L’ombre de la corruption

Dans ses réquisitions, le procureur Thomas Hildbrand a souligné la «contradiction» avec le contrat de 1999, le contraste avec les pratiques habituelles de l’instance et plus généralement celles du monde du travail, et a exhumé des rapports d’audit montrant que la Fifa avait encore d’abondantes réserves de trésorerie.

S’agit-il de décider quelle version est la plus crédible ? Non, a rappelé Me Nellen, puisque la charge de la preuve pénale repose sur l’accusation: «ce n’est pas à la défense de prouver l’existence d’un tel accord oral», mais au parquet de démontrer que les accusés ont escroqué la Fifa.

Or le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone, en 2022, avait acquitté les deux hommes en estimant que l’escroquerie n’était «pas établie avec une vraisemblance confinant à la certitude» - même si décider sans trace écrite d’un salaire aussi élevé paraissait «quelque peu inhabituel».

La défense a par ailleurs fait valoir que Blatter n’avait aucun «motif» d’escroquer la Fifa, puisqu’il n’a pas gagné un centime dans l’affaire, alors que Platini «aurait eu divers moyens nettement plus simples» de s’enrichir, comme négocier un bonus ou signer un nouveau contrat.

Prudemment, Thomas Hildbrand a rappelé le soutien apporté par Michel Platini à la réélection de Blatter à un quatrième mandat, en mai 2011, faisant planer le soupçon de corruption dans le prétoire.

Mais il «a lui-même considéré cette hypothèse comme non prouvée», a relevé Me Lorenz Erni, l’avocat de Sepp Blatter.

Par Le360 (avec AFP)
Le 24/03/2025 à 12h46

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