Il y a des matchs que le résultat résume mal. Le 1-1 concédé par les Lions de l’Atlas au Mali, dimanche soir à Tanger, appartient à cette catégorie. Un match nul dans une rencontre amicale ne constitue ni une alerte ni un aboutissement. Il est surtout un révélateur. Celui d’une équipe marocaine en construction, capable de séquences très convaincantes, mais qui doit encore apprendre à maîtriser certaines phases de ses rencontres, ou certains joueurs gagneraient à faire preuve de plus de pragmatisme, voire d’intelligence de jeu ensemble.
Le Maroc avait pourtant parfaitement entamé la partie. Durant la première période, les Lions ont pris le contrôle du ballon et du rythme. 59% de possession, 7 tirs contre 3, 307 passes contre 218. Les chiffres traduisent une domination qui n’était pas seulement statistique. Le milieu marocain a bien fonctionné, avec Bouaddi, El Aynaoui et Ounahi capables de faire circuler le ballon avec fluidité. Et El Khannouss qui venait là de temps à autres, délaissant son côté sans réelle efficacité. On peut même dire que l’équipe a joué sans son côté droit.
Cette première mi-temps a également montré quelque chose d’intéressant. Le Maroc n’a pas eu besoin de forcer son jeu pour s’installer dans le camp malien. La sortie de balle était propre, les déplacements cohérents et Ismaël Saibari, utilisé dans un rôle de faux neuf, a apporté une mobilité qui a souvent désorganisé le bloc adverse.
Puis est venu le but d’Abdessamad Ezzalzouli. À la 33e minute, l’attaquant marocain transformait un penalty et récompensait la domination marocaine. Le but devait libérer les joueurs marocains. Il a eu l’effet inverse. Après avoir pris l’avantage que le match devint plus intéressant à analyser, le Mali ne baissa point les bras.
Le problème n’était pas de jouer, c’était de continuer à jouer
En seconde période, le rapport de forces s’est progressivement inversé. Le Mali a augmenté l’intensité, pris davantage de risques et commencé à mettre la défense marocaine sous pression. Bounou a dû intervenir pour préserver l’avantage des Lions. Finalement, à la 77e minute, Gaoussou Diarra a égalisé sur un centre venu d’un coup franc. Une faute imprudemment commise là on où on ne devrait pas. Mais ça arrive.
Lire aussi : Classement FIFA: le Portugal bat la Norvège et relègue les Lions à la 7e place
Ce but ne doit pas être considéré isolément. Il pose une question plus importante: comment une équipe qui a autant maîtrisé son adversaire en première période peut-elle perdre progressivement cette maîtrise après la pause?
C’est probablement l’un des principaux enseignements de cette rencontre. Une grande équipe ne se définit pas uniquement par sa capacité à prendre le contrôle d’un match. Elle se définit aussi par sa capacité à conserver ce contrôle lorsque l’adversaire change son dispositif, augmente son agressivité et accepte de prendre davantage de risques. Le Mali l’a fait. Le Maroc a, lui, davantage subi.
Un nul qui ne doit ni inquiéter ni être banalisé
Il serait excessif de tirer des conclusions définitives d’un match amical. Le Maroc sort de cette fenêtre internationale avec deux victoires contre le Gabon et le Lesotho, avant ce nul contre le Mali. Un nul il faut le rappeler venu après un très long déplacement en Afrique du sud et un match sur un champ de patates à 1350m d’altitude. Cela laisse des traces et impacte le physique. Il serait cependant tout aussi dommage de considérer le 1-1 comme un simple accident sans intérêt. Les matchs amicaux ont précisément cette fonction de permettre au sélectionneur d’identifier les mécanismes qui fonctionnent et ceux qui doivent encore être améliorés.
Mohamed Ouahbi a d’ailleurs procédé à plusieurs changements en seconde période, avec notamment les entrées de Brahim Díaz et Soufiane Rahimi. Ils n’ont cependant pas permis au Maroc de reprendre l’avantage. Le chantier n’est donc pas celui du talent individuel. Celui-ci est évident. Il concerne davantage la maîtrise collective, la continuité dans l’effort, la capacité à gérer les différents scénarios d’une rencontre et possiblement le positionnement de certains joueurs et leur efficacité.
Une équipe qui possède désormais une autre exigence
Le Maroc n’est plus une sélection que l’on regarde simplement à travers ses résultats. Le niveau atteint ces dernières années a créé une nouvelle exigence autour des Lions de l’Atlas. Lorsque l’on a construit une équipe capable de rivaliser avec les meilleures nations, chaque match devient une occasion de mesurer le chemin restant à parcourir. C’est peut-être cela qu’il faut retenir de Tanger.
Le Maroc possède les joueurs pour contrôler un match. Il possède la qualité technique pour imposer son rythme. Il possède également une profondeur de banc qui permet au sélectionneur de modifier son animation. Mais le football international se joue souvent sur une autre dimension, celle de la capacité à maintenir la concentration et l’intensité pendant quatre-vingt-dix minutes. Le Mali nous a rappelé cette évidence.
Et maintenant?
Il faut donc regarder ce 1-1 avec sérénité, mais aussi avec lucidité. La première période constitue une base intéressante. La seconde rappelle que rien n’est définitivement acquis. Entre les deux, il y a précisément le travail d’un sélectionneur qui transformer les bonnes séquences en habitudes et les insuffisances en axes de progression. Le prochain rendez-vous international sera en novembre.
Lire aussi : Maroc-Mali: les notes de Coach Ouahbi et ses Lions
D’ici là, le plus important n’est donc pas de savoir si le Maroc aurait dû battre le Mali. La vraie question est ailleurs. Il faut se demander comment faire pour que le Maroc de la première période devienne une équipe capable de jouer ce football pendant tout un match?
C’est à cette question que les prochaines semaines devront apporter une réponse. Parce que les Lions de l’Atlas n’ont plus seulement besoin de gagner des matchs. Ils doivent continuer à construire une équipe capable de les maîtriser.
Abdessamad Ezzalzouli lors de l'amical face au Mali, le 4 octobre au Grand Stade de Tanger.

















