Mohamed Mehdi Bensaïd: les grands chantiers qui attendent le nouveau ministre des Sports

Mehdi Bensaïd, ministre de la Jeunesse, de la Culture et des Sports.

S’inspirer des modèles du football et du golf, attirer de grands événements internationaux, développer le sport scolaire, accompagner les fédérations et réformer la loi 30.09. Les chantiers qui attendent le nouveau ministre des Sports, Mohamed Mehdi Bensaïd, sont nombreux. Avec un objectif: permettre au Maroc de faire du sport un véritable levier de développement et de rayonnement international.

Le 16/10/2026 à 20h57

Le roi Mohammed VI a présidé, ce vendredi 16 octobre au Palais royal de Rabat, la cérémonie de nomination des membres du nouvel exécutif. Reconduit au gouvernement, Mohamed Mehdi Bensaïd hérite d’un portefeuille remanié. Désormais ministre de la Jeunesse, de la Culture et des Sports, il cède le département de la Communication et récupère celui des Sports. Une nouvelle responsabilité qui s’accompagne de plusieurs chantiers majeurs.

Le nouveau ministre prend les commandes du sport national à un moment où le Maroc affiche de grandes ambitions sur la scène internationale. Fort des avancées réalisées dans le football et le golf, le Royaume dispose de deux modèles dont pourraient s’inspirer les autres disciplines pour accélérer leur développement.

Mais au-delà des performances sportives, plusieurs dossiers attendent Mohamed Mehdi Bensaïd: la réforme de la loi 30.09 relative à l’éducation physique et aux sports, le développement du sport scolaire, l’accompagnement des fédérations, la formation des champions de demain et la mobilisation des investissements privés.

À ces priorités s’ajoute un autre défi: faire du Maroc une destination incontournable pour les grandes compétitions internationales, au-delà du football, en capitalisant notamment sur la dynamique de la Coupe du monde 2030.

S’inspirer des modèles du football et du golf

C’est sans doute l’un des chantiers les plus importants. Porté par la vision du roi Mohammed VI, le football marocain a connu des avancées majeures ces dernières années, grâce notamment aux investissements dans les infrastructures, à la formation, à l’encadrement technique et à la professionnalisation.

L’Académie Mohammed VI de football, les centres fédéraux et les différentes structures de formation constituent aujourd’hui des références. Un modèle dont pourraient s’inspirer les autres disciplines.

Le golf marocain offre également un exemple intéressant. Sous l’impulsion de la Fédération royale marocaine de golf (FRMG), cette discipline s’appuie sur une stratégie de développement associant formation des jeunes, accompagnement des talents et organisation de compétitions internationales. Le Trophée Hassan II et la Coupe Lalla Meryem contribuent notamment au rayonnement du Royaume sur la scène golfique mondiale.

Ces deux expériences, différentes par leurs moyens et leur organisation, montrent l’importance d’une vision à long terme et d’un travail structuré.

Athlétisme, basketball, handball, volleyball, natation ou encore sports automobiles: plusieurs disciplines disposent d’un potentiel humain considérable, mais ont besoin d’une politique de développement adaptée à leurs réalités.

Il ne s’agit évidemment pas de reproduire à l’identique le fonctionnement du football ou du golf, mais de retenir les ingrédients de leur développement: une stratégie claire, des infrastructures adaptées, un encadrement de qualité, une détection précoce des talents et une présence régulière dans les grandes compétitions internationales.

Le ministère pourrait jouer un rôle déterminant dans cette transformation, en accompagnant les fédérations dans la mise en place de projets de développement ambitieux, assortis d’objectifs précis et de moyens adaptés.

Réformer la loi 30.09 pour accompagner les ambitions du sport marocain

Autre chantier majeur qui attend le nouveau ministre: la réforme de la loi 30.09 relative à l’éducation physique et aux sports. Promulgué en 2010, ce texte constitue le socle juridique de l’organisation du sport national. Mais plus de seize ans après son adoption, le paysage sportif marocain a considérablement évolué, tout comme les ambitions du Royaume.

La professionnalisation des clubs, le développement des sociétés sportives, la gouvernance des fédérations, les investissements privés ou encore l’émergence de nouveaux métiers du sport imposent aujourd’hui une réflexion sur l’adaptation de ce cadre législatif.

L’enjeu ne sera pas simplement de modifier quelques dispositions, mais de doter le sport marocain d’une législation capable d’accompagner son développement. Une réforme qui devra notamment clarifier les responsabilités des différents acteurs, faciliter l’investissement, renforcer la transparence dans la gestion des structures sportives et offrir davantage de souplesse aux clubs et aux fédérations.

Le football, qui a engagé sa transformation depuis plusieurs années, illustre à la fois les avancées réalisées et les difficultés que peut poser l’application du cadre juridique actuel, notamment en matière de passage des associations aux sociétés sportives.

Pour le nouveau ministre, la révision de la loi 30.09 pourrait ainsi constituer l’un des chantiers structurants de son mandat. Car les ambitions sportives du Maroc, à l’horizon 2030 et au-delà, nécessitent aussi des règles adaptées aux réalités d’aujourd’hui.

Faire du Maroc une destination incontournable des grands événements sportifs

Le Royaume a acquis une expérience reconnue dans l’organisation des compétitions de football. La Coupe du monde 2030, qu’il coorganisera avec l’Espagne et le Portugal, constitue le prochain grand rendez-vous.

Mais pourquoi limiter cette ambition au ballon rond? Le Maroc dispose d’atouts pour accueillir davantage de manifestations internationales dans d’autres disciplines. Des compétitions majeures de basketball, de tennis, d’athlétisme, de cyclisme ou de sports mécaniques pourraient contribuer à renforcer son attractivité.

L’exemple du Rwanda mérite, à ce titre, une attention particulière. La Formule 1 fera son retour sur le continent africain au début des années 2030, avec un Grand Prix organisé au Rwanda. Un accord de dix ans a été conclu pour accueillir cette compétition, absente du continent depuis 1993, année du dernier Grand Prix disputé en Afrique du Sud. Une ambition qui illustre la volonté du Rwanda de faire du sport un levier de développement économique, touristique et de rayonnement international.

Et pourquoi pas le Maroc? Le Royaume possède une histoire avec la Formule 1, puisqu’il avait accueilli un Grand Prix comptant pour le championnat du monde en 1958, sur le circuit d’Aïn Diab, à Casablanca.

Bien entendu, accueillir une compétition de cette envergure exige des investissements considérables et une étude sérieuse de sa rentabilité. Mais cette ambition montre comment un pays africain peut chercher à se positionner sur les plus grands événements mondiaux.

Le Maroc dispose d’atouts pour nourrir de telles ambitions, à condition de définir ses priorités, de mobiliser les partenaires nécessaires et d’inscrire ces projets dans une vision à long terme.

Redonner toute sa place au sport scolaire et à la formation

Les champions de demain se trouvent aussi dans les écoles, les quartiers et les petites villes du Royaume. Le développement du sport scolaire représente donc un autre chantier essentiel. La détection des jeunes talents ne peut reposer uniquement sur les clubs et les fédérations.

Une coopération renforcée entre le ministère des Sports, celui de l’Éducation nationale et les collectivités territoriales permettrait de multiplier les compétitions scolaires, d’améliorer l’accès aux installations et d’identifier plus tôt les jeunes sportifs prometteurs.

Il faudra également accorder une attention particulière au sport féminin, au handisport et aux disciplines qui peinent encore à attirer les financements privés.

L’objectif est simple: permettre à chaque jeune Marocain, quelle que soit sa région ou sa situation sociale, de pratiquer une activité sportive dans de bonnes conditions.

Accompagner les fédérations et préparer les champions de demain

Les ambitions sportives d’un pays se mesurent aussi à ses performances dans les grandes compétitions internationales, notamment aux Jeux olympiques. Pour améliorer ses résultats, le Maroc devra renforcer l’accompagnement de ses athlètes de haut niveau et donner davantage de visibilité aux fédérations sur leurs moyens et leurs objectifs.

La préparation d’un champion olympique ne s’improvise pas. Elle nécessite plusieurs années de travail, des entraîneurs qualifiés, un suivi médical, des équipements adaptés et la possibilité de participer régulièrement à des compétitions internationales.

Le ministère aura donc un rôle important à jouer dans la coordination des efforts entre les fédérations, le Comité national olympique marocain et les autres partenaires.

Une attention particulière devra également être accordée à la formation des entraîneurs, des préparateurs physiques, des arbitres et des cadres administratifs. Car derrière chaque champion se trouve tout un environnement qu’il faut construire et entretenir.

Faire du sport un véritable secteur économique

Le sport ne se résume plus aux résultats obtenus sur les terrains ou aux médailles remportées. Il représente aujourd’hui une industrie capable de générer des emplois, d’attirer des investissements et de contribuer au développement des territoires.

Le Maroc peut capitaliser sur ses infrastructures, son positionnement géographique et son expérience dans l’organisation des événements pour développer une véritable économie du sport. Tourisme sportif, équipementiers, centres de formation, médecine sportive, organisation de compétitions ou encore métiers liés à la gestion des infrastructures: les possibilités sont nombreuses.

L’enjeu sera notamment d’encourager les investissements privés et de développer des partenariats durables, afin que les projets sportifs ne reposent pas exclusivement sur les financements publics.

Il faudra aussi veiller à ce que les infrastructures construites ou modernisées pour les grandes compétitions continuent à servir les clubs, les athlètes et les citoyens une fois les événements terminés.

Transformer les ambitions en résultats

Le nouveau ministre hérite ainsi d’un département qui peut jouer un rôle central dans le développement du sport marocain. Le football et le golf ont montré qu’avec une vision, des investissements et un travail de fond, le Maroc pouvait construire des modèles sportifs solides et gagner en visibilité internationale. Il reste désormais à faire profiter les autres disciplines de cette dynamique.

La réforme de la loi 30.09, le développement du sport scolaire, l’accompagnement des fédérations et l’accueil de nouvelles compétitions internationales devront s’inscrire dans une même ambition.

La Coupe du monde 2030 constitue une formidable vitrine, mais l’avenir sportif du Royaume ne doit pas s’arrêter à cet événement.

Le véritable défi du nouveau ministre sera de contribuer à bâtir un modèle capable de former davantage de champions, d’accueillir les plus grandes compétitions et de faire du sport un moteur de développement économique et social. Car le Maroc a déjà prouvé qu’il savait réussir dans le football et développer une tradition golfique reconnue. Il est temps de voir plus grand, dans tous les sports.

Par Adil Azeroual
Le 16/10/2026 à 20h57