Botola: et si on commençait par réformer la LNFP?

Abdeslam Belkchour, président de la LNFP

ChroniqueAprès avoir agité pendant plusieurs semaines le projet d’une Botola à 20 clubs, la LNFP a finalement dû se résoudre à maintenir les deux divisions professionnelles à 16 équipes, conformément aux règlements en vigueur. Cet épisode pose désormais une question plus profonde que le format du championnat: et si, avant de réformer la Botola, il fallait commencer par réformer la Ligue elle-même, sa gouvernance, son organisation et son mode de fonctionnement?

Le 21/08/2026 à 11h26

Après avoir passé plusieurs semaines à militer secrètement pour agrandir la Botola, la Ligue nationale de football professionnel vient de découvrir une chose assez élémentaire: un règlement ne se modifie pas d’un trait de plume. Encore moins à quelques semaines du début d’un championnat.

Jeudi, la LNFP a donc annoncé que la Botola Pro D1 resterait à 16 clubs en 2026-2027. Même chose pour la D2. Et, détail presque savoureux après tout ce qui a été raconté ces derniers jours, la Ligue précise que cette décision est prise «conformément aux procédures, règlements et lois en vigueur». Il aura donc fallu tout ce bruit pour revenir au point de départ.

Mais ce qui vient de se passer mérite que l’on approfondisse le débat. Car le problème n’est peut-être plus de savoir si la Botola doit se jouer à 16, 18 ou 20 clubs. Il est désormais de savoir si l’institution chargée du football professionnel marocain dispose de la structure, des compétences et de la vision nécessaires pour gérer un championnat qui ambitionne précisément de devenir pleinement professionnel. Une question qui concerne directement la LNFP et son président, Abdeslam Belkchour.

Depuis sa création, la Ligue devait accompagner la professionnalisation du football marocain. Or, sur le terrain, les mêmes problèmes reviennent. Programmation contestée, reports, calendrier difficilement lisible, communication institutionnelle intermittente, marketing encore embryonnaire, produit télévisuel insuffisamment valorisé et revenus commerciaux qui restent loin du potentiel du football marocain.

C’est là que la comparaison avec les grands championnats étrangers devient intéressante. Non pas pour demander à la Botola de générer demain les milliards de la Premier League ou de la Liga. Ce serait de la mauvaise foi. Les marchés, les économies, les audiences et l’histoire de ces compétitions ne sont pas comparables. Mais leur manière de penser un championnat mérite d’être regardée.

Une grande Ligue professionnelle n’est plus seulement une administration qui établit un calendrier et organise des rencontres. C’est une entreprise. Elle possède un produit, une marque, des clients, des partenaires, des diffuseurs, des droits commerciaux et une stratégie de développement. Le match reste le cœur du réacteur, mais tout un écosystème économique tourne autour.

La Premier League est regardée partout dans le monde. La Liga a construit pendant des années son rayonnement international autour de ses clubs et de ses stars. Les championnats européens vendent des droits audiovisuels, des partenariats, des contenus numériques, des licences et une image. Ils travaillent leur calendrier, leur réalisation télévisuelle, leurs réseaux sociaux, leurs statistiques, leur exposition internationale et l’expérience des supporters. Ce sont devenus de gigantesques spectacles sportifs, capables de réunir des centaines de millions de téléspectateurs et de générer des milliards.

La première richesse de ces championnats reste évidemment le football lui-même. Les joueurs, les clubs, les rivalités, les stades, les histoires. Que serait devenue la Liga moderne sans Lionel Messi et Cristiano Ronaldo? Que vaudrait son exposition actuelle sans Vinicius Junior, Lamine Yamal et les autres stars qui nourrissent quotidiennement son récit?

Comparaison n’est pas raison. Mais elle permet au moins de comprendre l’ampleur du retard.

Le Maroc dispose aujourd’hui d’un football qui n’a probablement jamais bénéficié d’une telle exposition internationale. La sélection nationale a changé de dimension, les infrastructures progressent, le pays accueillera la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal et les joueurs marocains évoluent dans les plus grands championnats européens. Et notre Ligue professionnelle, elle? Elle discute du nombre de clubs. Peut-être avons-nous pris le problème à l’envers.

Au lieu de chercher à réformer la Botola tous les quatre matins, il faudrait commencer par réformer celui qui est chargé de la gérer. Et cela passe nécessairement par une remise à plat de la LNFP.

Pourquoi ne pas installer une véritable gouvernance professionnelle, avec une séparation beaucoup plus nette entre représentation politique et gestion opérationnelle?

Un président peut représenter les clubs et conduire les grandes orientations arrêtées par les instances de la Ligue. Mais le fonctionnement quotidien devrait être confié à un directeur général recruté pour ses compétences. Un technocrate du sport business, du management ou de l’industrie du football, sans appartenance à un club, sans dépendance envers un président de club et sans coloration partisane. Quelqu’un dont la carrière dépendrait des résultats de la Ligue et non des équilibres électoraux du football.

Autour de lui, une vraie administration. Une direction des compétitions capable de construire et protéger un calendrier. Une direction commerciale chargée d’aller chercher de nouveaux revenus. Une direction marketing pour transformer la Botola en marque. Une direction financière et administrative. Une direction juridique et conformité qui, justement, éviterait que l’on découvre les contraintes réglementaires après avoir lancé une réforme. Une direction médias et communication. Une direction digitale et data. Une structure consacrée au développement des clubs et à leur professionnalisation. Bref, une Ligue.

Le conseil d’administration décide des grandes orientations. Le président représente l’institution. Le directeur général exécute la stratégie et dirige les équipes. Chacun son métier, chacun sa responsabilité et, surtout, chacun doit pouvoir rendre des comptes sur ses résultats. Ce serait déjà une révolution.

Le passage avorté à 20 clubs aura au moins eu un mérite. Il aura exposé les limites d’un mode de fonctionnement qui donne parfois l’impression que le professionnalisme marocain demeure davantage une appellation qu’une organisation. Alors, puisque nous sommes apparemment entrés dans la saison des grandes réformes, allons jusqu’au bout. La Botola n’a peut-être pas besoin de quatre clubs supplémentaires. Elle a d’abord besoin d’une Ligue professionnelle digne de ce nom.

Par Adil Azeroual
Le 21/08/2026 à 11h26