Il paraît que le football marocain a enfin trouvé LA réforme qui va sauver la Botola. Pas les centres de formation. Pas les pelouses. Pas la gouvernance des clubs. Pas la compétence des staffs. Pas les finances. Pas la programmation. Non. Les mathématiques.
Nous avons 16 clubs en Botola Pro 1. Le niveau n’est pas terrible? Très bien. Passons à 20. C’est lumineux.
C’est un peu comme un restaurant où seize plats sont mauvais et où, pour améliorer la cuisine, on décide d’en mettre vingt sur la carte. Le cuisinier reste le même. La cuisine reste la même. Les ingrédients restent les mêmes. Mais maintenant, il y aura quatre plats mauvais supplémentaires. Ça, c’est de la réforme structurelle.
Il faut quand même comprendre la logique. Nous avons beaucoup d’entraîneurs marocains sans club. Et lorsqu’on demande: «Comment améliorer le niveau du championnat?» Certains semblent avoir compris: «Comment améliorer le taux d’emploi des entraîneurs?» Nuance.
Avec 16 clubs, il n’y a que 16 postes d’entraîneurs en Botola Pro 1. C’est objectivement scandaleux. Avec 20 clubs, nous créons immédiatement quatre emplois.
Enfin… Quatre emplois au mois d’août. Parce qu’en Botola, un poste d’entraîneur est une notion extrêmement relative. Un entraîneur peut commencer la saison à Oujda, passer l’automne à Safi, célébrer le Nouvel An à Tanger et terminer la saison à Khouribga.
La Botola n’a pas des entraîneurs. Elle a un système de rotation. On ne licencie d’ailleurs jamais vraiment un entraîneur marocain. On le déplace. C’est une sorte de mercato permanent du chômage.
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Et le plus merveilleux, c’est que certains entraîneurs qui réclament davantage de postes sont parfois les mêmes qui attendent tranquillement que leur collègue perde trois matchs pour récupérer sa chaise. Solidarité professionnelle. Mais avec chronomètre.
Le collègue est formidable. Jusqu’à sa troisième défaite. Après, son projet sportif présente soudain quelques insuffisances.
Mais puisqu’on veut 20 clubs… posons une question vulgaire: où vont-ils jouer?
Parce qu’un détail semble avoir échappé à la grande réflexion stratégique: un club de football professionnel doit normalement disposer d’un endroit pour jouer au football. Je sais. C’est une conception extrêmement conservatrice du football. Mais autrefois, on appelait cela… un stade.
Alors avant de passer de 16 à 20, pourrait-on demander combien de clubs de Botola disposent réellement d’un stade conforme et disponible, d’une pelouse correcte, d’un centre d’entraînement digne de ce nom, d’une académie structurée, d’une gouvernance professionnelle, de ressources financières stables, d’un staff médical adapté, d’un vrai département marketing, d’une billetterie moderne, d’un modèle économique qui ne dépend pas d’un président providentiel ou d’une collectivité?
Parce que si la réponse est «Pas beaucoup», j’ai une mauvaise nouvelle: à 20… ça ne fera toujours pas beaucoup.
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Nous avons réussi au Maroc quelque chose d’extraordinaire: professionnaliser le vocabulaire avant de professionnaliser les structures.
On dit : Botola Pro. Club Pro. Joueur Pro. Staff Pro. Management Pro. Il suffit apparemment d’ajouter «Pro» derrière un mot pour transformer la réalité.
À ce rythme-là, appelons directement le championnat: Botola Pro Max Ultra Premium. Et le problème est réglé.
Parlons maintenant des entraîneurs. Puisque la proposition semble notamment destinée à leur ouvrir davantage de postes, posons une question beaucoup moins agréable: le problème des entraîneurs marocains est-il uniquement le manque de postes?
Ou faut-il aussi parler de niveau? De formation continue? De préparation tactique? D’analyse vidéo? De data? De préparation physique? De management? De capacité à construire un projet sur deux ou trois saisons? De maîtrise des méthodes modernes?
Et surtout: pourquoi, dès qu’un grand club marocain cherche un entraîneur pour obtenir rapidement des résultats, regarde-t-il si souvent à l’étranger?
Ce n’est pas une condamnation des entraîneurs marocains. Il y en a d’excellents. Mais si l’objectif est réellement de défendre l’entraîneur marocain, la meilleure politique n’est peut-être pas de lui fabriquer quatre bancs supplémentaires.
C’est peut-être de faire en sorte qu’il soit tellement compétent qu’un président hésite avant de recruter un étranger. Ça demande davantage de travail. Évidemment. Créer quatre équipes, c’est beaucoup plus simple.
Et supposons que nous passions vraiment à 20. Magnifique. Nous passerions de 30 à 38 journées de championnat. Huit journées supplémentaires.
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Et là, personnellement, j’admire l’ambition. Parce que nous avons parfois du mal à terminer correctement 30 journées… et notre solution consiste à en organiser 38.
C’est comme quelqu’un qui arrive systématiquement en retard au travail et qui propose comme solution: « Éloignons mon bureau de 40 kilomètres».
Il faudra caser tout cela entre les compétitions africaines, la Coupe du Trône, les matchs internationaux, les indisponibilités des stades, les reports, les changements de pelouse, les matchs à huis clos et les différents événements.
Mais soyons optimistes. On commencera le championnat en août. On terminera… quand Dieu facilitera les choses.
Et le public? Ah oui. Parce qu’il faudrait éventuellement lui demander son avis. Quatre clubs supplémentaires signifient davantage de matchs. Très bien. Mais davantage de matchs signifie-t-il davantage de spectateurs? Pas nécessairement. Davantage de spectacle? Pas automatiquement. Davantage de recettes? À démontrer. Davantage de violence? Espérons que non. Davantage de huis clos? Possible. Davantage de déplacements ultras? Certainement. Davantage de besoins sécuritaires? Évidemment.
Autrement dit, passer à 20 clubs ne consiste pas à ajouter quatre lignes dans un tableau Excel. Il faut que tout l’écosystème absorbe 64 matchs supplémentaires par saison. Stades. Arbitres. VAR. Sécurité. Télévision. Transport. Supporters. Pelouses. Programmation. Financement. Et civisme.
Parce que si nous augmentons le nombre de matchs sans améliorer le comportement autour des matchs, nous risquons surtout d’augmenter statistiquement… le nombre d’occasions de fermer les stades. Une manière originale de développer le spectacle.
Mais 2026 est une année électorale… Et là, évidemment, les mauvaises langues pourraient avoir des pensées malsaines.
Imaginons un président de club dont l’équipe se trouve actuellement dans une position sportive légèrement… comment dire… inconfortable. On lui annonce: Peut-être qu’on va passer à 20 clubs.
Soudainement, cet homme devient un grand défenseur de la réforme structurelle du football marocain. Hier encore, il fallait respecter les règles de la compétition. Aujourd’hui: «Il faut élargir la base du football national».
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Élargir la base. Quelle belle expression. Surtout quand la base élargie permet éventuellement… de ne pas descendre. Pure coïncidence, évidemment. Nous sommes entre gens sérieux.
Mais il reste LA question: Pourquoi 20? Pourquoi pas 18?
Dans beaucoup de réformes, on aurait imaginé: 16 → 18. On teste. On mesure. On regarde l’impact sur les calendriers, les finances, les stades, les audiences, les déplacements et le niveau sportif. Puis éventuellement: 18 → 20. Mais non. Pourquoi perdre du temps avec l’évaluation? 20 directement.
J’ai donc cherché une explication scientifique. Nombre optimal de matchs? Non. Étude économique? Peut-être. Benchmark international? On attend de voir. Capacité des infrastructures? Mystère.
Puis une hypothèse m’est venue. Peut-être que quelqu’un a simplement compté les entraîneurs actuellement au chômage. Il en manquait quatre. 16 + 4 = 20. Et voilà. L’étude d’impact était terminée.
Le problème de la Botola n’est peut-être pas son nombre de clubs. Parce qu’au fond, la vraie question n’est pas: « Faut-il 16, 18 ou 20 équipes? » La vraie question est: « Combien avons-nous réellement de clubs capables de répondre durablement aux exigences d’un championnat professionnel?»
Si nous en avons vingt, formidable. Faisons-en vingt. Mais si nous n’en avons même pas seize disposant de toutes les infrastructures, compétences, ressources et organisations nécessaires… alors passer à vingt ne développera pas le professionnalisme.
Cela développera surtout le nombre de clubs qu’on appelle professionnels. Et il existe une différence considérable entre les deux.
On pourrait commencer par construire des clubs solides. Former les entraîneurs. Stabiliser les staffs. Améliorer les terrains. Professionnaliser la gouvernance. Développer les académies. Remplir les tribunes. Améliorer le produit télévisuel. Faire respecter le calendrier. Responsabiliser les supporters.
Puis, lorsque l’écosystème sera capable d’absorber davantage d’équipes, poser tranquillement la question du passage à 18 ou 20.
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Mais manifestement, nous avons choisi une méthode beaucoup plus innovante: augmenter d’abord le nombre de clubs… et espérer que le professionnalisme finira par les rattraper.
Après tout, pourquoi construire la maison avant d’ajouter deux étages?
Et si vraiment le problème est le chômage des entraîneurs, allons jusqu’au bout de la logique. Passons directement à 24 clubs. Avec les changements d’entraîneurs en cours de saison, on pourrait atteindre le plein emploi avant décembre.
Et là, enfin, le football marocain aura accompli quelque chose d’historique: transformer la Botola Pro en programme national de lutte contre le chômage.
