Le débat sur le passage de la Botola à 20 clubs ne peut se limiter à une question de format. Derrière les quatre équipes supplémentaires se trouve une question extrêmement importante: avec quel argent?
Plusieurs clubs «professionnels» connaissent déjà des difficultés de trésorerie et réclament régulièrement une augmentation des moyens mis à leur disposition. Dans ce contexte, élargir le championnat revient aussi à faire entrer quatre nouveaux clubs dans le partage des ressources. Sauf à augmenter les revenus de la compétition, il faudra donc partager le même gâteau à vingt au lieu de seize.
C’est ce qui rend le vote intervenu lors de la réunion de la LNFP assez intéressant à observer. Dix-sept clubs se sont prononcés en faveur du passage à 20, parmi lesquels ceux qui évoquent régulièrement leurs difficultés financières. À l’inverse, le FUS de Rabat et le Raja de Casablanca ont voté contre. Le Wydad de Casablanca et Maghreb de Fès se sont abstenus, tandis que la Renaissance de Berkane n’a pas pris part à la réunion. En gros, les clubs disposant des budgets les plus importants sont contre la réforme.
Ce vote fait apparaître donc une contradiction qui mérite d’être discutée: comment réclamer davantage de ressources tout en soutenant une formule qui, en l’état, ajouterait quatre bénéficiaires supplémentaires?
Un gâteau à partager à vingt
Une partie importante de l’économie de nombreux clubs repose encore sur les droits TV, les aides fédérales et différentes subventions. Or, à ce stade, rien ne permet d’affirmer que le passage de 16 à 20 clubs entraînerait automatiquement une augmentation de ces ressources.
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Si l’enveloppe globale reste la même, le calcul est assez simple. Ce qui est aujourd’hui réparti entre seize devra demain l’être entre vingt. Et sauf à revoir les mécanismes de distribution, chacun risque d’en recevoir un peu moins.
Pour que l’élargissement soit financièrement neutre pour les clubs déjà présents, il faudrait donc commencer par trouver de l’argent supplémentaire. Davantage de droits TV, de nouveaux sponsors, une meilleure exploitation commerciale du championnat, une hausse des recettes de billetterie ou des aides plus importantes. Peu importe finalement d’où viendraient ces revenus: il faudrait qu’ils existent.
C’est probablement l’un des éléments qui manquent aujourd’hui au débat. On discute du nombre de clubs avant de connaître précisément le modèle économique qui accompagnerait cette augmentation.
Car passer à 20 ne coûte pas seulement quatre parts supplémentaires dans la répartition des revenus. Cela coûte aussi des matchs.
De 240 à 380 rencontres
À seize équipes, la Botola compte 240 rencontres par saison. Avec vingt clubs, le championnat passerait à 380 matchs. La différence est considérable: 140 rencontres supplémentaires. Pour chaque club, la saison passerait de 30 à 38 journées. Cela représente quatre déplacements et quatre matchs à domicile de plus.
Sur le papier, les quatre réceptions supplémentaires peuvent constituer une bonne nouvelle. Elles offrent davantage de billetterie, de visibilité pour les sponsors et d’opportunités commerciales. Encore faut-il remplir les tribunes et parvenir à vendre ces matchs.
Car une rencontre supplémentaire ne constitue pas, par nature, une recette supplémentaire. Il faut déplacer l’équipe, parfois l’héberger, organiser le match, mobiliser la sécurité, assurer la logistique et verser les primes prévues par les contrats. À l’échelle de la compétition, il faudra également produire et diffuser davantage de rencontres. Tout cela a un coût.
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Pour les clubs qui attirent régulièrement plusieurs milliers de spectateurs et disposent d’une activité commerciale structurée, quatre matchs supplémentaires à domicile peuvent être intéressants. Pour ceux dont les tribunes restent largement vides, le calcul est beaucoup moins évident. Une journée supplémentaire peut même coûter davantage qu’elle ne rapporte.
C’est pourquoi les 140 matchs supplémentaires ne peuvent pas être présentés automatiquement comme 140 occasions de gagner plus d’argent. Tout dépendra de leur valeur commerciale.
Les problèmes financiers ne vont pas disparaître
Cette discussion intervient surtout dans un championnat qui n’a pas attendu le projet d’une Botola à 20 pour connaître des difficultés financières.
Chaque saison apporte son lot de litiges, d’interdictions de recrutement, de salaires ou de primes en retard et de problèmes de trésorerie. Certains clubs vivent déjà avec des marges extrêmement réduites. Ajouter huit journées à leur saison ne réglera évidemment aucun de ces problèmes.
Cela ne signifie pas qu’une Botola à 20 clubs serait économiquement impossible. Des championnats à vingt équipes fonctionnent ailleurs. Mais ils reposent sur des revenus capables de supporter ce format. C’est là que devrait commencer la réflexion.
Combien rapporterait réellement une Botola à 20? Combien coûteraient les 140 matchs supplémentaires? Quelle serait la nouvelle valeur des droits TV? Existe-t-il des partenaires prêts à investir davantage? Les aides versées aux clubs augmenteraient-elles? Quel montant supplémentaire faudrait-il générer pour que les seize clubs actuels ne perdent rien avec l’arrivée des quatre nouveaux? Sans réponses à ces questions, le débat reste incomplet.
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On peut décider que vingt clubs sont préférables à seize pour des raisons sportives, territoriales ou sociales. Mais une réforme de cette ampleur doit aussi avoir son financement. Le nombre de matchs, lui, augmentera à coup sûr. Les déplacements et les frais d’organisation également. Les revenus, en revanche, ne progresseront pas simplement parce que quatre clubs auront été ajoutés au classement.
Heureusement, le vote n’a pas été unanime. Cette absence de consensus devrait suffire à refermer, au moins pour l’instant, le dossier d’une Botola à 20 clubs et à ranger cette réforme dans les oubliettes. Ce ne serait sans doute pas une mauvaise nouvelle pour le football marocain, qui a aujourd’hui d’autres priorités: assainir les finances des clubs, renforcer leur gouvernance, améliorer la programmation, développer les recettes et consolider les structures professionnelles. Avant de vouloir faire une Botola plus grande, il serait peut-être temps de rendre celle qui existe déjà plus solide.
