A force de déclarations péremptoires, certains en Espagne semblent avoir déjà joué la finale de la Coupe du monde 2030 au Santiago-Bernabéu. La Fédération espagnole affirme que la finale devait revenir à l’Espagne, tandis que plusieurs médias présentent Madrid comme favorite. Mais une chose mérite d’être rappelée: La FIFA dit qu’il n’en n’est rien.
Que l’on cesse un instant de regarder la question avec les lunettes de la passion nationaliste, exacerbée par la crise de Sebta, pour l’examiner avec celle, beaucoup plus froide des exigences de la FIFA. Alors une autre hypothèse apparaît: celle du Grand Stade Hassan II de Casablanca.
La FIFA a démenti que son président aurait «offert» la finale au Maroc en contrepartie de son soutien. Mais quand on additionne les exigences d’un événement aussi colossal que la finale du Mondial, le stade Hassan II possède plusieurs atouts que son concurrent espagnol ne réunit pas nécessairement. Le problème du Bernabéu n’est pas le football. Son histoire, sa capacité, ses équipements en font l’un des temples du football, mais une finale ne se résume pas à ces atouts-là.
La FIFA impose des dispositifs qui dépassent très largement les limites physiques du stade. Elle insiste sur la nécessité de disposer d’un vaste périmètre autour de l’enceinte, avec plusieurs zones de sécurité et un «dernier kilomètre» permettant d’organiser les déplacements des spectateurs et les opérations de sécurité. C’est là que se situe une partie du problème madrilène.
Le Bernabéu est au cœur d’une ville extrêmement dense. Il a autour des rues, des immeubles, des commerces et une circulation considérable. Organiser une finale dans un tel environnement est évidemment possible. Mais cela exige une organisation exceptionnelle et des adaptations temporaires considérables. Plus l’environnement urbain est dense, plus l’organisation devient compliquée. On en sait quelques choses à Casablanca.
Au-delà des considérations sportives, il y a l’économie du Mondial. La FIFA ne vend pas seulement des billets. Elle vend une exposition mondiale. Ses partenaires commerciaux exigent une visibilité autour des stades, des opportunités publicitaires, des droits d’hospitalité et d’une protection contre le marketing d’embuscade. La FIFA décrit elle-même la Coupe du monde comme une immense plateforme internationale de marketing. Autrement dit, les espaces autour d’un stade ne sont pas de simples espaces vides.
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Ils sont aussi des espaces d’événementiels. C’est précisément pour cette raison qu’un stade conçu dès l’origine pour une Coupe du monde présente un avantage considérable.
Et c’est là que le Stade Hassan II change complètement la donne. Il n’est pas un ancien stade que l’on adapte au Mondial. Il est construit précisément dans la perspective de 2030 avec une capacité brute de 115.000 places. Cette différence est fondamentale.
Le site a été choisi dans un environnement beaucoup moins contraint que celui du Bernabéu. Il a été possible de penser simultanément le stade, ses accès, ses parkings, ses flux, ses zones de sécurité, ses espaces médias, ses installations VIP et hospitalité, ses infrastructures de transport et les immenses espaces nécessaires à une finale.
On n’a pas cherché à faire entrer le dispositif du Mondial dans une ville existante, on construit l’environnement autour du dispositif du Mondial. Exactement ce que la FIFA recommande lorsqu’elles expliquent qu’il est beaucoup plus facile de prévoir les différents périmètres et zones dès la conception d’un stade que de tenter de les ajouter après coup.
Madrid dispose aussi du Metropolitano, l’enceinte de l’Atlético de Madrid. Elle figurait dans la liste des onze stades espagnols présentés pour 2030. Le stade possède une configuration moderne et un environnement qui peut être plus facilement adapté ; mais les intérêts du club ne se confondent pas nécessairement avec ceux de la Fédération espagnole ou des pouvoirs publics.
C’est ici que la situation devient intéressante. Le Camp Nou de Barcelone comme solution de secours ; pourquoi pas? C’est l’une des plus grandes enceintes européennes. Mais imaginer que Madrid abandonne la finale au profit de Barcelone ne serait pas seulement une décision sportive. Ce serait aussi une décision chargée de symbolique.
Le football espagnol porte en lui la rivalité entre Madrid et Barcelone, entre le pouvoir central et la Catalogne, entre deux identités politiques et culturelles qui ne se sont évidemment pas réduites au football.
L’Espagne démocratique est parfaitement capable de dépasser ces antagonismes lorsqu’il s’agit de défendre son intérêt national. Il faut même souhaiter qu’elle en soit capable. Cependant, il serait naïf de penser que Madrid acceptera que Barcelone accueille la finale au risque d’exacerber la tendance indépendantiste catalane. Les Espagnols en jugeront.
Pendant ce temps, Casablanca se prépare… Le stade Hassan II sort de terre à Benslimane. Tranquillement. Sereinement.
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Le Maroc ne dispose pas aujourd’hui de la tradition footballistique du Bernabéu. Il n’a pas non plus l’histoire du Camp Nou. Mais la finale d’une Coupe du monde ne récompense pas un monument historique.
Dans cette compétition-là, le Maroc possède un argument difficile à ignorer: un stade neuf, gigantesque, conçu dès l’origine pour les exigences du très haut niveau international et installé dans un environnement permettant de penser autour de lui toute l’infrastructure nécessaire.
La FIFA va arbitrer entre la capacité du stade, les exigences de sécurité, les transports, l’hospitalité, les médias, les partenaires commerciaux et la visibilité mondiale de l’événement, sur ce terrain, le stade Hassan II est loin d’être un outsider.
Sebta ne doit pas brouiller le jugement. Ceux qui, en Espagne, profitent de la crise actuelle pour transformer la question du Mondial en affrontement politique feraient bien de prendre un peu de recul.
On peut comprendre l’émotion espagnole. On peut comprendre que certains considèrent Madrid comme le lieu naturel d’une finale ; que le Bernabéu bénéficie d’un prestige incomparable. Mais la géographie, la logistique et les exigences de la FIFA ne disparaissent pas parce qu’une crise politique vient compliquer les relations entre deux pays. Le Mondial 2030 est une compétition organisée par trois pays: l’Espagne, le Portugal et le Maroc grâce à qui cette candidature a séduit. Il est coorganisateur et il investit massivement pour cela.
La question n’est donc pas de savoir si l’Espagne «mérite» la finale ou si le Maroc veut la lui «prendre». La vraie question est beaucoup plus simple: Quel stade répondra le mieux aux exigences de la FIFA lorsque toutes les contraintes seront posées sur la table?
Personne ne peut prétendre connaître la réponse définitive. Une chose est certaine: le stade Hassan II n’est plus un projet sur une maquette, c’est une réalité. Pendant que certains discutent déjà de la finale comme si elle leur appartenait, les grues continuent de travailler à Benslimane.









