Dirigeants, présidents de ligues, sélectionneurs, responsables politiques… En Espagne, ils semblent s’être passé le mot pour faire campagne en faveur de l’attribution de la finale de la Coupe du monde 2030, coorganisée avec le Maroc et le Portugal. Et dans cette bataille menée désormais à tous les étages, tous les coups semblent permis, y compris les attaques répétées contre le Maroc et les accusations les plus invraisemblables.
C’est désormais au tour de José Luis Martínez-Almeida, maire de Madrid, d’entrer dans la danse, en ressortant les vieux disques rayés d’un discours devenu presque mécanique de l’autre côté du détroit.
Des pressions imaginaires et des accusations sans preuve
Dans des propos recueillis par Mundo Deportivo, Martínez-Almeida affirme «ne pas être optimiste» quant aux chances de Madrid d’accueillir la finale. Jusque-là, rien de bien extraordinaire. Mais le maire de la capitale espagnole va plus loin en accusant le Maroc d’agir sur les plans politique et institutionnel pour obtenir le dernier match du Mondial. Une accusation lancée sans apporter le moindre élément concret pour l’étayer.
Dans le même temps, il reconnaît ne disposer d’«aucune preuve» que le gouvernement espagnol, avec lequel il dit ne pas avoir de contact sur ce dossier, mène une action comparable pour défendre Madrid.
Membre du Parti populaire (PP), formation libérale-conservatrice dans l’opposition au gouvernement de Pedro Sánchez, José Luis Martínez-Almeida en profite donc pour régler quelques comptes de politique intérieure. «Je n’ai aucune raison de penser que le gouvernement espagnol se battra pour que Madrid accueille la finale de la Coupe du monde», martèle-t-il.
Le maire de Madrid ressort ensuite un autre argument devenu particulièrement populaire en Espagne: celui d’un Mondial qui serait, en quelque sorte, espagnol par droit naturel. L’Espagne et le Portugal auraient porté le projet initial, avant que le Maroc, puis l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay ne viennent rejoindre le dispositif.
Un récit régulièrement brandi pour justifier ce qui serait presque devenu, à entendre certains responsables espagnols, un droit acquis sur la finale.
Rafael Louzán, président de la Fédération espagnole, avait déjà donné le ton quelques semaines auparavant lors d’un déplacement hautement symbolique à Sebta: «Où va-t-elle se jouer si ce n’est en Espagne?», avait-il lancé à propos de la finale.
Martínez-Almeida lui emboîte désormais le pas. Selon lui, il «ne semble pas naturel» que le dernier match de la compétition ne se dispute pas à Madrid.
Et revoilà la menace d’un retrait
Mais le maire de Madrid ne s’arrête pas là. Face à l’éventualité de voir la finale échapper à la capitale espagnole au profit du Grand Stade Hassan II de Benslimane, il hausse le ton.
Tout en prenant soin de préciser qu’il ne lui appartient pas de décider si l’Espagne doit reconsidérer sa participation au Mondial 2030, Martínez-Almeida estime qu’«il devrait y avoir des conséquences, sans aucun doute». Une menace à peine voilée qui rappelle furieusement celle agitée quelques jours plus tôt par Javier Tebas.
Le 15 septembre, en marge du World Football Summit (WFS), le président de LaLiga avait lui aussi évoqué la possibilité de revoir la participation espagnole si Gianni Infantino était réélu à la tête de la FIFA et si la finale était attribuée au Maroc. «Il faut au moins repenser notre situation concernant le Mondial. Je ne sais pas s’il faut se retirer ou non, mais il faut repenser tout ce que nous faisons autour du Mondial», avait déclaré Tebas.
À Madrid, le refrain commence donc à être bien connu: la finale devrait revenir à l’Espagne et, dans le cas contraire, il faudrait envisager des «conséquences». Comme si l’organisation du dernier match de la Coupe du monde relevait d’un dû plutôt que d’une décision qui appartient, en dernier ressort, à la FIFA.
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Un éventuel retrait espagnol serait pourtant tout sauf anodin. Il ouvrirait un dossier institutionnel, contractuel et sportif particulièrement lourd, avec des conséquences qui dépendraient des engagements pris par l’Espagne dans le cadre de l’organisation du tournoi et des règlements applicables.
Cette nouvelle sortie intervient surtout dans un climat de plus en plus délétère autour du Mondial 2030. Ces dernières semaines, la bataille pour la finale a largement débordé du cadre sportif pour se déplacer sur les terrains politique et médiatique.
La campagne autour des t-shirts défendant l’hispanité de Sebta s’est ainsi invitée jusque sur les pelouses de Liga. Luis de la Fuente, sélectionneur de la Roja, a de son côté choisi le préside occupé comme décor pour annoncer sa dernière liste.
À mesure que l’échéance approche, le scénario se répète donc: revendications péremptoires, accusations contre le Maroc, pressions supposées, allusions à un retrait et instrumentalisation de Sebta. La bataille pour la finale du Mondial 2030 est décidément en train de faire perdre beaucoup de sang-froid en Espagne.









