Mondial 2030: Tebas agite la menace d’un retrait espagnol si la finale revient au Maroc et qu’Infantino est réélu à la tête de la FIFA

Gianni Infanti, président de la FIFA, Javier Tebas, président de LaLiga, et le stade Hassan II (photomontage).

Javier Tebas estime que l’Espagne devrait «repenser» sa participation au Mondial 2030 si Gianni Infantino est réélu à la tête de la FIFA et si la finale est attribuée au Maroc. Une menace qui intervient sur fond de sorties répétées contre le Royaume, de convictions politiques assumées et d’une guerre ancienne avec le patron du football mondial, sans un mot sur les conséquences d’un éventuel retrait espagnol.

Le 15/09/2026 à 21h38

La sortie de Javier Tebas, ce mardi 15 septembre à Madrid, ne concerne plus seulement l’attribution de la finale du Mondial 2030. Le président de LaLiga a estimé que l’Espagne devrait «repenser» sa participation à l’organisation de la compétition avec le Maroc et le Portugal si Gianni Infantino reste à la tête de la FIFA et si la finale est attribuée au Royaume. Une déclaration qui intervient alors que le dirigeant espagnol multiplie les prises de position contre le Maroc et poursuit depuis plusieurs mois une offensive publique contre le président de la FIFA.

Interrogé en marge du World Football Summit (WFS), Javier Tebas a clairement lié les trois dossiers. «Il faut au moins repenser notre situation concernant le Mondial. Je ne sais pas s’il faut se retirer ou non, mais il faut repenser tout ce que nous faisons autour du Mondial», a-t-il déclaré.

Pour le patron de LaLiga, l’Espagne aurait peu de chances d’obtenir la finale tant que Gianni Infantino présidera la FIFA. «Avec lui, les possibilités que l’Espagne ait la finale sont infimes, voire nulles», a-t-il affirmé.

Adepte du Maroc-bashing

Cette nouvelle sortie intervient également dans un contexte marqué par plusieurs déclarations de Tebas visant directement le Maroc. Ce mardi encore, interrogé sur la polémique provoquée par le t-shirt porté par Abdessamad Ezzalzouli avant Villarreal-Betis en soutien à Sebta, le président de LaLiga a parlé d’une «invasion» de la ville par des citoyens marocains. Il a présenté les critiques visant l’international marocain comme un «dommage collatéral» de cette situation.

Les prises de position du dirigeant espagnol ne sont pas totalement étrangères à son parcours politique. Javier Tebas n’a jamais caché ses convictions. Dans sa jeunesse, il a milité à Fuerza Nueva, formation espagnole d’extrême droite nostalgique du franquisme, dont il a été responsable provincial des jeunes à Huesca. Des décennies plus tard, en 2019, il déclarait publiquement qu’il voterait pour Vox.

Tebas a également revendiqué à plusieurs reprises son attachement à «l’unité de l’Espagne» et s’est opposé aux mouvements indépendantistes, particulièrement en Catalogne. Ses interventions politiques ont régulièrement dépassé le cadre du football. Il a notamment pris position contre la dépendance du gouvernement espagnol vis-à-vis des formations indépendantistes, sur une ligne politique très éloignée de celle de Pedro Sánchez.

Le Maroc constitue justement depuis plusieurs années l’un des terrains d’affrontement entre le gouvernement de Pedro Sánchez et ses opposants à droite et à l’extrême droite. Le rapprochement entre Madrid et Rabat, le Sahara marocain, Sebta et Melilia ou encore les questions migratoires ont régulièrement été utilisés pour attaquer la politique du chef du gouvernement espagnol. Les déclarations de Tebas sur le Maroc interviennent dans ce climat politique.

Croisade contre Infantino

Un autre élément permet surtout de comprendre la virulence de ses déclarations sur le Mondial 2030: son conflit avec Gianni Infantino. Celui-ci est bien antérieur à la bataille entre le Maroc et l’Espagne pour l’organisation de la finale.

Le président de LaLiga s’oppose depuis longtemps à la politique menée par la FIFA. Il lui reproche notamment l’augmentation du nombre de compétitions internationales, l’élargissement du calendrier et le développement du Mondial des clubs, qu’il considère comme une concurrence directe pour les championnats nationaux.

En juillet dernier, Tebas accusait ainsi la FIFA de «détruire l’industrie du football» et estimait que le mandat d’Infantino devait prendre fin. Quelques semaines plus tard, il déclarait encore que «l’ère Infantino est terminée», mettant notamment en cause sa manière de gouverner l’instance mondiale. Ce mardi, il est allé plus loin en jugeant le président de la FIFA «pas crédible» et en affirmant que «ce serait une honte» pour le football qu’il reste en fonction.

La question de la finale du Mondial 2030 se retrouve ainsi mêlée à ce conflit. Pour Tebas, le maintien d’Infantino compromettrait les chances espagnoles face au Maroc. Et c’est dans ce contexte qu’il évoque désormais, sans l’affirmer explicitement, la possibilité d’un retrait.

Une telle décision ne dépendrait toutefois pas de LaLiga. L’Espagne a été officiellement désignée par le Congrès de la FIFA, avec le Maroc et le Portugal, comme pays hôte du Mondial 2030. La Fédération espagnole de football fait partie des trois associations ayant porté la candidature commune et les engagements pris dans le cadre d’une Coupe du monde dépassent largement la seule attribution des rencontres.

Les procédures d’organisation de la FIFA reposent sur plusieurs engagements juridiques et contractuels: accords avec les associations hôtes, garanties gouvernementales, villes hôtes, stades, infrastructures, transport, sécurité, hébergement et obligations commerciales. Les trois pays ont donc engagé leur responsabilité dans un projet commun qui est désormais entré dans sa phase de préparation.

Un retrait qui ne serait pas sans conséquences

Les conséquences précises d’un éventuel retrait de l’Espagne ne peuvent pas être chiffrées aujourd’hui. Les accords d’organisation conclus avec la FIFA ne sont pas intégralement publics et aucun texte accessible ne prévoit un montant forfaitaire qui s’appliquerait automatiquement au retrait d’un des trois coorganisateurs du Mondial 2030.

Les règlements de la FIFA montrent néanmoins qu’un retrait d’une compétition organisée sous son autorité peut entraîner des conséquences sportives et financières. Dans ses règlements de Coupe du monde, l’instance prévoit notamment la possibilité de sanctions supplémentaires pouvant aller jusqu’à une suspension de compétitions FIFA dans certaines situations de retrait d’une association participante. Elle peut également réclamer le remboursement des dépenses occasionnées et une compensation pour les dommages subis.

Il faut toutefois distinguer ces dispositions, qui concernent principalement le retrait d’une association participante à la compétition, du cas inédit d’un pays déjà désigné coorganisateur qui renoncerait plusieurs années avant le tournoi. Dans cette hypothèse, les conséquences dépendraient d’abord des contrats conclus entre la FIFA, la Fédération espagnole et les différentes parties concernées.

Aux éventuelles sanctions réglementaires pourraient donc s’ajouter les conséquences contractuelles: remboursement de dépenses, demandes de dommages et intérêts, coûts liés à la réorganisation des rencontres prévues en Espagne et possibles procédures contentieuses. Sans compter les investissements publics et privés déjà engagés dans la préparation de la compétition.

Javier Tebas, avocat de métier, n’a évoqué aucun de ces éléments mardi lorsqu’il a parlé de «repenser» la position espagnole et d’un éventuel retrait. Il n’a pas non plus le pouvoir de prendre seul une telle décision, qui engagerait au premier chef la Fédération espagnole et les autorités du pays.

En conditionnant ainsi la position de l’Espagne au maintien d’Infantino et au choix du pays hôte de la finale, Javier Tebas fait entrer la coorganisation du Mondial 2030 dans son bras de fer avec le président de la FIFA. Mais entre évoquer publiquement un retrait et le mettre en œuvre, la distance est considérable. Une telle décision ne relève pas de LaLiga et engagerait l’Espagne bien au-delà du terrain sportif, avec des conséquences contractuelles, financières et administratives dont le président de LaLiga s’est bien gardé de parler.

Par Adil Azeroual
Le 15/09/2026 à 21h38