Finale du Mondial 2030: la FIFA «reste à l’écart» mais «penche pour le Bernabéu»… quand le média espagnol AS se contredit

Les stades Hassan II, Santiago-Bernabéu et Camp Nou, candidats pour accueillir la finale du mondial 2030

La FIFA n’a encore rien tranché sur le stade qui accueillera la finale du Mondial 2030. AS le reconnaît noir sur blanc, avant d’assurer pourtant que le Santiago Bernabéu tient la corde. Entre décision qui n’existe pas, «accord non écrit» et certitudes madrilènes, l’éditorial de José Félix Díaz ne manque pas de contradictions.

Le 13/09/2026 à 16h48

Il fallait réussir à faire tenir deux affirmations contradictoires dans le même papier. Le média espagnol AS y parvient pourtant au sujet de la finale du Mondial 2030. D’un côté, la FIFA «reste étrangère» à la bataille entre le Maroc et l’Espagne et aucune décision officielle ne devrait intervenir avant 2027, voire 2028. De l’autre, l’auteur de l’article assure que «l’horizon semble assez clair» à Zurich: la finale irait au Santiago Bernabéu, avec une demi-finale à Casablanca et l’autre à Barcelone. Autrement dit, la FIFA n’a rien décidé, mais AS sait déjà ce qu’elle décidera.

La contradiction traverse tout le texte. Le média prend même soin de rappeler que la FIFA sera seule maîtresse du jeu. Il explique que l’instance mondiale doit encore prendre le contrôle opérationnel du Mondial, mettre en place la structure chargée de son organisation, réexaminer les dossiers et, surtout, visiter les villes candidates ainsi que les stades, qu’ils soient déjà construits, en rénovation ou encore en chantier. Il précise même qu’aucun travail concret n’aurait encore commencé dans ce sens. Voilà donc une procédure qui, selon AS lui-même, reste largement à mener. Mais sa conclusion, elle, semble déjà écrite: Bernabéu.

Pour donner du poids à cette certitude, le quotidien madrilène ressort un argument qu’il avait déjà avancé: un «accord non écrit» entre le Real Madrid et Gianni Infantino autour de la finale. La formule mérite que l’on s’y arrête. Un accord non écrit n’est ni une décision de la FIFA, ni une garantie contractuelle, encore moins l’attribution officielle du match le plus important de la compétition. AS reconnaît d’ailleurs immédiatement que les relations entre le président de la FIFA et le Real Madrid se sont quelque peu refroidies. Mais là encore, la contradiction ne semble pas déranger: l’accord n’est pas écrit, la FIFA n’a pas décidé, les relations ont changé, et pourtant le Bernabéu resterait la destination naturelle de la finale.

Plus étonnant encore, le même éditorial insiste sur le pouvoir absolu de la FIFA dans le choix des sites. «Tout passera par la FIFA», écrit le journal sportif, avant de rappeler qu’une finale peut même changer de stade relativement tard dans le processus d’organisation. L’exemple du dernier Mondial est justement cité pour démontrer que rien n’est définitivement acquis longtemps à l’avance. C’est probablement l’argument qui fragilise le plus la thèse défendue quelques paragraphes plus tôt: si la FIFA peut modifier ses choix en fonction de l’évolution des dossiers, comment présenter aujourd’hui le Bernabéu comme pratiquement assuré?

Le traitement réservé au Maroc révèle également le parti pris de l’article. Le Royaume est présenté comme «le dernier arrivé» dans l’organisation, tandis que les avancées de ses infrastructures sont ramenées à des «exhibitions répétées de propagande». Le Grand Stade Hassan II, qui doit devenir l’une des plus grandes enceintes de football au monde, n’est finalement pas évalué sur ses caractéristiques, son projet ou sa capacité future à répondre au cahier des charges de la FIFA. Son existence semble surtout perçue comme l’élément ayant perturbé un scénario que certains, à Madrid, pensaient acquis depuis longtemps.

C’est précisément là que se trouve le cœur du débat. Le Maroc n’a pas davantage obtenu la finale que l’Espagne. Mais tant que la FIFA n’aura pas terminé ses évaluations et annoncé officiellement son choix, aucune déclaration politique, aucun éditorial et encore moins un mystérieux «accord non écrit» ne pourra faire office de décision.

AS entend également rappeler le poids historique de l’Espagne dans le football mondial et estime que, malgré les progrès réalisés par le Maroc, le Royaume resterait «loin de la réalité espagnole sur la planète football». C’est une opinion. Elle ne constitue pas davantage un critère d’attribution. Le choix d’une finale de Coupe du monde repose aussi sur les infrastructures proposées, les capacités d’accueil, la mobilité, la sécurité, l’expérience spectateur, les exigences commerciales et l’état réel des installations au moment où la FIFA procédera à ses évaluations.

Au fond, AS apporte malgré lui la meilleure réponse à la bataille qui agite actuellement les deux rives de la Méditerranée. La FIFA n’a encore rien tranché. Les stades doivent être inspectés. Les dossiers seront réévalués. La décision appartient à Zurich. Et personne ne connaît encore officiellement le stade de la finale. Personne, sauf apparemment AS.

Par Adil Azeroual
Le 13/09/2026 à 16h48