Mondial 2030: «Le sport est le sport», la ministre espagnole recadre indirectement Louzán après sa sortie à Sebta

Collage. À gauche, Rafael Louzán, président de la Fédération espagnole de football (RFEF), à droite, Milagros Tolón, Ministre de l'Éducation, de la Formation professionnelle et des Sports d'Espagne.

Trois jours après la sortie très politique de Rafael Louzán à Sebta, la ministre espagnole des Sports, Milagros Tolón, a choisi une tout autre ligne. Pour elle, la crise migratoire ne doit en rien interférer avec le Mondial 2030. Un positionnement qui sonne comme un recadrage indirect du président de la RFEF, tout en défendant, elle aussi, une finale en Espagne.

Le 07/09/2026 à 17h54

Vendredi dernier, Rafael Louzán avait profité de son déplacement à Sebta pour remettre la finale du Mondial 2030 au centre du débat. Le président de la Fédération espagnole de football (RFEF), accompagné du sélectionneur Luis de la Fuente, avait une nouvelle fois plaidé pour que le dernier match de la compétition se joue en Espagne.

Rien d’étonnant jusque-là. Louzán défend les intérêts de son pays et ne cache plus son ambition de voir l’Espagne accueillir la finale. Mais à Sebta, le dirigeant avait poussé le curseur un peu plus loin, en mêlant à son discours sur le Mondial les événements survenus dans la ville en juillet dernier.

«Ce qui s’est passé à Sebta n’aurait jamais dû se produire», avait-il déclaré, avant de rappeler les engagements pris par les partenaires de la candidature commune. Une manière d’introduire les relations entre Rabat et Madrid dans un dossier qui relève avant tout de l’organisation de la Coupe du monde.

Trois jours plus tard, Milagros Tolón vient, sans jamais le citer, de tracer une ligne sensiblement différente. La ministre espagnole de l’Éducation, de la Formation professionnelle et des Sports estime que la crise migratoire à Sebta ne doit avoir aucune incidence sur l’organisation du Mondial 2030, que l’Espagne accueillera avec le Maroc et le Portugal.

Difficile de ne pas relever le contraste avec la sortie de Louzán quelques jours plus tôt.

Tolón trace une autre ligne

Là où le président de la RFEF avait choisi Sebta pour élargir son discours sur le Mondial 2030 à des considérations autrement plus sensibles, la ministre espagnole préfère séparer clairement les dossiers.

«Ce qui s’est passé à Sebta ne devrait pas influencer les choses, car le sport est le sport», a-t-elle déclaré. Une phrase qui prend forcément une résonance particulière trois jours seulement après le déplacement de Louzán. Tolón ne désavoue pas publiquement le patron de la Fédération. Elle ne le cite même pas. Elle partage d’ailleurs avec lui la même ambition: obtenir la finale pour l’Espagne. Mais lorsqu’il s’agit de défendre cette candidature, les deux discours prennent des chemins bien différents.

La ministre met en avant les infrastructures espagnoles, les installations dont dispose le pays et ses conditions de sécurité. Des arguments directement liés à la capacité de l’Espagne à accueillir le rendez-vous le plus prestigieux de la compétition.

Et surtout, elle se garde bien de présenter le choix de l’Espagne comme acquis. «La décision revient à la FIFA. Au ministère des Sports, nous travaillons avec tous les acteurs de la Coupe du monde 2030 et nous souhaitons qu’elle soit la meilleure de l’histoire», a-t-elle rappelé.

Une précision loin d’être anodine alors que, depuis plusieurs mois, responsables politiques et dirigeants du football espagnol multiplient les sorties pour présenter la tenue de la finale en Espagne comme une suite presque logique des événements.

Convaincue de la finale… sans savoir où

Sur le fond, Milagros Tolón reste pourtant parfaitement alignée avec Rafael Louzán sur un point: elle veut, elle aussi, la finale en Espagne. La ministre se dit même «convaincue» que son pays finira par l’obtenir. Elle considère qu’au regard de ses infrastructures, de ses installations et de sa capacité d’organisation, il serait «normal» que l’Espagne accueille le dernier match de la compétition.

Mais lorsqu’il s’agit de répondre à une question beaucoup plus concrète, la certitude laisse soudain place à la prudence. Madrid ou Barcelone? «En Espagne», s’est contentée de répondre la ministre, refusant de choisir entre les deux principales options du dossier espagnol.

Voilà toute la curiosité de cette bataille menée depuis plusieurs mois chez le voisin ibérique. Le gouvernement veut la finale. La RFEF la veut également. Rafael Louzán ne manque pratiquement plus une occasion de le rappeler. Mais lorsqu’il faut dire précisément où elle devrait se jouer, les certitudes s’effacent.

Pendant ce temps, le Maroc avance

Cette hésitation contraste avec la situation marocaine. Le Royaume a clairement placé le Grand Stade Hassan II, à Benslimane, au cœur de ses ambitions pour 2030. Une enceinte de 115.000 places appelée à devenir l’un des projets phares de la Coupe du monde organisée avec l’Espagne et le Portugal.

Cela ne garantit évidemment rien au Maroc. Pas plus que les déclarations répétées de Louzán ou de responsables du gouvernement espagnol ne garantissent la finale à l’Espagne.

D’ici là, chacun défendra ses arguments. L’Espagne possède les siens. Le Maroc également. Les infrastructures, les stades, les capacités d’accueil et les garanties organisationnelles seront au cœur de cette bataille.

Mais trois jours seulement après le déplacement très politique de Rafael Louzán à Sebta, Milagros Tolón vient surtout de rappeler deux choses essentielles: les événements survenus dans la ville ne doivent pas interférer avec le Mondial et la décision sur la finale appartient à la FIFA.

Elle ne cite pas Louzán. Elle ne le contredit pas frontalement. Elle ne cherche peut-être même pas à le recadrer. Mais sa formule, elle, résonne forcément avec les déclarations du président de la RFEF quelques jours plus tôt: «Le sport est le sport». Dans le contexte, difficile de ne pas y voir un rappel à l’ordre.

Par Magda Soltani
Le 07/09/2026 à 17h54