Mondial 2030: Louzan et De la Fuente à Sebta, le football espagnol se politise au plus haut niveau

Rafael Louzan, président de la RFEF, et Luis de la Fuente, sélectionneur de la Roja.

Partenaire du Maroc dans l’organisation du Mondial 2030, l’Espagne multiplie pourtant les signaux politiques à l’égard de son voisin. En pleine campagne pour arracher la finale à Casablanca, le président de la RFEF, Rafael Louzan, et le sélectionneur de la Roja, Luis de la Fuente, se rendent ce vendredi à Sebta. Un déplacement lourd de symboles qui achève de faire voler en éclats la frontière entre football et politique.

Le 04/09/2026 à 13h34

Partenaire du Maroc pour organiser la Coupe du monde 2030, l’Espagne semble pourtant avoir plus de mal à considérer son voisin comme tel. Après les déclarations politiques, les pressions médiatiques et cette campagne devenue presque obsessionnelle autour de l’attribution de la finale, voilà que le football espagnol s’aventure sur un terrain autrement plus sensible. Ce vendredi, le président de la Fédération royale espagnole (RFEF), Rafael Louzan, et le sélectionneur de la Roja, Luis de la Fuente, doivent se rendre à Sebta. Une visite qui pourrait passer pour une banale initiative fédérale si elle n’intervenait pas dans un contexte aussi chargé.

Selon El Confidencial, Louzan et De la Fuente doivent rencontrer les responsable de la Fédération de football de Sebta (RFFCE), plusieurs représentants des clubs locaux ainsi que le président de la ville, Juan Jesus Vivas.

La version officielle est soigneusement emballée. Il s’agit, explique-t-on au sein de RFEF, de manifester «la solidarité du football espagnol envers la population dans ce contexte très complexe». Le Fédération se dit également «consciente de la responsabilité qu’elle assume sur le plan social».

Cependant, lorsque le patron du football espagnol et le sélectionneur national se déplacent ensemble à Sebta, préside occupé, le geste cesse d’être uniquement sportif. Et le moment choisi ne doit rien arranger.

Quand la bataille pour la finale du Mondial déborde du terrain

Depuis plusieurs mois, l’Espagne pousse ses pions pour obtenir la finale de la Coupe du monde 2030. Santiago Bernabéu, Camp Nou, déclarations de responsables politiques, sorties de dirigeants, débats télévisés: la mobilisation est générale.

Face aux candidatures espagnoles se dresse surtout le Grand stade Hassan II de Benslimane. Avec ses quelques 115.000 places, l’enceinte marocaine est appelée à devenir le principal stade du tournoi et un candidat naturel à l’accueil de la finale. Et c’est précisément là que le discours espagnol a commencé à se durcir.

Perdo Sanchez a publiquement plaidé pour une finale en Espagne. Dans les médias, la surenchère est allée jusqu’à voir évoquée l’hypothèse d’une remise en cause de la participation espagnole à la candidature commune si la FIFA venait à choisir le Maroc. On est désormais loin d’une simple concurrence entre stades.

Car depuis que la perspective d’une finale à Casablanca a pris de l’épaisseur, le Maroc est de plus en plus traité dans une partie du débat public espagnol non comme le partenaire avec lequel il faudra organiser le Mondial, mais comme le rival auquel il faudrait barrer la route.

Et voilà Sebta

C’est dans cette atmosphère que rafael Louzan choisit de se rendre à Sebta avec Luis de la Fuente. Le symbole est difficile à ignorer. La RFEF est appelé à travailler directement avec la FRMF pendant les quatre prochaines années. Voir son président investir un dossier aussi sensible politiquement ne peut donc être considéré comme un geste anodin.

El Confidentiel ne cherche d’ailleurs pas vraiment à cacher l’arrière-plan politique de l’affaire. Le quotidien affirme que l’évolution de la situation à Sebta et les relations entre le gouvernement espagnol et Rabat inquiètent au sein de la RFEF.

La suite est encore plus révélatrice. Louzan envisagerait également d’envoyer l’une de ses sélections disputer un match à Sebta. Pour l’équipe A, la capacité limitée des infrastructures locales rend l’opération difficile. Mais l’idée d’y programmer une rencontre de la sélection Espoirs reste envisagée.

Et là, détail savoureux: El Confidential précise qu’une telle décision devrait être prise en veillant à ne pas «froisser le partenaire marocain». Autrement dit, ceux qui présentent l’initiative comme purement sportive savent parfaitement qu’elle ne l’est pas.

Partenaire ou adversaire?

Si la RFRF doit mesurer les conséquences d’un match sur ses relations avec le Maroc, c’est bien parce que sa décision possède une dimension diplomatique.

C’est toute l’ambiguïté espagnole à l’approche de la Coupe du monde 2030. Lorsque vient le moment de vanter la candidature commune, le Maroc est un partenaire stratégique. Lorsque se pose la question de la finale, il redevient soudain un concurrent dont il faudrait contenir les ambitions. Et lorsque Sebta entre dans l’équation, le football espagnol lui-même n’hésite plus à marcher sur les plates-bandes du politique.

À quatre ans du rendez-vous, la question mérite donc d’être posée: l’Espagne considère-t-elle réellement le Maroc comme son partenaire pour 2030 ou seulement tant que celui-ci ne menace pas ses ambitions?

Le Mondial n’a pas encore commencé. La bataille pour sa finale, elle, semble avoir déjà largement débordé du terrain.

Par Adil Azeroual
Le 04/09/2026 à 13h34