Ayyoub Bouaddi: un record et des questions

Ayyoub Bouaddi

ChroniqueLe transfert d’Ayyoub Bouaddi de Lille vers Manchester City pour 100 millions d’euros (en comptant les bonus) en fait le joueur le plus cher de l’histoire du football marocain. Mais…

Le 31/08/2026 à 09h21

Le montant donne le vertige, d’autant que le garçon n’a même pas 19 ans (il les fêtera en octobre prochain). Et qu’il n’a même pas encore marqué le moindre but en pro!

Mais Bouaddi n’appartient que depuis quelques mois au football marocain, quand il a choisi d’opter pour les couleurs nationales. Un choix qui lui a permis de jouer le Mondial… et de doper au passage sa valeur marchande. Sans l’exposition extraordinaire offerte par le Mondial, le même Bouaddi, avec les mêmes qualités, aurait rallié City ou un club moins huppé pour quelques dizaines de millions de moins.

Maintenant, imaginons un seul instant que Bouaddi soit issu de la Botola: où en serait-il aujourd’hui? Malgré son gros potentiel, il serait encore en post-formation et évoluerait parmi les «jeunes», loin des lumières du GNF1. Avec de la chance, il compterait quelques sélections avec les U20 en attendant d’être repéré par Touarga ou le FUS.

Et en ce moment même, alors que tous les championnats européens ont repris, il serait toujours en vacances prolongées, la Botola ne reprenant ses droits que le 24 septembre: cette reprise tardive est d’ailleurs une totale aberration, soit dit en passant. Pourquoi ne pas reprendre plus tôt, sachant que la saison à venir devra solder, en plus, la Coupe du trône de la saison d’avant?

Revenons à Bouaddi. Ces quelques variations nous offrent un panorama vertigineux sur les paramètres extrinsèques qui peuvent peser sur la trajectoire et la valeur d’un joueur, les modifiant du tout au tout. Le talent ne suffit pas. Dans le même temps, le montant d’un transfert ne dit pas tout et ne garantit rien, non plus.

A City, les actionnaires ne sont pas fous. S’ils ont mis 100 millions sur le garçon, c’est qu’ils comptent en faire un pilier. Mais on ne devient pas le pilier d’un grand club européen du jour au lendemain. Aussi talentueux soit-il, Bouaddi doit encore franchir des paliers et progresser, tout en s’adaptant à un nouvel environnement. Ce qui n’est jamais simple.

La pression sera aussi grande que les attentes nées autour du joueur. Si tout va bien, Bouaddi devra plus ou moins reprendre le rôle de Rodri et faire en sorte que le jeu s’articule autour de lui. Remplacer Rodri, champion du monde et ancien Ballon d’or: vous imaginez la nature du challenge?

On peut également imaginer que le joueur sera appelé, au niveau de la sélection nationale, à prendre de plus grandes responsabilités dans l’orientation du jeu. Il doit aussi soigner ses stats et gagner en constance.

Alors il faut espérer que le garçon ait les épaules larges et la tête froide pour faire comme si de rien n’était et continuer de grandir. Le rôle de son entourage sera primordial. Ses encadrants aussi, à City et au Maroc, doivent apprendre à jouer les soupapes pour évacuer le maximum de pression.

Parce que le plus important, c’est le terrain. Le terrain, c’est la réalité de tous les jours. Il faut oublier le montant du transfert et revenir aux basiques: nous sommes face à un jeune de (presque) 19 ans qui débarque dans un nouveau pays et dont l’objectif est de jouer et de se faire plaisir. Pour commencer.

Par Footix marocain
Le 31/08/2026 à 09h21