Mondial 2030: la cabale de la peur

ChroniqueLe message est toujours le même: si Casablanca obtient la finale de la Coupe du monde 2030, ce ne sera pas grâce à son dossier.

Le 07/08/2026 à 17h00

Pendant des mois, une partie de l’Espagne a vécu avec une certitude: la finale de la Coupe du monde 2030 se jouerait forcément au Santiago-Bernabéu. Madrid semblait cocher toutes les cases. Une capitale européenne, un stade mythique, une sélection championne du monde et un poids historique au sein du football international. Le débat paraissait clos avant même d’avoir commencé.

Puis le Maroc est entré dans l’équation. Non plus comme un simple coorganisateur du Mondial, mais comme un candidat crédible à l’organisation de la finale. Et c’est précisément à partir de ce moment que le ton de certains médias espagnols a changé.

Depuis plusieurs semaines, les articles se succèdent. Le Maroc serait favorisé. Un mystérieux «lobby marocain» influencerait les décisions. Certains vont jusqu’à expliquer que la FIFA chercherait à récompenser le Royaume pour des considérations géopolitiques plutôt que sportives. Le message est toujours le même: si Casablanca obtient la finale, ce ne sera pas grâce à son dossier.

Cette stratégie n’a rien d’innocent. Lorsqu’un candidat est réellement inférieur, nul besoin de mener une campagne pour le discréditer. On laisse simplement les faits parler. Si une partie de la presse espagnole consacre autant d’énergie à démonter le dossier marocain, c’est peut-être parce qu’elle sait qu’il est devenu suffisamment solide pour représenter une menace réelle.

Car derrière les discours, il y a une réalité beaucoup plus concrète. Le Maroc présente aujourd’hui un projet cohérent, lisible et centralisé. Les infrastructures sont identifiées, les investissements sont engagés et, surtout, toute l’organisation repose sur un seul pilote: la Fondation Maroc 2030. C’est probablement l’un de nos plus grands atouts.

La FIFA n’aime ni les procédures interminables ni les interlocuteurs multiples. Elle privilégie les structures capables de décider rapidement, de coordonner efficacement et de garantir le respect des délais. De ce point de vue, la Fondation Maroc 2030 offre exactement ce dont une compétition de cette ampleur a besoin: une gouvernance unifiée, capable de dialoguer directement avec la FIFA, les ministères, les collectivités et les différents maîtres d’ouvrage.

À l’inverse, le dossier espagnol apparaît beaucoup plus fragmenté. Il faut composer avec le gouvernement central, les communautés autonomes, les municipalités, la Fédération espagnole, les sociétés exploitant certains stades, mais aussi plusieurs clubs privés qui demeurent propriétaires de leurs enceintes. Chacun possède ses intérêts, ses contraintes et son calendrier.

Le rapport d’évaluation de la FIFA avait d’ailleurs déjà attiré l’attention sur cette complexité. Si les infrastructures espagnoles étaient saluées, plusieurs accords relatifs aux stades avaient été signés tardivement ou comportaient des dérogations particulières. L’instance avait ainsi classé le risque juridique du dossier espagnol à un niveau «moyen», précisément en raison d’accords contractuels encore incomplets au moment de l’évaluation.

Depuis, les difficultés ne se sont pas dissipées. Deux villes, Málaga puis La Corogne, ont quitté le projet. Vigo réclame toujours son intégration et menace de saisir la justice. La désignation des villes hôtes continue d’alimenter les polémiques, certains responsables politiques dénonçant un manque de transparence dans les critères de sélection.

À cela s’ajoute une Fédération espagnole qui tente encore de tourner la page des affaires Rubiales et de l’opération Brody. Même si ces dossiers n’empêchent évidemment pas l’organisation de la Coupe du monde, ils entretiennent une instabilité institutionnelle dont personne n’avait besoin à l’approche d’un événement aussi stratégique.

Le contraste avec le Maroc est donc saisissant. Le Royaume avance selon une feuille de route clairement définie. Les travaux des stades progressent. Les infrastructures de transport suivent leur calendrier. Les investissements sont inscrits dans une stratégie qui dépasse largement la seule Coupe du monde. Quant au Grand Stade Hassan II, avec ses 115.000 places annoncées, il constitue à lui seul un argument difficile à ignorer dans la course à la finale.

Mais un stade ne fait pas tout. La FIFA ne choisira pas la finale uniquement en fonction de la capacité d’une enceinte ou de son architecture. Elle examinera l’ensemble du dispositif: garanties gouvernementales, sécurité, mobilité, exploitation commerciale, organisation opérationnelle, calendrier des travaux et capacité à livrer un événement sans imprévus. Et c’est précisément sur ce terrain que le Maroc s’est considérablement renforcé depuis l’attribution du Mondial.

Ce qui frappe aujourd’hui, c’est que le débat espagnol semble parfois davantage porté par l’émotion que par les faits. Le sacre mondial de la Roja est régulièrement présenté comme un argument en faveur du Bernabéu. Pourtant, aucun règlement de la FIFA ne prévoit qu’un pays champion du monde bénéficie d’un quelconque avantage dans le choix de la finale. De la même manière, multiplier les éditoriaux dénonçant un prétendu «lobby marocain» ne modifie ni les critères d’évaluation ni les réalités du terrain.

Au fond, cette bataille médiatique révèle surtout une inquiétude. Pendant longtemps, le Royaume était perçu comme le partenaire africain de cette candidature tripartite. Dorénavant, il est considéré comme un candidat capable d’accueillir la plus grande affiche du tournoi. La nuance est immense.

Il reste encore plusieurs mois avant que la FIFA ne tranche définitivement. Rien n’est joué. Madrid conserve de sérieux arguments, tout comme Barcelone d’ailleurs. Mais une chose paraît désormais évidente: si certains cherchent avec autant d’insistance à affaiblir l’image du dossier marocain, c’est parce que celui-ci a cessé d’être une hypothèse. Il est devenu une possibilité. Et c’est précisément ce qui fait trembler une partie de l’Espagne.

Par Adil Azeroual
Le 07/08/2026 à 17h00