Les grands joueurs font toujours attention à leur image, y compris celle qu’ils vont laisser quand ils auront raccroché les crampes. Cette image est liée aux grands moments du passé, mais aussi au dernier match. Il faut réussir sa sortie. En sélection ou en club, l’heure des adieux donne lieu à un grand moment d’émotion, que les caméras fixent pour l’éternité.
Au Maroc, cette tradition a du mal à s’installer. Même les jubilés, généralement organisés des mois, voire des années plus tard, se font rares. Et, disons-le clairement, ces jubilés étaient souvent des moments de tristesse: on les organisait parfois pour venir en aide au «retraité», les matchs proposés ressemblaient à des séances d’entrainement, et les gradins étaient trop souvent vides…
Regardez Ziyech. A 33 ans, et vu la tournure prise par sa carrière, il y a très peu de chances que ce garçon retrouve un jour la sélection. C’est un footballeur magnifique, qui a fièrement représenté les Lions de l’Atlas, dont il est d’ailleurs l’un des meilleurs buteurs encore en exercice. D’accord, il reste sélectionnable dans l’absolu. Mais dans l’idée, il lui appartient ainsi que les responsables du football marocain de se concerter pour que, le moment venu, le joueur fasse ses adieux à la sélection, mais aussi au public marocain. Rien de mieux qu’un match amical pour permettre au garçon de quitter le stade sous les applaudissements…
Lire aussi : «Je n’ai jamais exigé plus de temps de jeu»: Sofyan Amrabat répond à Mohamed Ouahbi
Evidemment, il y a d’autres cas, certainement différents et peut-être plus épineux encore. Prenons Sofyan Amrabat. Personne ne lui enlèvera le Mondial 2022 où il a certainement été le meilleur Lion sur le terrain. C’est un combattant, avant on disait un «porteur d’eau», c’est-à-dire quelqu’un qui se sacrifie pour les autres, dans une position et un rôle souvent ingrats. Son mérite n’en est que plus grand. Et sa soif de reconnaissance légitime.
Amrabat sait mieux que personne que son histoire avec les Lions est sur la fin. Ce n’est pas une question d’âge. Le garçon a la possibilité, pour sortir par la grande porte, d’annoncer sa retraite internationale. Avec une dernière sélection et une standing ovation. Au revoir et mille mercis. Son «jubilé» n’en sera que plus beau.
Mais non. Le garçon ne veut pas renoncer. Il veut se battre pour regagner sa place. Il sait ce qui lui reste à faire: se battre pour rejoindre un grand club, se battre encore pour gagner du temps de jeu, se tenir prêt pour répondre à un éventuel appel du sélectionneur. Quand toutes ces conditions seront réunies, il pourra postuler. A 30 ans, son histoire avec les Lions de l’Atlas n’est pas forcément finie…
Sofyan Amrabat et le Canadien Atiba Hutchinson lors du match du groupe F de la Coupe du monde 2022 entre le Maroc et le Canada, disputé au stade Al-Thumama de Doha, le 1er décembre 2022.. AFP
La devise est simple: il faut se taire et continuer de travailler comme une fourmi… Mais quand Amrabat annonce lui-même qu’il renonce à la sélection, tant que l’actuel sélectionneur est aux commandes, il se fait hara kiri. Il risque, au moment où le Maroc entame les éliminatoires pour la prochaine CAN, de sortir par la petite porte et de basculer dans l’oubli. C’est dommage parce que le garçon aurait mérité une meilleure sortie. Vous parlez d’un gâchis!


















