Mondial 2030: depuis quand appartient-il à l’Espagne?

Le trophée de la Coupe du monde de la FIFA enveloppé dans le drapeau espagnol.

ChroniqueÀ l’approche des élections législatives du 29 novembre, la droite espagnole fait de la finale du Mondial 2030 un argument de campagne, allant jusqu’à menacer de retirer l’Espagne de l’organisation si le Maroc accueille le dernier match. Une surenchère électoraliste où l’orgueil national semble primer sur les intérêts économiques du pays.

Le 06/11/2026 à 16h24

Il fallait bien trouver un ennemi pour alimenter la campagne électorale espagnole. Et, à trois semaines des élections législatives du 29 novembre, une partie de la droite semble avoir trouvé le coupable idéal: le Maroc. Son tort? Oser prétendre accueillir la finale de la Coupe du monde 2030, une compétition que l’Espagne paraît désormais considérer comme sa propriété privée. À écouter certains responsables du Parti populaire (PP), le Royaume ne serait plus un partenaire dans l’organisation du Mondial, mais un intrus venu leur dérober ce qui leur reviendrait de droit.

Alberto Núñez Feijóo, chef du Parti populaire et candidat à la présidence du gouvernement, a prévenu: si la finale du Mondial 2030 n’est pas attribuée à l’Espagne, son pays devrait tout simplement se retirer de l’organisation. Rien que ça. Une Coupe du monde organisée conjointement par trois pays, des années de préparation, des investissements considérables, des engagements internationaux... Tout cela pourrait donc être sacrifié sur l’autel d’une finale.

Et comme une surenchère en appelle une autre, Isabel Díaz Ayuso, présidente de la Communauté de Madrid et figure de la droite espagnole, s’est empressée d’applaudir. Pour elle, Feijóo «ne pouvait pas avoir davantage raison». Mieux encore, elle accuse ouvertement le Maroc de vouloir «leur voler la Coupe du monde sous leur nez».

Le mot est lâché: voler. Il résume à lui seul le narratif que cette droite espagnole tente d’installer dans l’opinion publique. C’est leur Coupe du monde, leur finale, leur prestige. Et le Maroc serait ce voisin encombrant qui chercherait à s’emparer de ce qui ne lui appartient pas.

Sauf qu’il y a un petit problème dans ce raisonnement: la Coupe du monde 2030 n’appartient pas à l’Espagne. Elle appartient encore moins au Parti populaire.

Le Maroc, l’Espagne et le Portugal ont été désignés pour organiser ensemble cette compétition. Ensemble. Un mot qui semble avoir disparu du vocabulaire de certains responsables politiques espagnols depuis que le Grand Stade Hassan II, avec ses 115.000 places, s’est imposé comme un candidat sérieux pour accueillir la finale.

Depuis, les déclarations se multiplient de l’autre côté du détroit. Le Santiago-Bernabéu, le Camp Nou, le prestige du football espagnol, son histoire, ses titres... Tous les arguments sont bons pour expliquer pourquoi la finale devrait impérativement se disputer sur le sol espagnol.

Mais le plus inquiétant n’est peut-être pas là. Le plus inquiétant, c’est cette facilité avec laquelle des responsables politiques prétendant pouvoir gouverner l’Espagne envisagent de faire voler en éclats un projet majeur pour quelques applaudissements électoraux.

Car Feijóo menace de retirer son pays de l’organisation du Mondial. Très bien. Mais à quel prix?

Pas un mot sur les conséquences économiques d’une telle décision. Pas un mot sur les emplois que pourrait générer la compétition, sur les entreprises espagnoles mobilisées, sur les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie, de la restauration, des transports ou des services qui attendent cet événement. Pas un mot non plus sur les investissements déjà engagés par les villes hôtes et les autorités publiques.

Et surtout, pas la moindre explication sur les conséquences contractuelles et les éventuelles sanctions de la FIFA auxquelles l’Espagne pourrait s’exposer en cas de retrait unilatéral. Rien. Nada. Le silence.

Il serait pourtant intéressant d’entendre Feijóo expliquer aux professionnels du tourisme madrilène, aux hôteliers de Barcelone, aux entreprises de Bilbao ou aux milliers de travailleurs qui pourraient bénéficier des retombées du Mondial qu’il faudrait renoncer à tout cela parce que la finale se jouerait à Casablanca.

Il serait aussi intéressant de savoir si les contribuables espagnols seraient disposés à assumer les conséquences financières d’une décision dictée davantage par l’orgueil politique que par l’intérêt national.

Mais ces questions-là ne font manifestement pas gagner des voix aussi facilement qu’une formule martiale lancée sur un plateau de télévision.

Le plus cocasse reste cette manière de revendiquer l’organisation d’une coupe du monde à trois tout en refusant d’en accepter les règles élémentaires. On veut les avantages d’une candidature commune, mais on exige le privilège de décider seul de l’affiche la plus prestigieuse. On célèbre la coopération lorsqu’elle permet d’obtenir l’organisation du tournoi, puis on menace de tout abandonner lorsque le partenaire revendique sa part de lumière. Drôle de conception du partenariat.

Reste une question: cette droite espagnole serait-elle réellement prête, si elle accédait au pouvoir, à mettre sa menace à exécution? Ou cette posture disparaîtra-t-elle aussi rapidement que les affiches électorales, lorsqu’il faudra gouverner et assumer les conséquences de ses déclarations? Car il est toujours plus facile de promettre un retrait devant les caméras que d’en signer les documents et d’en présenter la facture aux Espagnols.

Le Maroc, lui, n’a pas à s’excuser de ses ambitions, encore moins à demander la permission à la droite espagnole pour prétendre accueillir la finale d’un Mondial qu’il coorganise. Il défend légitimement sa candidature.

Et si la finale venait finalement à être attribuée au Maroc, ce ne serait ni un vol ni une humiliation de l’Espagne. Ce serait une décision sportive et organisationnelle prise par les instances compétentes.

La véritable humiliation pour l’Espagne serait plutôt de renoncer à accueillir la plus grande compétition de football au monde parce qu’une partie de sa classe politique n’aurait pas supporté de voir le voisin marocain organiser le dernier match.

Par Adil Azeroual
Le 06/11/2026 à 16h24