Les conférences de presse de Mohamed Ouahbi se suivent et finissent par se ressembler. Le sélectionneur national arrive, dévoile sa liste, répond tant bien que mal aux questions des journalistes, esquive celles qui risquent de fâcher et ressort, à quelques nuances près, les mêmes arguments. La concurrence, la confiance, les profils, le projet de jeu, la progression collective... Tout y passe. À l’écouter, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Sauf que les interrogations ne disparaissent pas avec la fin de la conférence de presse. La liste des 26 joueurs retenus pour la double confrontation face au Niger, les 13 et 17 novembre, dans le cadre des éliminatoires de la CAN 2027, en soulève même quelques-unes de plus. Et les explications fournies ce mercredi 4 novembre n’ont pas vraiment dissipé les doutes.
Soyons clairs. Dans un groupe composé du Gabon, du Lesotho et du Niger, les Lions de l’Atlas disposent d’une marge considérable pour décrocher leur qualification à la CAN 2027, prévue l’été prochain au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda. Sauf catastrophe, le Maroc sera au rendez-vous.
Mais la véritable question est de savoir avec quelle équipe, avec quel système et surtout avec quelles certitudes le Maroc abordera cette compétition.
Il ne reste que deux fenêtres FIFA avant le coup d’envoi de la CAN. Deux occasions de procéder aux derniers réglages, d’essayer d’autres joueurs et de corriger les lacunes observées lors des précédentes sorties.
Ouahbi en est parfaitement conscient. «S’il y a bien une période où l’on peut tester des joueurs et donner de la continuité, c’est maintenant», a-t-il déclaré. Encore faudrait-il que cette volonté se traduise dans ses choix.
Secret défense
La défense demeure l’un des principaux chantiers de cette équipe nationale. Pourtant, certains choix de Mohamed Ouahbi restent difficiles à comprendre.
Prenons le cas d’Omar El Hilali. Le défenseur de l’Espanyol Barcelone évolue régulièrement en Liga. Latéral droit de formation, il peut également évoluer dans une défense à trois. Un profil polyvalent qui pourrait offrir au sélectionneur des solutions supplémentaires. Mais El Hilali reste à la porte de la sélection. Sans véritable explication.
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Dans le même temps, Redouane Halhal continue d’être convoqué, alors qu’il n’a pas disputé la moindre minute lors des trois dernières rencontres des Lions de l’Atlas.
Interrogé sur le défenseur de Venise, Ouahbi a préféré insister sur sa progression et son temps de jeu retrouvé en club. Très bien. Mais pourquoi cette logique ne profiterait-elle pas également à El Hilali, titulaire dans l’élite espagnole?
La question mérite d’autant plus d’être posée que l’équipe nationale doit explorer d’autres organisations défensives. Une défense à trois permettrait, par exemple, de tester de nouvelles associations tout en libérant davantage Achraf Hakimi sur le côté droit.
Car le capitaine des Lions de l’Atlas, étincelant au Paris Saint-Germain, ne parvient pas toujours à reproduire le même rendement offensif en sélection. Pourquoi ne pas l’essayer en piston droit, comme à Dortmund ou à l’Inter Milan? Ou lui accorder davantage de liberté dans une défense à quatre, comme le fait Luis Enrique au PSG?
Il ne s’agit pas de tout bouleverser, mais de chercher à exploiter pleinement les qualités de l’un des meilleurs joueurs du monde à son poste. Et si ce n’est pas face au Niger, quand?
Le deux poids, deux mesures
Les interrogations concernent également l’animation offensive. Amine Harit en est le parfait exemple. Après une période compliquée, le milieu offensif marocain retrouve cette saison ses sensations avec l’Olympique de Marseille. Dans un club secoué par des difficultés financières, Harit s’est imposé comme l’un des hommes forts de l’équipe.
Avec trois buts et une passe décisive en onze apparitions, il participe au redressement marseillais, alors que l’OM occupe la sixième place de Ligue 1. Mais cela ne suffit visiblement pas pour retrouver les Lions de l’Atlas.
En conférence de presse, les questions concernant Harit ont été nombreuses. Les réponses, beaucoup moins convaincantes.
À l’inverse, Ouahbi a décidé de rappeler Amine Sbai, joueur d’Angers, quinzième de Ligue 1. Déjà présent à la surprise générale lors de la Coupe du monde 2026, où il n’avait disputé que quelques minutes face à la France, Sbai bénéficie à nouveau de la confiance du sélectionneur. «Amine peut jouer en 10 et sur le côté gauche. Il a été régulier toute la saison», a justifié Ouahbi, ajoutant vouloir lui offrir davantage de temps de jeu.
Soit. Mais pourquoi cette volonté d’offrir des opportunités à certains ne s’appliquerait-elle pas à Harit? Le Marseillais possède une expérience internationale et peut évoluer dans plusieurs positions offensives.
Personne ne prétend qu’il doit absolument être titulaire. Mais sa forme actuelle mérite au moins une réflexion. Et son absence, une explication plus convaincante.
Brahim Diaz, une déclaration qui interpelle
Autre déclaration surprenante, celle concernant Brahim Diaz. Interrogé sur le manque de temps de jeu du Marocain au Real Madrid, Ouahbi a expliqué vouloir l’aider à retrouver davantage de minutes avec son club. «Nous, on va l’encourager pour qu’il puisse retourner dans son club et gagner encore plus de temps de jeu», a-t-il déclaré.
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Une réflexion qui pose question. Depuis quand l’équipe nationale doit-elle servir de tremplin pour retrouver une place en club? La logique ne devrait-elle pas être inverse?
Personne ne conteste le talent de Brahim Diaz ni son apport aux Lions de l’Atlas. Mais c’est d’abord en club qu’un joueur doit gagner sa place et convaincre par ses performances.
Et surtout, quel message Ouahbi envoie-t-il à tous ces joueurs qui travaillent dur chaque semaine pour s’imposer dans leur club, qui enchaînent les matchs et les bonnes prestations dans l’espoir de décrocher une convocation? Que leurs efforts ne suffisent pas, tandis que d’autres peuvent compter sur la sélection pour retrouver le rythme qu’ils n’ont plus en club?
Soutenir un cadre en difficulté est une chose. Faire de l’équipe nationale un moyen de relancer sa situation en club en est une autre. Le Maroc prépare une CAN, pas la deuxième partie de saison du Real Madrid.
Une concurrence à géométrie variable
Pour justifier certains choix, Ouahbi a expliqué que sélectionner les joueurs les plus utilisés en club ne suffisait pas. «Quand on fait une sélection, il ne suffit pas d’aller sur Internet, de regarder le temps de jeu et de prendre ceux qui jouent le plus pour faire l’équipe nationale. Si on fait ça, on n’a pas besoin de moi», a-t-il lancé.
Sur le principe, il a raison. Une sélection ne se construit pas avec un simple tableau de statistiques. L’expérience, les profils et les complémentarités comptent aussi.
Mais cet argument ne peut pas tout justifier. Certains joueurs, malgré un temps de jeu limité en club, continuent d’être systématiquement convoqués. D’autres, pourtant titulaires réguliers et performants, restent à l’écart.
La confiance accordée aux cadres est compréhensible. Mais à partir de quel moment devient-elle un privilège? Comment parler de concurrence lorsque certains doivent prouver leur valeur chaque week-end, tandis que d’autres conservent leur place indépendamment de leur situation en club?
Si le temps de jeu n’est pas déterminant, pourquoi la régularité est-elle mise en avant pour défendre certaines convocations? Si l’expérience compte, pourquoi ignorer Harit? Et si la polyvalence est recherchée, pourquoi ne pas donner sa chance à El Hilali?
Ouahbi assure pourtant que personne n’est exclu de ses plans et que son staff suit plus de 60 joueurs chaque semaine. Un travail considérable, certainement. Mais à quoi sert-il si certains profils performants restent systématiquement à l’écart?
Le Niger, une occasion à ne pas gâcher
Mohamed Ouahbi dispose d’une génération riche en talents, avec des joueurs évoluant dans les plus grands championnats et des jeunes qui frappent à la porte de la sélection.
La double confrontation face au Niger représente une occasion idéale pour avancer sur plusieurs chantiers: tester une défense à trois, revoir l’utilisation de Hakimi, essayer de nouvelles associations offensives et donner leur chance à d’autres profils.
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Cela n’empêche évidemment pas de chercher la victoire. Les deux objectifs ne sont pas incompatibles, surtout face à un adversaire que les Lions de l’Atlas ont les moyens de dominer.
Or, malgré quelques nouveaux visages, la logique générale reste celle de la continuité. Une continuité nécessaire pour construire des automatismes, mais qui peut aussi devenir un frein lorsqu’elle empêche d’explorer d’autres possibilités.
Personne ne demande à Ouahbi de tout bouleverser. Mais il serait dommage de traverser ces éliminatoires sans avoir réellement testé les différentes options à sa disposition.
Car battre le Niger ne suffira pas à répondre aux questions qui se posent aujourd’hui. Le véritable examen aura lieu l’été prochain, en Afrique de l’Est, face à des adversaires autrement plus exigeants.
Et ce jour-là, il sera trop tard pour découvrir qu’il existait d’autres joueurs à essayer, d’autres systèmes à explorer et d’autres façons de tirer le meilleur des Lions de l’Atlas.















