Mondial 2030: stades, investissements, emplois… les grandes annonces de Fouzi Lekjaa

Réunion de la Commission des finances et du développement économique de la Chambre des représentants, ce mardi 3 novembre 2026, consacrée à la poursuite de l’examen détaillé du projet de loi de finances 2027, en présence de Fouzi Lekjaa, ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance Publique.

Coût du Grand Stade Hassan II, avenir de cette enceinte, infrastructures, retombées économiques et fiscales… Fouzi Lekjaa a fait le point, ce mardi 3 novembre, devant les députés, sur les préparatifs de la Coupe du monde 2030. Le ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance Publique a notamment dévoilé les prévisions en matière d’emploi et d’investissement, tout en répondant aux interrogations sur les grands chantiers engagés par le Maroc.

Le 03/11/2026 à 18h44

À moins de quatre ans de la Coupe du monde 2030, les préparatifs du Maroc entrent dans une phase décisive. Ce mardi 3 novembre, Fouzi Lekjaa, ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance Publique, a présenté devant la Commission des finances et du développement économique de la Chambre des représentants les principaux chiffres et enjeux liés à l’organisation de cette compétition, que le Royaume coorganisera avec l’Espagne et le Portugal.

La réunion s’inscrivait dans le cadre de la poursuite de l’examen détaillé du projet de loi de finances 2027. Au centre des discussions: le financement des infrastructures, les exonérations fiscales prévues pour les acteurs du Mondial, les retombées économiques attendues et l’avenir des équipements construits pour l’événement.

Pour Fouzi Lekjaa, la Coupe du monde ne doit pas se résumer aux matchs qui seront disputés en 2030. «Le Mondial est la boussole de ce que nous serons en 2030», a-t-il déclaré, défendant une vision dans laquelle cette compétition doit accélérer les projets de développement du Royaume.

Plus de 600 sites mobilisés dans six villes marocaines

Le Mondial 2030 réunira 48 sélections nationales et comprendra 104 rencontres, réparties entre les trois pays organisateurs. Au Maroc, six villes accueilleront des matchs: Rabat, Casablanca, Marrakech, Tanger, Agadir et Fès.

Selon les données présentées par Fouzi Lekjaa, les préparatifs concernent plus de 600 sites à travers le Royaume. Le dispositif prévoit notamment 172 centres de services destinés aux équipes, 164 terrains d’entraînement, 122 hôtels, 72 aéroports ou points d’accueil, ainsi que 13 zones réservées aux supporters.

Plus de 30 camps de base devront également être aménagés pour accueillir les sélections participantes.

Ces chiffres donnent une idée de l’ampleur des préparatifs, qui dépassent largement la construction et la rénovation des stades. Hébergement, transport, accueil des délégations, terrains d’entraînement et logistique devront répondre aux exigences de la FIFA.

Casablanca, «cœur battant» du Mondial 2030

Interrogé sur l’éloignement du Grand Stade Hassan II, situé à une cinquantaine de kilomètres de Casablanca, Fouzi Lekjaa a assuré que la capitale économique occuperait une place centrale dans l’organisation de la compétition.

«Casablanca sera le cœur battant de la Coupe du monde 2030», a-t-il affirmé, évoquant les grands projets prévus dans la métropole, notamment le développement des infrastructures aéroportuaires, la construction d’un nouvel aéroport et la mise en place d’un réseau express régional (RER).

Ce dernier devra notamment permettre de relier Casablanca au Grand Stade Hassan II de Benslimane et de faciliter les déplacements des supporters.

Quant à la distance entre la ville et le stade, Lekjaa estime qu’un trajet d’une heure, voire moins, répond aux standards internationaux. Il a notamment cité l’exemple de New York-New Jersey, lieu de la finale du Mondial 2026, ainsi que les déplacements effectués par les Lions de l’Atlas lors de leurs rencontres aux États-Unis.

Le ministre a également insisté sur l’importance des projets routiers et ferroviaires pour améliorer les liaisons entre les villes hôtes, faciliter les déplacements des délégations et renforcer la place de Casablanca dans le dispositif logistique de la compétition.

Grand Stade Hassan II: au moins 25 matchs par an pour le Raja, le Wydad et les Lions de l’Atlas

L’avenir du Grand Stade Hassan II après la Coupe du monde a également été abordé. Sur ce point, Fouzi Lekjaa a assuré que cette enceinte de 115.000 places ne serait pas exclusivement réservée au Mondial.

Le Raja et le Wydad de Casablanca, ainsi que la sélection nationale, devraient pouvoir y disputer leurs rencontres les plus importantes avant même le début de la compétition.

Selon le ministre, les études réalisées ont permis d’identifier au moins 25 matchs par saison susceptibles d’attirer plus de 100.000 spectateurs. Il s’agit notamment des rencontres des deux clubs casablancais en championnat et dans les compétitions continentales, ainsi que des matchs des Lions de l’Atlas.

Cette programmation devra également tenir compte des périodes nécessaires à l’entretien de la pelouse et des installations.

Lekjaa a tenu à distinguer la situation du Maroc de celle du Qatar, qui avait prévu le démontage de certaines installations après la Coupe du monde 2022. Pour lui, le Grand Stade Hassan II doit répondre à des besoins sportifs durables et continuer à fonctionner bien après 2030.

Cette volonté de pérenniser les équipements a également été soulignée dans le communiqué de la Commission des finances. Le ministre a insisté sur la nécessité de faire des investissements consacrés aux stades un moyen de développer le football national, d’améliorer les conditions de pratique sportive et d’élargir le nombre de bénéficiaires.

Quel sera le coût définitif du Grand Stade Hassan II?

Autre sujet soulevé lors des échanges: le coût de construction du Grand Stade Hassan II, alors que plusieurs montants importants ont circulé ces derniers mois.

Fouzi Lekjaa n’a pas communiqué de chiffre définitif. Il a expliqué que les travaux étaient réalisés par tranches successives, chacune disposant de son propre budget. Selon ses explications, le coût global du projet ne pourra être arrêté qu’au moment de sa livraison définitive.

Le ministre a par ailleurs invité les membres de la Commission des finances et du développement économique à effectuer une visite de terrain à Benslimane afin de constater directement l’avancement du chantier.

La question du stade s’inscrit également dans celle de la concurrence entre les pays coorganisateurs pour accueillir la finale de la Coupe du monde 2030.

Sur ce sujet, Lekjaa a estimé que la rivalité entre les villes et les enceintes candidates faisait partie d’une compétition plus large entre les pays organisateurs. Il a toutefois rappelé que l’ambition du Maroc ne devait pas se limiter à l’attribution de matchs, aussi prestigieux soient-ils.

840.000 emplois et une hausse attendue du PIB de 13,2%

Sur le plan économique, Fouzi Lekjaa a présenté les projections liées à l’organisation du Mondial 2030. Selon les chiffres exposés devant les députés, l’investissement global devrait enregistrer une croissance cumulée de 21,2% sur la période 2023-2030, tandis que le produit intérieur brut (PIB) pourrait progresser de 13,2%.

Les prévisions font également état de la création de plus de 840.000 emplois dans différents secteurs.

Le tourisme figure parmi les principaux bénéficiaires attendus de cette dynamique. Le Maroc ambitionne d’accueillir 26 millions de touristes par an à l’horizon 2030, avec des recettes touristiques dépassant 156 milliards de dirhams.

Le secteur pourrait, selon les projections présentées, générer plus de 158.000 emplois supplémentaires.

Ces chiffres restent des prévisions, dont la concrétisation dépendra notamment de l’avancement des investissements et de la capacité des différents secteurs à profiter de la dynamique du Mondial.

Des exonérations fiscales prévues jusqu’en 2031 et 2032

L’autre volet important de cette réunion concernait les mesures fiscales et douanières exceptionnelles prévues dans le cadre de l’organisation de la Coupe du monde.

Fouzi Lekjaa a présenté les dispositions proposées au profit des organismes et des personnes impliqués dans la préparation et le déroulement de la compétition.

Ces mesures comprennent des exonérations temporaires et ciblées de certains impôts, droits et taxes. Leur application sera encadrée par des conditions et des délais légaux, variables selon la nature des exonérations et les catégories de bénéficiaires. Certaines dispositions devraient rester applicables jusqu’en 2031 ou 2032.

Le dispositif prévoit également des procédures électroniques simplifiées pour bénéficier de ces avantages, accompagnées d’un renforcement des garanties de contrôle fiscal.

La question des retombées fiscales des activités liées au Mondial a également été évoquée, notamment concernant les entreprises internationales qui commercialisent les droits de diffusion télévisuelle.

Lekjaa a souligné l’importance de permettre au Maroc de tirer profit de ces activités et de développer ses propres capacités de production audiovisuelle.

Il a notamment évoqué l’expérience acquise lors de la Coupe d’Afrique des Nations et l’ambition de disposer, à terme, des compétences techniques et humaines nécessaires pour assurer la production télévisuelle des rencontres de la Coupe du monde.

Le ministre a également rappelé que la FIFA dispose de sponsors et de partenaires commerciaux et que les prestations liées à l’organisation répondent à des cahiers des charges précis. D’où l’importance, selon lui, de permettre aux entreprises marocaines de participer aux activités économiques générées par la compétition.

Marchés publics: les députés réclament davantage de transparence

Les parlementaires ont également soulevé la question de l’accès des entreprises marocaines aux marchés publics liés aux préparatifs du Mondial.

Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de garantir la transparence, la concurrence et l’égalité des chances dans l’attribution des marchés, tout en appliquant le principe de préférence nationale.

L’objectif est de permettre aux grandes entreprises, mais aussi aux petites et moyennes entreprises (PME) et aux très petites entreprises (TPE), de bénéficier des chantiers engagés.

Les députés ont notamment proposé la création d’une plateforme nationale consacrée au suivi des marchés publics, au contrôle de leur exécution et au respect des délais.

Ils ont également demandé un meilleur accompagnement des entreprises marocaines, particulièrement celles qui rencontrent des difficultés pour accéder à ces marchés, afin de renforcer leur compétitivité et de leur permettre de poursuivre leurs activités après l’achèvement des travaux.

Fonds d’héritage: des précisions demandées sur le financement

Le fonds d’héritage lié à la Coupe du monde a lui aussi suscité plusieurs interrogations. Les députés ont demandé des éclaircissements sur ses ressources, ses objectifs, son fonctionnement, sa gouvernance et les organismes chargés de sa gestion.

Ils ont également souhaité connaître le rôle exact de la FIFA dans le suivi des projets liés à l’organisation de la compétition, ainsi que la part revenant au Maroc dans les financements communs avec l’Espagne et le Portugal. La question des projets susceptibles de bénéficier de ces ressources a également été soulevée.

Fouzi Lekjaa a rappelé que le mécanisme d’héritage vise à faire bénéficier le pays organisateur d’une partie de la valeur ajoutée générée par l’événement, avec des ressources destinées notamment au développement social du football.

Pour assurer un meilleur suivi des engagements, plusieurs parlementaires ont appelé à la présentation régulière de rapports devant la commission compétente.

Ces documents devraient permettre de mesurer l’avancement des chantiers, le respect des calendriers et des engagements financiers et organisationnels. Un rapport d’évaluation global a également été demandé après la compétition, afin d’en mesurer les retombées économiques, sociales et territoriales.

104 milliards de dirhams pour l’ONCF: Lekjaa conteste leur assimilation au coût du Mondial

Sur le financement des infrastructures, Fouzi Lekjaa a appelé à distinguer les dépenses directement liées à l’organisation de la Coupe du monde des investissements destinés au développement du pays.

Il a notamment cité le programme d’investissement de l’Office national des chemins de fer (ONCF), estimé à 104 milliards de dirhams, contestant l’idée d’intégrer automatiquement cette enveloppe au coût ou à la dette liés au Mondial.

Selon lui, ces investissements répondent à des besoins de mobilité et de développement économique qui dépassent largement l’échéance de 2030.

Le ministre a notamment évoqué le prolongement de la ligne à grande vitesse entre Kénitra et Marrakech, avec une perspective d’extension vers Agadir, puis les provinces du Sud.

Le développement du réseau ferroviaire comprend également le renforcement de la liaison entre Fès et Kénitra, ainsi que l’électrification de la ligne reliant Fès à Oujda.

Ces projets doivent notamment améliorer le transport des voyageurs et des marchandises et renforcer les connexions entre les différentes régions du Royaume.

Des investissements qui doivent profiter à toutes les régions du Maroc

Les échanges ont également porté sur l’équilibre entre les investissements consacrés au Mondial et les autres priorités nationales.

Plusieurs députés ont appelé à ce que les projets liés à la Coupe du monde profitent à l’ensemble des régions du Royaume, notamment aux zones rurales et montagneuses, et ne se concentrent pas uniquement dans les six villes hôtes.

Ils ont insisté sur la nécessité d’accélérer les programmes de développement territorial, particulièrement dans les domaines de la santé, de l’éducation, des routes et des infrastructures de transport.

Le ministre a cité les projets sportifs réalisés ou programmés dans plusieurs villes, notamment à Laâyoune, Dakhla, Kénitra et Meknès, pour défendre une répartition plus équilibrée des investissements à travers le Royaume.

Il a par ailleurs insisté sur la nécessité de permettre aux jeunes, particulièrement ceux issus de milieux modestes, d’accéder plus facilement aux infrastructures et à la pratique sportive.

Pour Fouzi Lekjaa, la Coupe du monde 2030 doit laisser un héritage qui dépasse les stades et les infrastructures directement nécessaires à la compétition. Elle doit aussi contribuer à améliorer le quotidien des Marocains, à renforcer les capacités des entreprises nationales et à accélérer les projets de développement.

Par Adil Azeroual
Le 03/11/2026 à 18h44