Il y a un peu plus de deux mois, nous posions une question dans ces mêmes colonnes: «Botola: et si on commençait par réformer la LNFP?». C’était le 21 août dernier. À l’époque, la Ligue nationale de football professionnel venait de passer plusieurs semaines à défendre l’idée d’un championnat à 20 clubs, avant de revenir à la case départ, celle d’une Botola à 16 équipes.
Deux mois plus tard, la question reste entière. Elle se pose même avec davantage d’insistance. Car si les problèmes du championnat n’ont pas disparu, Abdesslam Belkchour, lui, semble avoir trouvé de nouvelles occupations. Dernière en date: l’arbitrage.
Ce vendredi 30 octobre, la LNFP a annoncé la nomination d’Abderrahim El Arjoun à la tête de la Direction nationale de l’arbitrage (DNA), en remplacement de Redouane Jiyed, désormais chargé de la formation et de la formation continue des arbitres.
Une décision prise par Belkchour, qui remet sur la table une question ancienne, jamais véritablement tranchée dans le débat public: qui fait quoi entre la FRMF et les ligues nationales?
Et surtout, pourquoi le président de la LNFP semble-t-il davantage préoccupé par la gestion de l’arbitrage que par les difficultés de son propre championnat?
L’arbitrage, une histoire de compétences et de contradictions
Pour comprendre la situation, il faut remonter au 20 mars 2023. Ce jour-là, le Comité directeur de la FRMF, réuni autour d’un seul point à l’ordre du jour, la restructuration de ses commissions, avait décidé de revoir en profondeur l’organisation de l’arbitrage national.
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La Fédération avait alors annoncé la création d’une Commission technique de l’arbitrage, appelée à remplacer la Commission centrale d’arbitrage (CCA), avec des représentants de toutes les ligues nationales. Plus important encore, elle avait décidé de mettre fin aux missions de la Direction nationale de l’arbitrage.
L’objectif affiché était de responsabiliser davantage les ligues nationales dans l’exercice de leurs missions et prérogatives.
Jusque-là, rien d’anormal. Une fédération peut faire évoluer son organisation et déléguer certaines responsabilités, dans les limites des règlements qui la régissent.
Sauf qu’un peu plus d’un an plus tard, en juillet 2024, la FRMF annonçait elle-même la nomination de Redouane Jiyed à la tête de la DNA. Une direction dont elle avait pourtant décidé de supprimer les missions en mars 2023.
Et aujourd’hui, c’est le président de la LNFP qui décide de remplacer Jiyed par El Arjoun. Difficile, dans ces conditions, de ne pas s’interroger sur la cohérence de cette succession de décisions.
La DNA a-t-elle été officiellement rétablie? Quelles sont aujourd’hui ses attributions exactes? À quelle autorité répond-elle? Et surtout, quel texte donne au président de la LNFP le pouvoir de nommer ou de remplacer son directeur?
Ces questions méritent des réponses précises. Car les statuts de la FRMF placent la Commission d’arbitrage parmi les commissions permanentes de la Fédération. Leur article 42 précise que la DNA assiste cette commission dans l’accomplissement de ses missions.
L’article 54 définit, quant à lui, les compétences de la LNFP autour de l’organisation, de la gestion et de la coordination des compétitions professionnelles, dans le cadre d’une délégation fédérale.
Certes, les décisions prises depuis 2023 ont fait évoluer la répartition des responsabilités. Il serait donc inexact de prétendre que la LNFP n’a aucun rôle à jouer dans l’organisation de l’arbitrage.
Mais participer à son fonctionnement ne signifie pas nécessairement disposer d’un pouvoir autonome sur la nomination de ses responsables.
D’autant que les règlements de la FIFA sur l’organisation de l’arbitrage exigent que celui-ci demeure sous le contrôle exclusif de l’association membre, et non d’une ligue professionnelle.
La question n’est donc pas de savoir si El Arjoun mérite sa nomination ou si Jiyed devait être remplacé. Elle est de comprendre sur quelle base institutionnelle Belkchour a pris cette décision et comment celle-ci s’articule avec les prérogatives de la FRMF.
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Une clarification serait d’autant plus bienvenue que l’indépendance de l’arbitrage ne peut se satisfaire d’une répartition approximative des responsabilités.
Les salaires des clubs, autre préoccupation de la Ligue
L’arbitrage n’est pas le seul domaine dans lequel la LNFP entend désormais jouer un rôle plus important.
Début octobre, la Ligue a rappelé aux clubs professionnels leur obligation de transmettre chaque mois les états des salaires des joueurs, des staffs techniques et du personnel administratif, accompagnés des justificatifs bancaires attestant leur paiement.
Sur le principe, difficile de contester une telle démarche. Le football marocain a suffisamment souffert des salaires impayés, des litiges contractuels et des engagements financiers non respectés pour que le contrôle de gestion soit considéré comme une nécessité.
Encore faut-il rappeler que ce contrôle répond à un cadre réglementaire précis. L’article 37 des statuts de la FRMF attribue à la Commission de contrôle de gestion des prérogatives étendues en matière de surveillance financière des clubs, notamment sur leur comptabilité, leurs budgets et leur masse salariale.
En mai 2023, une réforme statutaire a placé plusieurs commissions, dont celle chargée du contrôle de gestion, sous la tutelle de la LNFP. La Fédération a donc effectivement transféré certaines de ses prérogatives à la Ligue.
Le contrôle financier des clubs n’est donc pas une affaire étrangère à la LNFP. Mais il ne saurait pour autant devenir une prérogative personnelle de son président.
Les dossiers doivent être examinés par les commissions habilitées, les décisions prises conformément aux règlements et les voies de recours respectées.
Et surtout, une interrogation demeure: pourquoi la Ligue semble-t-elle si prompte à renforcer ses mécanismes de surveillance alors que les difficultés économiques des clubs restent aussi profondes?
Contrôler les salaires est une chose. Créer les conditions permettant aux clubs de les payer régulièrement en est une autre. C’est précisément sur ce second volet que la LNFP est attendue.
Une Botola à 20, un mercato raté et toujours les mêmes problèmes
Le plus étonnant, dans cette multiplication des interventions, reste le contraste avec le fonctionnement du championnat.
Revenons quelques semaines en arrière. En août, la LNFP voulait une Botola à 20 clubs. Un projet défendu alors que les règlements en vigueur et l’absence d’unanimité entre les clubs rendaient sa concrétisation problématique. Après plusieurs semaines de discussions, la Ligue a finalement annoncé le maintien du format à 16 équipes.
Puis est arrivée l’affaire du mercato. La LNFP avait annoncé une prolongation de la période des transferts jusqu’au 25 septembre, avant que la FIFA ne refuse cette extension. Les clubs, qui avaient commencé à s’organiser sur la foi de cette annonce officielle, se sont retrouvés devant une situation pour le moins embarrassante.
Nous l’avions déjà relevé dans une autre chronique, «Prolongation du mercato: la LNFP de Belkchour annonce, se rate et se tait», publiée le 17 septembre.
Entre-temps, le championnat n’avait toujours pas commencé. Il aura fallu attendre le 24 septembre pour voir la Botola reprendre, alors que la plupart des grandes compétitions étrangères avaient déjà retrouvé leurs terrains depuis plusieurs semaines.
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Et aujourd’hui? Les problèmes de programmation demeurent. Les fermetures de stades obligent certains clubs à se délocaliser. Les recettes commerciales restent loin du potentiel du football marocain.
La LNFP n’est évidemment pas responsable de la fermeture des enceintes sportives ou de toutes les difficultés économiques des clubs. Mais anticiper ces contraintes, organiser un calendrier cohérent et développer les ressources du championnat font précisément partie de ses missions.
À quoi sert une Ligue professionnelle si elle ne parvient pas à offrir aux clubs une visibilité suffisante sur le déroulement de leur saison?
965 millions de dirhams de chiffre d’affaires, et après?
Lors de la réunion du Comité directeur de la FRMF du 17 juillet dernier, Fouzi Lekjaa avait fixé une feuille de route à la LNFP, notamment en matière d’autonomie, de gouvernance, de marketing et de développement du football professionnel.
Le chiffre d’affaires global évoqué pour la Botola atteignait 965 millions de dirhams. Un montant bien modeste au regard du potentiel du football marocain. Moins d’un milliard de dirhams pour un championnat qui compte des clubs historiques, des millions de supporters et une visibilité grandissante à l’international. Difficile de s’en satisfaire.
Car la Botola possède des atouts que beaucoup de compétitions africaines peuvent lui envier. Des rivalités populaires, des tribunes capables de remplir les plus grands stades du Royaume et un engouement qui dépasse largement les frontières nationales.
Mais qu’en fait la LNFP? Où en est la commercialisation de la marque Botola? Quelle stratégie pour attirer de nouveaux sponsors? Comment améliorer le produit télévisuel? Comment valoriser les rencontres sur les plateformes numériques? Et surtout, comment permettre aux clubs de générer davantage de revenus et de réduire leur dépendance aux subventions? Ce sont ces questions qui devraient occuper quotidiennement Abdesslam Belkchour.
En août dernier, nous plaidions déjà pour une véritable restructuration de la LNFP, avec une séparation claire entre la représentation des clubs et la gestion opérationnelle du championnat.
Un président pour porter les orientations de l’institution. Un directeur général recruté pour ses compétences dans le management et l’économie du sport. Des directions spécialisées dans les compétitions, le marketing, les finances, le juridique, les médias et le développement commercial.
Bref, une organisation capable de gérer le football professionnel comme une véritable industrie, et non comme une simple succession de réunions, de communiqués et de décisions administratives.
Deux mois plus tard, rien ne permet de considérer ce débat comme dépassé. Au contraire, il devient urgent.
Belkchour devrait commencer par s’occuper de sa Ligue
Il serait injuste de faire porter à Abdesslam Belkchour tous les problèmes du football professionnel marocain. Les clubs ont leurs responsabilités. La Fédération aussi. Et les contraintes liées aux infrastructures dépassent largement le champ d’action de la LNFP. Mais cela ne dispense pas son président de rendre des comptes sur les missions qui lui sont confiées.
Il préside une institution dont la vocation première est d’organiser et de développer les compétitions professionnelles. Pas de se substituer aux organes fédéraux ni de faire de chaque nouvelle délégation de compétences une priorité plus importante que le championnat lui-même.
L’arbitrage doit disposer d’une organisation claire et conforme aux règlements de la FIFA. Le contrôle financier doit être exercé par les commissions compétentes. Et la LNFP doit, avant toute chose, remplir sa mission première: faire progresser la Botola.
Le Maroc construit de nouveaux stades, investit massivement dans ses infrastructures et prépare la Coupe du monde 2030. Le football national change de dimension. Il serait regrettable que son championnat professionnel reste prisonnier de méthodes de gestion qui peinent à suivre cette évolution.
Le problème n’est donc pas de savoir si Belkchour peut obtenir une compétence supplémentaire. Il est de savoir ce qu’il a fait de celles dont il dispose déjà.
Car à force de vouloir s’occuper de tout, la LNFP semble oublier l’essentiel: ce n’est pas à l’étendue de ses pouvoirs qu’on jugera son bilan, mais à l’état du championnat qu’elle est censée développer.
