Mondial 2030: et si le vrai chantier était la LNFP?

Le Comité exécutif de la Fédération royale marocaine de football (FRMF)

ChroniqueEn demandant aux Ligues nationales de moderniser leur fonctionnement, Fouzi Lekjaa a envoyé un message qui dépasse largement le cadre de l’organisation de la Coupe du Monde 2030. Au-delà des stades et des infrastructures, c’est toute la gouvernance du football marocain qui pourrait être amenée à évoluer, à commencer par la Ligue nationale de football professionnel, l’instance chargée de gérer la Botola.

Le 17/07/2026 à 16h28

Le Comité exécutif de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) s’est réuni ce jeudi 16 juillet. Si les discussions ont principalement porté sur les préparatifs du Mondial 2030 et le maintien de Mohamed Ouahbi à la tête des Lions de l’Atlas, une déclaration de Fouzi Lekjaa est passée presque inaperçue.

Le président de la FRMF a invité les Ligues nationales à «développer leurs méthodes de travail», à «élever leur niveau de performance» et à passer «du rôle d’observateur à celui d’acteur».

Derrière cette invitation se dessine une question de fond: la Ligue nationale de football professionnel (LNFP), dans son fonctionnement actuel, est-elle encore en phase avec les ambitions du football marocain?

Alors que les Lions de l’Atlas et, plus largement, le football marocain s’imposent progressivement parmi les références du continent et gagnent en crédibilité sur la scène internationale, la Botola peine toujours à retrouver son attractivité. Son mode de gouvernance, incarné par la LNFP, continue d’alimenter les débats.

Une LNFP face à ses limites

La mission première de la LNFP est d’organiser les compétitions professionnelles. Pourtant, saison après saison, la programmation des rencontres fait l’objet de nombreuses critiques: changements de calendrier, reports successifs, manque de visibilité pour les clubs, les diffuseurs et les supporters ou encore enchaînement des matchs.

La programmation est certes un exercice complexe dans un calendrier de plus en plus chargé, mais elle reste la mission fondamentale d’une Ligue professionnelle.

Dès lors, une interrogation s’impose: si la LNFP peine encore à répondre pleinement à cette mission essentielle, comment pourra-t-elle accompagner les nouvelles ambitions d’un football marocain qui vise désormais les plus hauts standards internationaux?

La Premier League, bien plus qu’un championnat

Le modèle le plus abouti reste sans doute celui de la Premier League anglaise. Créée en 1992, elle fonctionne comme une société indépendante détenue par les vingt clubs qui la composent. Son rôle ne se limite plus à organiser le championnat.

La Premier League négocie les droits audiovisuels, pilote sa stratégie commerciale, développe sa marque à l’international, accompagne les clubs, produit ses contenus numériques et commercialise son produit dans plus de 180 pays.

Cette autonomie lui permet d’investir rapidement, d’innover et de générer des revenus records qui profitent à l’ensemble des clubs.

Liga, Serie A, Ligue 1: une même logique

L’Espagne suit la même voie. La Liga est devenue une véritable entreprise internationale. Présente sur plusieurs continents, elle investit massivement dans les nouvelles technologies, les données, la lutte contre le piratage audiovisuel et le développement de sa marque. Elle accompagne également les clubs dans leur croissance économique.

En Italie, la Serie A pilote la commercialisation du championnat, les droits télévisés, le marketing international et les partenariats commerciaux.

En France, la Ligue de football professionnel ne se contente plus d’organiser les compétitions. Elle intervient également dans l’accompagnement économique, juridique et commercial des clubs.

Dans ces grands championnats, les Ligues sont devenues de véritables entreprises de services. Elles créent de la valeur, développent de nouveaux revenus, renforcent l’attractivité de leurs compétitions et participent directement à la croissance des clubs.

Et si le Maroc regardait aussi vers la MLS?

Le Mondial 2026 a offert une occasion rare aux responsables du football marocain. Pendant plusieurs semaines, ils ont vécu au cœur de l’organisation américaine. Une question mérite donc d’être posée: ont-ils profité de cette présence pour rencontrer les dirigeants de la Major League Soccer, visiter certaines franchises ou étudier leur mode de fonctionnement?

La MLS est aujourd’hui l’un des modèles les plus innovants du football mondial. La Ligue centralise une grande partie de la stratégie économique, mutualise plusieurs revenus, accompagne ses franchises dans leur développement et investit massivement dans le marketing, les infrastructures, les données et l’expérience des supporters.

En moins de trente ans, elle est passée du statut de championnat émergent à celui d’une compétition capable d’attirer Lionel Messi, Luis Suárez, Robert Lewandowski ou Antoine Griezmann.

Sans reproduire ce modèle à l’identique, plusieurs de ses mécanismes pourraient inspirer le football marocain.

Le prochain grand chantier?

L’appel de Fouzi Lekjaa intervient à un moment charnière. Le Maroc prépare la Coupe du Monde 2030. Les stades sont en chantier et les infrastructures continuent de se développer.

Mais un grand pays de football ne se construit pas uniquement avec des équipements modernes. Il repose aussi sur des institutions solides, capables d’accompagner durablement le développement du championnat.

Une LNFP plus autonome, dotée de véritables compétences en marketing, en innovation, en gestion des droits audiovisuels, en accompagnement des clubs et en développement commercial constituerait une évolution cohérente avec les ambitions affichées par le Royaume.

Le football marocain a changé de statut sur la scène internationale. Il reste désormais à faire évoluer les structures qui l’encadrent, afin qu’elles avancent au même rythme que les performances enregistrées sur le terrain. À bon entendeur…

Par Adil Azeroual
Le 17/07/2026 à 16h28