Les matchs ne sont pas encore terminés que la bataille s’est déjà déplacée dans les couloirs des instances. Selon nos informations, une pétition commune doit être transmise dans les prochains jours à la FRMF et à la Ligue nationale de football professionnel (LNFP). Son objectif est clair: élargir la Botola Pro à 18 clubs dès la saison 2026-2027.
Les signataires mettent en avant une saison hors normes. CAN organisée au Maroc, compétitions continentales, reports, calendrier compressé, fatigue des joueurs, blessures... Autant d’arguments qui, sur le fond, ne peuvent être balayés d’un revers de main. Mais le timing interpelle.
Pourquoi attendre les derniers jours de la saison, alors que les difficultés liées au calendrier étaient connues depuis des mois? Pourquoi cette demande apparaît-elle précisément au moment où plusieurs clubs jouent leur survie sportive?
Les clubs concernés ne sont pas les premiers de la classe
Selon nos sources, cette initiative est portée notamment par l’Union sportive Yacoub El Mansour, déjà reléguée sportivement en deuxième division. Le club est présidé par Mohamed Mehdi Bensaid, ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication.
Toujours selon nos sources, l’Olympique Dcheira figure également parmi les principaux promoteurs de cette démarche. Le club est implanté dans la région Souss-Massa, considérée comme le fief politique du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch.
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À l’inverse, plusieurs clubs de premier plan auraient refusé de signer cette pétition, estimant que les règles du championnat ne peuvent être modifiées une fois la saison pratiquement terminée. Si ces informations se confirment, elles alimentent inévitablement le débat sur les motivations réelles de cette réforme.
Le football n’est jamais totalement déconnecté de la politique
Au Maroc, les présidences de clubs dépassent souvent le simple cadre sportif. Nombre de dirigeants occupent également des fonctions politiques, économiques ou institutionnelles. À l’approche des prochaines élections législatives, une relégation ne constitue pas uniquement un revers sportif.
Elle peut affaiblir la crédibilité d’un président, réduire son influence locale, fragiliser son réseau et ternir son bilan auprès de ses soutiens. À l’inverse, maintenir son club parmi l’élite permet de conserver une visibilité et un poids qui dépassent largement les frontières du football. C’est précisément pour cette raison que cette pétition dépasse aujourd’hui le simple débat sur le format de la Botola.
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Le règlement de la FRMF prévoit pourtant une procédure claire. Une demande doit être officiellement déposée, examinée par le Comité directeur, puis validée lors d’une Assemblée générale extraordinaire avant l’entrée en vigueur d’une nouvelle saison. Mais au-delà de la procédure, c’est un principe fondamental qui est en jeu: celui de l’équité sportive. Les clubs qui ont assuré leur maintien l’ont fait au terme de trente journées de compétition. Ceux qui n’ont pas atteint leurs objectifs sportifs doivent également en assumer les conséquences.
Changer les règles à quelques jours du verdict final reviendrait à envoyer un signal dangereux: les résultats acquis sur le terrain pourraient être remis en cause par une décision administrative.
L’équité sportive à géométrie variable?
Si les dirigeants à l’origine de cette pétition étaient véritablement animés par la volonté de défendre l’intérêt supérieur du football marocain et le principe d’équité sportive, beaucoup s’interrogent sur leur silence concernant un autre dossier tout aussi important: celui de la Coupe du Trône.
La Confédération africaine de football (CAF) impose aux fédérations un délai pour communiquer la liste des clubs qualifiés aux compétitions interclubs de la saison prochaine. Or, faute d’avoir mené la Coupe du Trône à son terme dans les délais, la LNFP et les instances concernées ont choisi de reporter la suite de la compétition au début de la prochaine saison.
Conséquence directe: le vainqueur de la Coupe du Trône ne pourra pas représenter le Maroc en Coupe de la CAF. C’est finalement le quatrième du championnat qui héritera de ce billet continental.
Cette décision pose une véritable question de cohérence. D’un côté, certains dirigeants réclament aujourd’hui une réforme du championnat au nom de l’équité sportive. De l’autre, aucune mobilisation comparable n’a été observée pour permettre à la Coupe du Trône d’aller à son terme et de désigner, sur le terrain, son représentant africain.
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Pour de nombreux observateurs, le principe d’équité ne peut être invoqué uniquement lorsqu’il sert les intérêts de certains clubs. Il doit s’appliquer à l’ensemble des compétitions nationales.
Car une Coupe du Trône privée de son enjeu continental perd inévitablement une partie de sa valeur sportive. Les clubs encore en lice se voient privés de la possibilité de décrocher, sur le terrain, une qualification africaine pourtant traditionnellement attachée au trophée.
Au fond, c’est peut-être là que réside la principale contradiction de ce débat. Si l’objectif est réellement de défendre la compétition, alors la priorité aurait dû être de préserver l’intégrité de toutes les épreuves nationales avant de chercher à modifier le format du championnat. L’équité sportive ne peut être invoquée à la carte. Elle doit s’appliquer avec la même exigence, qu’il s’agisse du maintien en Botola ou de l’attribution d’une qualification aux compétitions africaines.
Une LNFP prête à gérer 18 clubs?
Une autre interrogation mérite d’être posée. La LNFP éprouve déjà des difficultés à établir un calendrier stable avec un championnat à 16 clubs. Reports, matchs reprogrammés, chevauchements avec les compétitions continentales, interruptions répétées... Les critiques sur l’organisation du calendrier sont récurrentes.
Dans ces conditions, comment absorber deux clubs supplémentaires sans alourdir davantage une programmation déjà sous tension? Avant d’augmenter le nombre d’équipes, encore faut-il démontrer que le modèle actuel fonctionne pleinement.
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Une autre question reste entière. Si la Botola passe exceptionnellement à 18 clubs pour sauver certaines équipes, conservera-t-elle ce format dans les années à venir? Ou assistera-t-on à une réforme temporaire destinée à répondre aux urgences du moment, avant un retour discret au championnat à 16 clubs?
L’histoire récente du football marocain montre que certaines innovations, comme la Coupe de l’Excellence, n’ont pas résisté à l’épreuve du temps.
La crédibilité du championnat en jeu
Le football marocain traverse une période exceptionnelle de son histoire. Les résultats sportifs sont au rendez-vous, les infrastructures se développent et le Royaume s’impose comme une référence sur le continent.
Cette dynamique mérite un championnat crédible, stable et gouverné par des règles identiques pour tous.
Réformer la Botola peut être un débat légitime. Mais cette réflexion doit être menée sereinement, en dehors des urgences d’une fin de saison et des intérêts particuliers.
Car si demain les considérations politiques finissent par dicter le règlement sportif, la question ne sera plus de savoir combien de clubs composent la Botola, mais si le classement continue réellement de se décider sur le terrain.
