Il n’a éludé aucun sujet. Ni les critiques sur son plan de jeu face à la France, ni les interrogations concernant la liste des 26 joueurs, ni les rumeurs autour de son adjoint João Sacramento, encore moins les déclarations du frère de Sofyan Amrabat. Mohamed Ouahbi s’est présenté devant la presse avec un discours assumé, sans chercher à minimiser les insuffisances affichées lors du quart de finale, mais sans remettre en cause le travail accompli depuis sa prise de fonction en mars dernier.
«Nous avons fait vibrer les Marocains»
Le sélectionneur refuse que l’élimination contre la France résume à elle seule la campagne des Lions de l’Atlas. Selon lui, le Mondial doit être analysé dans sa globalité.
«Bien entendu qu’on est satisfait du contenu et de la performance. On voulait insuffler un nouveau souffle, on savait qu’on devait être davantage nous-mêmes, plus dominants, et on l’a été dans tous les matchs. On a fait cinq rencontres où on a fait vibrer les gens», a déclaré Ouahbi.
S’il reconnaît que la sortie contre les Bleus laisse forcément un goût amer, il rappelle que le bilan ne peut pas se limiter à une seule rencontre: «Le vrai bilan sera dans quelques jours. Ça ne s’arrête pas à un seul match. Est-ce que la tactique était bonne? Est-ce que les choix des joueurs l’étaient? Je me serais posé les mêmes questions même si on avait éliminé la France».
«On a manqué de personnalité»
C’est probablement le constat qui est revenu le plus souvent dans les réponses du sélectionneur. Pour lui, le Maroc n’a pas changé son identité de jeu contre la France, contrairement à ce que plusieurs observateurs ont avancé après la rencontre: «Je ne pense pas qu’on ait eu peur, ni que notre plan de jeu ait été différent. C’était le même contre les Pays-Bas ou le Brésil. Je ne laisse jamais les joueurs défendre bas».
En revanche, il estime que son équipe n’a jamais réussi à imposer son football: «On a manqué de maturité à certains moments, voire de personnalité, pour ramener le ballon dans leur camp et imposer notre plan de jeu. Même après avoir discuté avec les joueurs, c’est le seul regret qu’on a».
Selon lui, les difficultés sont apparues dès les phases offensives: «On n’avait pas assez de profondeur, pas assez d’appels pour étirer leur bloc, créer des espaces et développer notre jeu. Ensuite, on a manqué de continuité dans le secteur offensif».
Malgré cela, Ouahbi refuse d’accabler son groupe: «À aucun moment je n’ai senti que les joueurs ne voulaient pas. Ils voulaient bien faire. Pendant le match, il s’est passé quelque chose, mais je ne peux pas leur en vouloir».
«Je n’ai aucun regret sur la sélection»
Depuis l’élimination, plusieurs débats portent sur les joueurs qui auraient pu figurer dans la liste des 26. Là encore, Mohamed Ouahbi assume pleinement.
«Quand on a présenté les 26, on avait expliqué à quel point la sélection avait été difficile. Jusqu’au dernier moment, on a hésité. Cela prouve qu’il n’y avait pas une grande différence entre ceux qui sont restés et ceux qui sont partis», a expliqué le sélectionneur.
Le technicien refuse également de refaire l’histoire: «C’est toujours plus facile, après une défaite, de dire qu’il fallait prendre un tel ou un tel. Moi, je ne fonctionne pas comme ça. Je veux aller de l’avant et continuer à grandir».
Il insiste sur le fait que les profils retenus correspondaient aux besoins de l’équipe: «Les joueurs qui étaient là nous ont fait vibrer et nous ont emmenés jusqu’en quarts de finale. Je suis très satisfait des joueurs que nous avions».
Le collectif reste la plus grande force des Lions
Au moment d’analyser les responsabilités après l’élimination, Mohamed Ouahbi a refusé de désigner un ou plusieurs joueurs. Pour lui, la réussite du Maroc repose avant tout sur la force du collectif, qui a permis aux Lions de l’Atlas d’enchaîner une demi-finale en 2022 puis un quart de finale en 2026: «Là, quand on va parler de leader, c’est par rapport à la performance. Moi, je pense qu’on a des leaders. Je le vois tous les jours. Que ce soit Bounou, Hakimi, Ounahi, Mazraoui, Sofyan Amrabat ou encore Munir. Chacun a un rôle de leader».
Interrogé sur la prestation d’Achraf Hakimi contre la France, le sélectionneur a tenu à défendre son capitaine: «Dans dix ans, on se dira qu’on avait quand même le meilleur latéral droit du monde, un joueur extraordinaire. Mais on ne peut pas demander à un latéral droit de tout faire. Il devait défendre face à des joueurs de très grande qualité, attaquer, créer des occasions, marquer... Ce n’est pas possible».
Ouahbi insiste sur le fait que l’identité du Maroc ne repose pas sur une individualité capable de faire basculer les matchs à elle seule: «Je pense que la force du Maroc aujourd’hui, c’est le collectif. C’est ce que nous ont dit plusieurs entraîneurs que nous avons affrontés. Même Carlo Ancelotti trouve notre collectif incroyable. C’est ce qui nous a permis d’atteindre une demi-finale puis un quart de finale. Nous allons continuer à nous appuyer sur cette force.»
Le technicien rappelle que la progression de cette génération passera par l’accumulation d’expériences au plus haut niveau: «C’est en répétant des matchs comme ceux-là que tout le monde va grandir, les plus jeunes comme les plus anciens. Je n’ai rien à reprocher aux joueurs. Ils ont essayé, mais ils n’ont pas pu».
Les blessures ne doivent plus servir d’excuse
Le sélectionneur ne souhaite plus entendre que les absences expliquent les échecs de l’équipe nationale. «Je ne veux pas qu’on trouve des excuses si on est éliminé et qu’il nous manque des joueurs. Depuis des années, on parle toujours des blessés. Moi, je veux qu’on arrive à une compétition avec un groupe capable de gagner malgré les absences», affirme Ouahbi.
Pour y parvenir, il estime indispensable d’élargir le vivier et d’accorder davantage de temps de jeu à de nouveaux profils lors des rassemblements: «Il faut les faire jouer, leur donner des opportunités. C’est comme cela qu’on construira un effectif encore plus fort».
Une génération qui prépare déjà 2030
L’un des messages forts de cette conférence concerne la jeunesse de l’effectif. Ouahbi estime que le Maroc a volontairement investi sur l’avenir: «À partir des huitièmes de finale, nous étions l’équipe la plus jeune du tournoi. Aujourd’hui, ces jeunes ont acquis une expérience énorme. Peut-être qu’il leur en a manqué contre la France, mais dans quatre ans ils seront prêts».
Le patron des Lions refuse ainsi de privilégier des joueurs plus expérimentés si leur niveau n’est pas supérieur: «Si on avait choisi uniquement des joueurs plus âgés, dans quatre ans on se poserait exactement les mêmes questions».
João Sacramento et Sofyan Amrabat: «Ce ne sont que des rumeurs»
Mohamed Ouahbi a également répondu aux nombreuses spéculations apparues après l’élimination. À propos de son adjoint João Sacramento, il se montre catégorique: «Ce ne sont que des rumeurs. Il s’est énormément investi, il adore travailler au Maroc et nous sommes très heureux de l’avoir avec nous». Il explique également son mode de fonctionnement: «J’ai un leadership horizontal. Tout le monde donne son avis. Ensuite, c’est moi qui tranche».
Interrogé sur les déclarations du frère de Sofyan Amrabat, qui avait affirmé après le Mondial que le joueur ne supportait plus le sélectionneur, Mohamed Ouahbi a assuré qu’il n’existait aucun conflit avec le milieu de terrain des Lions de l’Atlas. Sans nier le tempérament bien affirmé d’Amrabat, le technicien a expliqué que cette situation avait été anticipée dès la constitution de la liste pour la Coupe du monde. «Quand on fait la sélection, on est tous ensemble avec le staff, et on m’a fait comprendre que s’il venait, il devait jouer, mais que s’il ne le faisait pas, il allait le faire savoir. La seule chose que j’ai demandée sur lui, c’est de savoir s’il travaillait sur le terrain. Et je l’ai pris. Je lui ai fait comprendre que si je l’avais sélectionné, c’était pour nous aider: quand, où… je ne savais pas encore», explique Ouahbi.
Avant d’ajouter: «C’est quelqu’un qui ose parler. Il ne m’a rien dit, et le lendemain, il s’est entraîné fort. C’est aussi pour ça qu’il a eu du temps de jeu par la suite. Je sais gérer les émotions, et je sais que Sofyan Amrabat est quelqu’un avec beaucoup de caractère, qui n’hésite pas à vous affronter pour dire les choses. Mais je ne pense pas qu’il ait un problème avec moi. Il y a aussi beaucoup de concurrence: Bouaddi, El Aynaoui, El Mourabet…»
Le défi physique dépasse la simple fatigue
Le sélectionneur reconnaît que le volet physique devra être étudié avec attention, mais refuse de résumer l’élimination à ce seul facteur: «Ce n’est pas juste une question de fatigue. J’ai surtout eu l’impression qu’on avait du mal à retrouver notre second souffle. Quelqu’un comme Achraf Hakimi enchaîne pratiquement sans interruption entre les compétitions de clubs, la Ligue des champions, la CAN et la Coupe du monde. Nos joueurs doivent disputer davantage de matchs à très haute intensité dans leurs clubs. Ils ont aussi besoin de plus de grands matchs amicaux avec la sélection. C’est ce qui nous permettra de progresser».
Malgré l’élimination, Mohamed Ouahbi reste persuadé que le Maroc continue de réduire l’écart avec les meilleures nations mondiales. Il rappelle toutefois que la comparaison avec la France reste difficile: «Quand vous voyez les clubs dans lesquels évoluent les internationaux français, vous comprenez pourquoi ils peuvent maintenir une telle intensité. Nos joueurs, eux, sont transcendés lorsqu’ils viennent avec le Maroc».
Le sélectionneur invite donc les joueurs marocains à donner plus en club: «Nous avons besoin de joueurs plus performants, plus constants et plus importants dans leurs équipes. Ils doivent faire les bons choix de carrière. C’est aussi comme cela que nous grandirons».
Avant de conclure sur une note résolument optimiste: «Nous sommes fiers du parcours. Celui qui n’est pas fier de ce que nous avons proposé fait preuve d’une exigence exagérée. Le futur sera beau. On ne compte pas s’arrêter là».
Ismaël Saibari déclenche sa frappe pour ouvrir le score face au Brésil, devant Gabriel Magalhães, lors du match de Coupe du monde 2026 dans le grand New York (AFP). AFP



































































