Finale du Mondial 2030: le média espagnol ABC brandit le sacre de la Roja face à un supposé «lobby marocain»

La maquette du Grand Stade Hassan II de Casablanca et la sélection espagnole, sacrée championne du monde en 2026.

En Espagne, le titre mondial remporté par la Roja est déjà présenté comme un argument supplémentaire en faveur du Santiago-Bernabéu. Pourtant, rien dans les critères de la FIFA ne lie les performances d’une sélection au choix du stade de la finale. Madrid, Barcelone et Casablanca restent officiellement sur un pied d’égalité.

Le 23/07/2026 à 17h18

Une Coupe du monde se gagne sur le terrain. L’organisation de sa finale se joue, elle, sur un tout autre dossier. Depuis le sacre de la Roja au Mondial 2026, une partie de la presse espagnole considère pourtant que l’Espagne a pris une longueur d’avance dans la course à la finale de l’édition 2030.

Le quotidien ABC en fait même l’un des arguments de son article consacré à «la bataille» entre l’Espagne et le Maroc. Le journal rappelle qu’«il était initialement entendu que le Santiago-Bernabéu serait le stade choisi» et estime que «le récent titre remporté par l’Espagne semble renforcer sa candidature».

Le raisonnement est simple: l’Espagne vient de remporter la Coupe du monde, le Bernabéu est l’un des stades les plus célèbres de la planète et Madrid devrait donc accueillir la finale en 2030. Comme si cette dernière constituait un prolongement naturel du sacre de la Roja.

Le vocabulaire employé par ABC est d’ailleurs révélateur. Dans son sous-titre, le journal affirme que le Maroc investit massivement dans le football pour tenter de remporter le prochain Mondial, mais aussi pour «nous prendre la finale du tournoi». Une formulation qui laisse entendre que l’Espagne en serait déjà la dépositaire et que le Maroc chercherait à la lui enlever.

Or, la finale n’a été attribuée à personne. La candidature commune déposée auprès de la FIFA propose officiellement trois enceintes pour accueillir le match d’ouverture ou la finale: le Santiago-Bernabéu de Madrid, le Camp Nou de Barcelone et le Grand Stade Hassan II de Casablanca. Aucun engagement ne garantit donc à l’Espagne l’organisation du dernier match.

Cette conviction espagnole ne repose, surtout, sur aucun critère établi par la FIFA. Le palmarès de la sélection du pays hôte, ses performances lors de l’édition précédente ou encore le prestige de son championnat ne figurent pas parmi les éléments pris en compte pour désigner le stade de la finale.

La victoire de la Roja peut alimenter un récit, renforcer la ferveur autour de la candidature espagnole ou servir d’argument de communication. Elle ne change cependant ni la capacité du Bernabéu, ni ses espaces opérationnels, ni son offre d’hospitalité. Elle n’améliore pas davantage les transports, la sécurité, les installations audiovisuelles ou les conditions d’accueil des supporters.

Le rapport d’évaluation publié par la FIFA est clair sur ce point. Pour les stades, l’instance internationale examine notamment leur capacité, leur conformité aux exigences de la compétition, l’orientation des tribunes, les espaces disponibles autour de l’enceinte, la qualité de la pelouse, les installations techniques, les structures temporaires nécessaires ainsi que les engagements en matière de durabilité.

À cela s’ajoutent les transports, l’hébergement, la sécurité, les services médicaux, les espaces réservés aux médias, les installations de diffusion, les offres VIP et les perspectives commerciales. Le prestige historique d’un stade peut évidemment compter dans l’image générale du dossier. Le titre mondial remporté par la sélection du pays concerné, en revanche, n’accorde aucun bonus.

Fait révélateur, le Santiago-Bernabéu, le Camp Nou et le Grand Stade Hassan II ont tous obtenu la même note de 4,3 sur 5 dans l’évaluation technique de la FIFA. À ce stade, aucun des trois ne possède donc l’avantage que certains médias espagnols voudraient déjà lui attribuer.

Le Bernabéu a pour lui son histoire, sa modernisation récente et l’expérience de Madrid dans l’organisation des grands événements. Mais la FIFA relève également que sa capacité présentée dans le dossier, soit 78.297 places, se situe à la limite des exigences fixées pour une finale. Son implantation au cœur d’un environnement urbain dense nécessitera aussi des ajustements pour accueillir l’ensemble des installations temporaires.

Le Camp Nou, dont la capacité dépassera les 100.000 places après sa rénovation, répond plus confortablement aux exigences de jauge.

Casablanca avance, de son côté, un projet de 115.000 places. Le Grand Stade Hassan II dépasserait largement le minimum de 80.000 sièges demandé par la FIFA et disposerait de vastes espaces pour les médias, les zones d’hospitalité, les parkings et les différentes opérations liées à une finale.

Face à cette candidature, ABC avance un autre argument: celui de l’influence marocaine dans les coulisses. Citant l’entraîneur espagnol Pablo Franco, champion du Maroc avec le Maghreb de Fès, le quotidien affirme que le Royaume dispose d’«un lobby impressionnant, influent au plus haut niveau».

«L’histoire du Real Madrid et du Bernabéu pourrait jouer un rôle, cependant, nous ignorons ce qui se trame en coulisses, et ces personnes sont très habiles pour tirer les ficelles», ajoute le technicien espagnol dans les colonnes du journal.

L’insistance sur un supposé «lobby marocain» traduit surtout la fébrilité qui gagne le débat en Espagne depuis plusieurs mois. À mesure que le projet de Casablanca prend forme et que le Grand Stade Hassan II s’impose comme un concurrent sérieux, l’assurance espagnole laisse progressivement place au doute. La supériorité supposée du Bernabéu ne suffisant plus, le débat se déplace vers les jeux d’influence et les décisions prises en coulisses.

Cette manière de présenter les choses permet aussi d’installer l’idée qu’une éventuelle désignation de Casablanca ne serait pas d’abord le résultat de la qualité de son dossier, mais celui d’un lobbying particulièrement efficace. Pourtant, avec sa capacité de 115.000 places et les aménagements prévus autour de l’enceinte, le Grand Stade Hassan II dispose d’arguments techniques qui se suffisent à eux-mêmes.

La compétition reste donc entièrement ouverte. Le statut de championne du monde de l’Espagne ne lui confère aucun droit particulier et ne place pas automatiquement le Bernabéu devant Casablanca. La FIFA ne désignera pas le stade de la finale pour récompenser une sélection, mais en fonction de considérations techniques, opérationnelles et, surtout, commerciales.

Par Adil Azeroual
Le 23/07/2026 à 17h18