Mondial 2030: l’Afrique ne mérite-t-elle pas une deuxième finale?

Maquette du Grand stade Hassan II de Benslimane

Derrière la bataille pour la finale du Mondial 2030, le Maroc ne défend pas seulement son Grand Stade Hassan II face au Bernabéu et au Camp Nou. Il porte aussi une ambition africaine: ramener sur le continent le plus grand match du football mondial, vingt ans après l’unique finale de son histoire, disputée à Johannesburg. Face à une Europe qui en a accueilli tant d’autres, l’enjeu dépasse largement les frontières du Royaume.

Le 11/09/2026 à 18h48

La finale de la Coupe du monde 2030, compétition qui sera coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal, a visiblement titillé tout ce qu’il y avait à titiller de l’autre côté de la Méditerranée. Depuis plusieurs semaines, les sorties se multiplient. Responsables politiques, ministres, qu’ils soient directement liés au sport ou non, présidents de fédération et de Ligue, et même entraîneurs enfilent, le temps d’une déclaration, la casquette de politique pour avancer leurs arguments en faveur d’une finale en Espagne.

Au Maroc, le silence était de mise. Il n’aura finalement pas résisté à la multiplication des prises de position et à la pression venue de l’autre côté de la Méditerranée. Par la voix du président de la FRMF, Fouzi Lekjaa, le Royaume a à son tour exprimé son souhait d’accueillir la finale.

Mais derrière cette bataille pour savoir quelle ville accueillera le dernier match du Mondial 2030 se cache un enjeu qui dépasse largement le simple duel de stades. Le Maroc défend aussi la possibilité de voir une deuxième finale de Coupe du monde se jouer sur le sol africain, vingt ans après celle organisée à Johannesburg en 2010.

Et l’argument n’a rien d’anodin. Le Mondial 2030 sera organisé sur deux continents. L’Europe, solidement installée dans l’histoire du football mondial, a déjà accueilli de nombreuses finales, dont celle de 1982 à Madrid. L’Afrique, elle, n’en a connu qu’une seule, en Afrique du Sud. Une deuxième finale sur le continent, cette fois dans sa partie nord, aurait donc une portée symbolique considérable.

Une finale qui dépasse le simple duel des stades

Il y a aussi un autre argument. La candidature marocaine s’inscrit pleinement dans la vision défendue par la FIFA ces dernières années: celle d’un football plus ouvert sur le monde, où les grandes compétitions ne sont plus l’apanage des pays historiquement habitués à les organiser. L’élargissement du Mondial 2026 et la place accordée aux différentes confédérations vont dans ce sens.

Et le Maroc a des arguments à faire valoir, aussi bien sur le plan sportif que sur ceux de l’organisation, des infrastructures et du développement.

L’ouverture du bureau africain de la FIFA à Rabat, l’implication de Fouzi Lekjaa dans les différents chantiers et les infrastructures repensées, modernisées ou créées témoignent d’une ambition qui va bien au-delà de la «surprise» marocaine, demi-finaliste du Mondial 2022. Le Royaume veut désormais s’installer durablement comme l’un des principaux hubs du football africain et mondial, capable d’accueillir les plus grandes compétitions internationales.

Grand Stade Hassan II, une enceinte qui voit grand

Et le candidat marocain à l’accueil de la finale a de quoi faire trembler le Santiago Bernabéu et le Camp Nou. À Benslimane, le Maroc érige le Grand Stade Hassan II, une enceinte de 115.000 places appelée à compter parmi les plus grands stades de football au monde. Le chantier avance, loin du vacarme médiatique qui accompagne la bataille autour de la finale. L’objectif est clair: disposer d’une enceinte à la hauteur des exigences du plus grand match du football mondial et capable de rivaliser avec les deux géants espagnols.

Mais le projet ne se résume pas aux tribunes. C’est tout un écosystème qui est pensé autour du stade: espaces adaptés aux besoins d’une compétition de cette dimension, transports, accès et gestion des différents flux de spectateurs.

Même constat du côté des Skyboxes, ces loges haut de gamme destinées notamment aux invités et partenaires. Le Grand Stade Hassan II doit proposer 2.533 sièges dans cette catégorie, contre 2.371 pour son homologue madrilène.

L’enceinte a également été pensée pour faire face aux aléas climatiques susceptibles de survenir pendant la compétition. Un argument qui prend un relief particulier après les images du Camp Nou prenant l’eau lors de Barça-Feyenoord, pour la première rencontre de Ligue des champions disputée dans l’enceinte rénovée.

Le Santiago Bernabéu n’a pas davantage été épargné. Ses problèmes d’étanchéité ont eux aussi été pointés du doigt à plusieurs reprises, avec des images de certaines parties du stade touchées par d’importantes infiltrations lors de fortes pluies.

Et si le Grand Stade Hassan II fait autant grincer des dents de l’autre côté de la Méditerranée, ce n’est sans doute pas uniquement en raison de ses dimensions ou d’un projet pensé dans ses moindres détails. C’est aussi parce qu’il matérialise une ambition marocaine qui dépasse largement le Mondial 2030. Celle d’un pays qui entend désormais peser davantage dans le football mondial. Mais aussi celle d’un continent qui réclame une place à la hauteur de son poids dans ce sport.

Dans cette logique, voir l’Afrique accueillir une deuxième finale de Coupe du monde, au Maroc, vingt ans après Johannesburg, aurait évidemment tout son sens.

Par Magda Soltani
Le 11/09/2026 à 18h48