Mondial 2030, CAN 2025, Infantino, son avenir dans le football… Fouzi Lekjaa dit tout

Lors du discours de Fouzi Lekjaa à Azrou, vendredi 11 septembre 2026. (Y.Jaoual/Le360)

Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) et membre du bureau politique du PAM, a accordé une interview à Jeune Afrique, à moins de deux semaines des élections législatives du 23 septembre. Il y aborde longuement plusieurs sujets au cœur de l’actualité sportive nationale et internationale: la finale du Mondial 2030, l’avenir de Gianni Infantino à la tête de la FIFA, sa propre réélection à la présidence de la FRMF, ou encore l’affaire de la finale de la CAN 2025.

Le 14/09/2026 à 13h57

Dans une interview accordée au mensuel Jeune Afrique, Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) et dirigeant du Parti authenticité et modernité (PAM), a évoqué plusieurs sujets relatifs au sport.

Interrogé sur la Coupe du Monde 2030, il y voit «le couronnement d’un processus de développement engagé depuis plus de 20 ans, sous la conduite de Sa Majesté le Roi, et un levier d’ajustement des délais de certains investissements».

Il rappelle que que «nous serons amenés à resserrer les délais de mise en œuvre de certains projets de mobilité —LGV, autoroutes, aéroports— pour converger vers l’échéance phare de 2030», tout en assurant que le Maroc n’a pas «attendu la Coupe du Monde pour lancer ces projets, mais que certains, prévus au-delà de 2030, seront avancés». L’événement est présenté comme un formidable levier de croissance, qui permettra de créer de l’emploi, mais aussi d’accélérer l’inclusion de la jeunesse. Il détaille: «des centaines de milliers de jeunes Marocains et Africains —car cette Coupe du monde est une Coupe du monde africaine— auront l’occasion de se former, de monter en compétences, de faire évoluer leurs entreprises: la start-up deviendra une petite ou moyenne entreprise, la moyenne deviendra grande».

Lekjaa met également en avait la dynamique unique de cette compétition, en plus des objectifs de brassage culturel: «nous sommes sur les deux rives de la Méditerranée, un bassin connu pour son histoire, sa civilisation, la cohabitation des religions et des langues. En y ajoutant le continent africain, c’est une occasion majeure de montrer que ce détroit et ses frontières ne sont pas seulement le lieu d’un flux migratoire problématique, mais aussi un atout de brassage et de réussite collective».

Le président de la FRMF a naturellement été interrogé sur le lieu de la finale de la compétition, alors que Benslimane est un candidat sérieux, mais que les Espagnols poussent pour Madrid. Confiant et fidèle à son franc-parler, Lekjaa répond ainsi: «Côté marocain, fidèles à nos valeurs, nous suivons les procédures et respectons la réglementation. Nous avons reçu, comme nos amis espagnols et portugais, la task force de la FIFA, qui a visité toutes les villes et infrastructures proposées. Les décisions suivront, dans les délais prévus».

«Le Maroc, on l’a expliqué dès le départ, se présente comme représentant de l’Afrique, aux côtés de nos collègues représentés par l’Espagne et le Portugal. Nous ne sommes pas trois pays dans une logique de rivalité, mais dans une logique de complémentarité, à la croisée des civilisations et des cultures. Nous serons toujours là pour défendre les droits du royaume du Maroc et de l’Afrique qui a, à mon sens, le droit d’organiser une finale de Coupe du monde pour la deuxième fois en un siècle».

Le dirigeant avait, pour rappel, annoncé lors d’un meeting du PAM, mercredi 9 septembre à Bouznika, que le Grand Stade Hassan II sera le futur théâtre de la finale. L’Espagne avait ensuite fermement réfuté tout retrait en cas d’attribution du match le plus important de la compétition au Maroc.

Lekjaa, qui occupe aussi les postes de premier vice-président de la CAF et de membre du Conseil de la FIFA, a ensuite été interrogé sur son avenir au lendemain du 23 septembre.

«Cette question ne se pose pas pour l’instant, puisqu’aujourd’hui je suis déjà membre du gouvernement et j’exerce ces fonctions sans aucun problème. J’en profite pour préciser un point important, source de confusion, au Maroc comme dans le reste du monde: ce qui est interdit dans le football, c’est l’ingérence de la politique dans le sport —on ne veut pas qu’un ministre ou un Premier ministre, de quelque parti que ce soit, interfère dans la programmation d’un match, la désignation d’un arbitre ou le résultat d’une rencontre. C’est cela qui est prohibé. En revanche, rien n’interdit qu’une personne exerçant une fonction dans le football fasse de la politique».

Le dirigeant donne ensuite l’exemple de Patrice Motsepe, président de la Confédération africaine de football (CAF) qui fait de la politique en Afrique du Sud: « c’est plutôt un atout pour la CAF, car l’écosystème du football a besoin d’un appui politique».

Lekjaa estime que l’organisation d’une Coupe du Monde «n’est pas un simple travail associatif: c’est une convergence politique». Il recommande cette cohérence entre le management du football et la décision politique, car, selon le président de la FRMF «plus on converge, plus on est efficace».

«J’ai assumé mes fonctions à la CAF, à la FIFA et à la FRMF tout en étant ministre, sans que cela pose de difficulté, et je continuerai tant que le contexte le nécessitera. Le jour venu, quand il faudra renouveler les instances dirigeantes, avec ou sans fonction politique, je serai heureux de passer le flambeau à mon successeur, l’objectif restant le rayonnement de mon pays sur le plan footballistique et sportif», ajoute Lekjaa.

Le boss du football national est ensuite interrogé sur l’affaire de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations Maroc-2026, qui se retrouve désormais au Tribunal arbitral du sport (TAS), ce dernier devant tenir son audience le 8 octobre prochain après l’appel de la Fédération sénégalaise (FSF).

«Nous restons fidèles à la culture du royaume chérifien, qui est d’être légaliste. Nous respectons le droit; nous ne laissons pas la décision être influencée par la polémique, qui n’aura de toute façon aucun impact sur elle. Nous considérons que les règles du football, les règles juridiques applicables à un match, ont été enfreintes par notre adversaire, en l’occurrence le Sénégal, qui conteste le résultat. Le plus important, c’est le constat d’un dérapage par rapport aux règles de la pratique footballistique —d’ailleurs, la FIFA, juste après cet épisode, a modifié son règlement pour prévoir qu’un joueur quittant le terrain soit désormais sanctionné d’un carton rouge, ce qui conforte notre position».

«Nous considérons qu’un match commence et se termine dans le fair-play: on ne peut pas admettre des interruptions de quinze, vingt ou trente minutes. Sinon, on pourrait imaginer un match débutant à 20 heures et se terminant après minuit, si chaque camp mécontent quittait le terrain vingt minutes à chaque fois. Ce n’est pas du football, cela ne l’a jamais été et cela ne le sera jamais. C’est pour cela que nous avons demandé le rétablissement de nos droits, et que nous irons jusqu’au bout —pour le football lui-même: si l’on accepte ce type de dérive, il faudra alors redéfinir ce qu’est le football. Car l’un des ingrédients de la réussite dans un match, c’est la concentration des joueurs et du staff pendant 90 minutes; une interruption de vingt minutes peut avoir des conséquences dramatiques pour une équipe, pour un joueur, pour le spectacle du football en général», ajoute Lekjaa.

Pour rappel, la Commission d’appel de la CAF avait statué le 17 mars, à la suite du recours introduit par la FRMF, sur l’application des articles 82 et 84 du règlement de la compétition en lien avec les événements survenus lors de la finale.

Le 18 janvier, jour de la rencontre, les joueurs sénégalais avaient quitté la pelouse du Complexe Moulay Abdellah de Rabat pendant 16 minutes, sur instruction de leur sélectionneur, Pape Thiaw, pour protester contre une décision arbitrale accordant un penalty au Maroc dans le temps additionnel de la seconde période. Le Sénégal avait initialement remporté la CAN 2025 grâce à un but de Pape Gueye inscrit à la 94e minute, avant que la Commission d’appel de la CAF ne rende sa décision le 17 mars.

Lekjaa insiste sur l’important du rétablissement de la vérité sportive au-delà même de l’enjeu de ce match, le droit ayant déjà donné raison à la FRMF au niveau continental et déclaré les Lions de l’Atlas champions d’Afrique. Optimiste, il ne croit pas que le droit s’écartera de cette logique.

Enfin, il se penche sur le cas Infantino. Rabat doit accueillir le prochain congrès de la FIFA, le 18 mars 2027, et le dirigeant italo-helvète est candidat à sa propre succession à la tête de l’instance. Lekjaa, qui soutient Infantino, a tenu à clarifier sa position et à expliquer son point de vue.

«Le soutien à Gianni Infantino n’est pas un soutien inconditionnel, il s’inscrit dans une démarche globale. Nous considérons que le football doit rester uni, qu’il doit être un vecteur d’union entre les peuples et les États, au-delà de leurs divergences. C’est d’ailleurs le slogan de la FIFA aujourd’hui: le ‘football unit’».

«Ce que nous avons essayé de faire avec Gianni Infantino, mais aussi avec nos amis de l’UEFA, c’est de rester dans cette démarche et d’apporter les corrections nécessaires pour faire évoluer la gouvernance de la FIFA et que les contre-pouvoirs soient présents. Car un système managérial sans contre-pouvoir est voué à l’échec; sans contrepoids, il y a toujours des erreurs, même commises de bonne foi», ajoute Lekjaa, avant de commenter le projet désormais retiré, qui visait à ouvrir la FIFA à des investisseurs privés, FIFA Forward Enterprise (FFE): «le projet de Gianni Infantino, sur le fond, n’est pas mauvais, mais c’est un projet qui nécessite discussion et concertation avec l’ensemble des fédérations».

Interrogé sur son soutien à Gianni Infantino, il répond ainsi: «vous parlez de communiqué public, de personnes. Aujourd’hui, il y a Gianni Infantino ; il achèvera son mandat, puis il y en aura un autre. Le plus important, c’est que l’institution garde sa sérénité, qu’elle évolue et réponde aux exigences du moment. La FIFA ne peut pas rester statique dans ses méthodes, car le monde a évolué, le public a évolué, le chiffre d’affaires a évolué. C’est cela qui nous intéresse le plus, indépendamment des personnes».

Par Oumeïma Er-rafay
Le 14/09/2026 à 13h57