Casablanca ou Madrid: qui décidera réellement du lieu de la finale du Mondial 2030?

Gianni Infantino annonçant l'attribution de l'organisation du Mondial 2030 au trio Maroc-Espagne-Portugal

Au lendemain de la 23e édition de la Coupe du monde, l’organisation de la prochaine édition, portée conjointement par le Maroc, l’Espagne et le Portugal en 2030, s’impose déjà comme l’un des grands sujets de discussion. Une question, surtout, fait trembler l’Espagne: celle du lieu de la finale. Madrid multiplie les sorties pour défendre la candidature du Santiago-Bernabéu. Mais qui prendra réellement la décision? Explications.

Le 24/07/2026 à 11h54

Après un mois de compétition aux États-Unis, au Canada et au Mexique, conclu par le sacre de la Roja, les projecteurs se tournent désormais vers l’édition 2030, qui sera organisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal.

À quatre ans de l’échéance, les contours de cette Coupe du monde historique prennent progressivement forme. En coulisses, la FIFA et les comités d’organisation des trois pays travaillent déjà sur les nombreux défis d’un tournoi inédit, appelé à changer d’échelle avec une organisation répartie entre deux continents.

Villes hôtes, stades, calendrier, répartition des rencontres… les premières grandes questions entourant ce Mondial commencent déjà à émerger.

Une organisation tripartite entre l’Afrique et l’Europe

La désignation du Maroc, de l’Espagne et du Portugal comme pays hôtes a été officialisée lors du 74e Congrès de la FIFA, en 2023. Après plusieurs candidatures, l’instance mondiale dirigée par Gianni Infantino a confié l’organisation de la compétition aux trois nations, une première dans l’histoire de la Coupe du monde avec un tournoi partagé entre deux continents.

Cette édition 2030 aura également une dimension symbolique particulière, puisque trois rencontres inaugurales seront disputées en Amérique du Sud, en Uruguay, en Argentine et au Paraguay, afin de célébrer le centenaire de la première Coupe du monde organisée en 1930 à Montevideo.

Après plusieurs réunions, la répartition des enceintes s’est dessinée autour de 17 villes: 11 stades en Espagne répartis dans 9 villes, 6 stades au Maroc dans 6 villes, et 3 stades au Portugal répartis dans 2 villes, avec une compétition qui commencerait à la mi-juin, pour s’achever le 19 juillet 2030. La FIFA a surtout évalué de nombreux critères avant de valider les sites: capacité des stades, infrastructures environnantes, transports, sécurité, offre hôtelière et touristique.

Une organisation pensée au millimètre, d’autant que la FIFA envisage déjà un élargissement du tournoi à 64 nations contre 48 en 2026. Une ambition qui accompagne le projet commun porté par les trois pays sous le slogan «YallaVamos 2030».

La finale 2030, le grand dossier

Alors que la candidature «YallaVamos 2030» repose sur une volonté d’union entre trois nations, avec une coordination permanente et des compromis nécessaires, certains sujets restent particulièrement sensibles.

Et parmi les plus clivants figure évidemment la question de la finale 2030: le match le plus attendu, mais aussi le plus regardé de toute la compétition. Trois enceintes sont aujourd’hui au cœur des discussions: le Grand Stade Hassan II de Casablanca, le Santiago Bernabéu à Madrid et le Camp Nou à Barcelone.

Les deux sites espagnols possèdent une dimension symbolique immense, grâce notamment à leur lien avec deux géants du football mondial, le Real Madrid et le FC Barcelone. De son côté, le Grand Stade Hassan II, construit pour l’occasion mais pensé pour s’inscrire dans la durée, ambitionne de devenir une enceinte mythique du football international. Tous les trois disposent d’arguments solides pour accueillir une finale mondiale.

Et au bout du compte, c’est bien la FIFA et son président, Gianni Infantino, qui trancheront sur le lieu de la finale du Mondial 2030. Une décision qui se prendra évidemment en concertation permanente avec les trois pays organisateurs, mais dont le dernier mot reviendra à l’instance dirigeante du football mondial. Après avoir analysé les différents dossiers, échangé avec les trois parties et évalué l’ensemble des critères, la FIFA désignera le stade qui accueillera l’affiche la plus prestigieuse de la compétition. Logiquement, cette décision ne devrait intervenir qu’à mesure que le tournoi approchera.

Le Grand Stade Hassan II: la pièce maîtresse du dossier marocain

Le Grand Stade Hassan II, prévu pour fin 2027, est pressenti pour devenir l’une des enceintes les plus emblématiques du football mondial par sa grandeur et son ambition. À Benslimane, dans la région de Casablanca-Settat, c’est tout un écosystème qui est en train de voir le jour afin de faire du stade une référence internationale. Et il s’impose comme le principal rival du Santiago Bernabéu, soutenu par la Fédération espagnole pour accueillir la grande finale

Le stade marocain répond aux exigences d’une FIFA qui voit toujours plus grand à mesure que les compétitions évoluent. Et le Maroc possède un argument supplémentaire face à l’Espagne: la capacité d’accueil des espaces pour les VIP.

Lorsque l’on compare les chiffres des deux stades pour les clients premium, le Grand Stade Hassan II dispose d’une surface VVIP nettement plus importante que le Santiago Bernabéu (2.228 m² contre 1.297 m²). Même constat pour les Skyboxes, ces loges haut de gamme destinées à accueillir plusieurs personnes: le Grand Stade Hassan II proposera 2.533 sièges, contre 2.371 pour son homologue madrilène.

Le fief du Real Madrid conserve toutefois un léger avantage concernant les espaces VIP, avec 6.123 m² contre 6.091 m² pour le Grand Stade Hassan II.

Mais sur d’autres aspects, notamment les commodités, l’enceinte marocaine prend une nouvelle longueur d’avance. Le Grand Stade Hassan II comptera 99 points d’accès à des sanitaires accessibles aux personnes à mobilité réduite, contre seulement 20 pour le stade madrilène.

Le stade a également été pensée pour faire face aux aléas climatiques qui pourraient survenir pendant la compétition. Un argument qui contraste avec le Santiago Bernabéu, dont les problèmes d’étanchéité ont à plusieurs reprises été pointés du doigt, des images du stade partiellement inondé lors de fortes pluies ayant largement circulé.

Les faiblesses espagnoles: politique et clubs

Si la décision finale reviendra bien à la FIFA et à son président Gianni Infantino, en concertation avec les trois pays organisateurs, un constat s’impose: depuis plusieurs mois, le sujet de la finale 2030 semble davantage préoccuper l’Espagne que le Maroc.

Chez les voisins ibériques, les sorties médiatiques se multiplient pour défendre une finale organisée à Madrid plutôt qu’à Casablanca. Une inquiétude qui transparaît parfois ouvertement, comme l’a reconnu le président de la Fédération espagnole (RFEF), Rafael Louzán: «Parfois, je ressens de la colère en voyant que l’Espagne est à la tête de cette Coupe du monde, celle du centenaire, et que des doutes continuent d’apparaître. Il ne devrait y avoir aucun doute concernant le rôle de l’Espagne».

Et ces doutes sont en réalité nés du côté espagnol, qui s’est progressivement enfermé dans un discours teinté d’inquiétude, parfois même à la limite de l’agacement. Et ils ne concernent pas uniquement la finale.

À Bilbao, l’une des villes retenues pour accueillir des rencontres du Mondial, la députée générale de Biscaye, Elixabete Etxanobe, évoquait déjà les réserves autour de l’accueil d’un événement d’une telle ampleur: «Tout le monde n’est pas pareil et il faut examiner chaque situation au cas par cas (...) Il y a des gens qui ne veulent pas de ce genre d’événements, et c’est comme ça».

D’autres villes ont également freiné leurs ambitions. La Corogne a renoncé afin de privilégier la modernisation durable du stade Riazor, tandis que Malaga, pourtant pressentie, a finalement choisi son club: «Entre le club et le Mondial, nous choisissons le club», justifiait son maire, évoquant l’impact des travaux de La Rosaleda sur le Malaga CF et ses supporters.

Et c’est justement l’argument des clubs qui peut constituer l’une des principales difficultés de la candidature espagnole. La Liga, l’un des championnats les plus prestigieux d’Europe, dépend forcément de ses stades.

Or, la FIFA impose que les enceintes soient libérées de toute activité commerciale non liée au tournoi au moins 30 jours avant le début de la compétition et jusqu’à sept jours après le dernier match disputé. Une contrainte qui pourrait compromettre l’organisation de nombreux événements, notamment des festivals, et bouleverser tout un écosystème économique, culturel, mais aussi footballistique. Car si les stades doivent être libérés pendant plusieurs semaines, certains matchs de championnat, de barrages ou d’autres compétitions pourraient également être impactés.

Le retrait de plusieurs villes espagnoles, la montée en puissance du Grand Stade Hassan II et la réussite organisationnelle du Maroc, illustrée notamment par la CAN 2025, rebattent les cartes. Face à un concurrent de plus en plus crédible, l’Espagne multiplie les offensives pour faire du Santiago Bernabéu le théâtre de la finale du Mondial 2030, au détriment de Casablanca, voire même de Barcelone.

La question du lieu de la finale dépasse désormais largement le cadre sportif pour investir le terrain politique. Alberto Núñez Feijóo, président du Parti populaire (PP), avait adressé un message à Pedro Sánchez, premier ministre espagnol. Défendant une finale en Espagne au nom de la «tradition footballistique», du «statut de grande nation du football» et des capacités «logistiques» du pays, il avait lancé une mise en garde au chef du gouvernement: «J’espère qu’il ne négocie pas l’attribution de la finale».

L’Afrique mérite une deuxième finale

Si, du côté espagnol, on tape du pied et on évoque même la possibilité de retirer la candidature madrilène du Centre international de la presse (IBC) si la finale n’était pas attribuée, le camp marocain a choisi une autre stratégie, celui de limiter ses sorties médiatiques. Et lorsqu’elles existent, elles insistent avant tout sur une «organisation commune».

Mais un argument reste à prendre en compte: l’Afrique mérite une deuxième finale de Coupe du monde.

Hormis la finale de 2010, disputée à Johannesbourg, en Afrique du Sud, aucune autre finale mondiale n’a été attribuée au continent. Dans une logique de développement et de montée en puissance du football africain, offrir cette affiche au Maroc irait dans le sens des ambitions de la FIFA d’étendre davantage la portée du football aux quatre coins du monde.

D’autant que l’Espagne a déjà accueilli une finale de Coupe du monde, en 1982, quand le Santiago Bernabéu de Madrid avait été le théâtre de l’affiche entre l’Italie et l’Allemagne de l’Ouest, remportée par les Azzurri (3-1).

Quoi qu’il advienne, la réponse à la grande question de la finale du Mondial 2030 continuera de faire couler beaucoup d’encre. Mais malgré les sorties médiatiques, les pressions et les messages parfois à peine voilés du côté espagnol, le dernier mot reviendra bel et bien à la FIFA, en accord avec le Maroc, l’Espagne et le Portugal.

Par Magda Soltani
Le 24/07/2026 à 11h54