​Mondial 2030: Marca se prend-il pour le Grand Inquisiteur?

Mondial 2030

Chronique​À force de vouloir distribuer les bons points et les certificats de légitimité, certains éditorialistes finissent par ressembler à Monsieur Jourdain: ils parlent avec assurance d’un monde dont ils semblent oublier les règles élémentaires. En l’occurrence, la Coupe du Monde ne se «donne» pas; elle se gagne sur un dossier, des garanties et une décision institutionnelle.

Le 01/08/2026 à 18h32

«Il faut offrir la Coupe du Monde au Maroc.» C’est par cette formule aussi condescendante que révélatrice que le quotidien madrilène Marca, sous la plume de Fernando M. Carreño, a cru bon de commenter les récents événements migratoires survenus à Fnideq. S’appuyant sur ces tensions pour exiger la fin de la co-organisation du Mondial 2030 entre le Maroc, l’Espagne et le Portugal, validée par le Conseil de la FIFA en décembre 2024, l’éditorialiste mêle volontairement football et géopolitique. Une sortie qui appelle quelques rappels.

​Il est des phrases qui en disent davantage sur leurs auteurs que sur leur cible. Écrire qu’il faudrait «offrir» la Coupe du Monde au Maroc relève moins de l’analyse que d’un réflexe paternaliste. Comme si l’organisation du Mondial 2030 relevait d’une faveur consentie par Madrid et non d’une décision souveraine de la FIFA, fondée sur un dossier conjoint porté par trois pays placés, en droit, sur un pied d’égalité.

​À force de vouloir distribuer les bons points et les certificats de légitimité, certains éditorialistes finissent par ressembler à Monsieur Jourdain: ils parlent avec assurance d’un monde dont ils semblent oublier les règles élémentaires. En l’occurrence, la Coupe du Monde ne se «donne» pas; elle se gagne sur un dossier, des garanties et une décision institutionnelle.

​Ni Marca ni aucun autre média n’a reçu mandat pour réécrire les décisions de la FIFA ou délivrer des certificats de légitimité. Le procédé consiste à instrumentaliser un fait d’actualité pour nourrir un procès politique. Hier, la bataille portait sur la finale. Aujourd’hui, elle emprunte le détour de la question migratoire pour réclamer purement et simplement la sortie du Maroc du dispositif.

​Le sujet change, le scénario demeure: déplacer le débat du terrain des faits vers celui des émotions. Hier, c’était la finale. Aujourd’hui, c’est la migration. Demain, il faudra peut-être examiner la hauteur des vagues à Dakhla, la force du vent à Essaouira ou l’alignement des étoiles au-dessus de Benslimane pour trouver une nouvelle raison de contester le choix de la FIFA.

​Le faux prétexte migratoire

​Exiger la fin de la co-organisation à trois au prétexte d’une pression migratoire relève du procès d’intention. Le raisonnement est fragile: il fait porter au football la responsabilité d’une problématique migratoire complexe, ancienne et éminemment politique.

​Le Maroc n’a jamais reconnu la souveraineté espagnole sur Sebta et Melilla, considérant ces deux enclaves comme des territoires marocains sous administration étrangère. Pour autant, le Royaume a toujours privilégié le dialogue pour leur retour à la mère patrie, refusant la logique de confrontation.

​Ce différend historique n’a d’ailleurs jamais empêché Rabat et Madrid de bâtir une coopération sécuritaire étroite, souvent citée parmi les plus efficaces de la Méditerranée occidentale.

​Les événements de Fnideq s’inscrivent dans une séquence précise. Après la décision du 8 juillet 2026 de la chambre du contentieux administratif du Tribunal suprême espagnol limitant certaines pratiques de refoulement en mer, des réseaux de passeurs ont exploité cette jurisprudence pour encourager des tentatives de passage irrégulier.

​La réponse des autorités marocaines a été rapide: renforcement des dispositifs, coordination avec les homologues espagnols, interpellations, démantèlements et rapatriements. Madrid a d’ailleurs salué, par la voix de son ministre de l’Intérieur, la qualité de cette coopération.

​Transformer cet épisode en argument pour remettre en cause le Mondial revient à peindre un faux Guernica: on dramatise, on grossit les traits, on désigne un coupable commode, puis l’on espère que l’émotion fera oublier la faiblesse du raisonnement.

​Les faits montrent pourtant un partenaire qui assume une part essentielle de la sécurisation des frontières méridionales de l’Europe.

​Cela n’empêche pas de reconnaître que la gestion des flux migratoires demeure un défi structurel et partagé. Des questions de coordination, de moyens ou de capacité peuvent légitimement être posées. Mais en faire un motif pour remettre en cause une décision institutionnelle de la FIFA et briser le trio organisateur est une tout autre affaire.

​La peur de la finale

​Derrière cette agitation se profile une inquiétude plus profonde: celle de la finale. Le futur Grand Stade Hassan II a objectivement rebattu les cartes. Par ses dimensions, sa capacité et le signal d’ambition qu’il envoie, il s’impose comme un candidat crédible à l’accueil de la finale du Mondial 2030.

​Cette perspective nourrit, chez une partie de la presse et de l’opinion espagnoles, une forme de nervosité compréhensible. Faute de pouvoir contester les infrastructures marocaines ou les garanties du dossier conjoint, certains déplacent le débat.

​Après la polémique sur la finale, voici le procès migratoire. Le sujet change, l’objectif demeure: fragiliser le partenaire marocain en entretenant un amalgame entre organisation sportive et question migratoire.

​Pourtant, le dossier marocain n’est pas un passager clandestin de la candidature. Il en est l’un des piliers.

​Infrastructures nouvelles ou rénovées aux normes FIFA, réseau autoroutier et ferroviaire en expansion, capacités hôtelières en forte croissance, expérience acquise lors de la CAN 2025: le Maroc n’apporte pas seulement un territoire supplémentaire.

​Il apporte une vision, des investissements massifs et une légitimité africaine qui ont largement contribué à la crédibilité du dossier conjoint.

​Sans le Maroc, cette candidature n’aurait probablement jamais acquis la dimension stratégique, continentale et symbolique qui a convaincu la FIFA. L’oublier, c’est réécrire l’histoire à la baisse.

​No pasarán

​On croyait le feuilleton terminé. Après les slogans du type «O la final o nada», on pouvait espérer un retour aux faits. Il n’en est rien.

​Le fait divers devient argument politique, la migration devient argument sportif, et l’éditorial se transforme en réquisitoire contre la co-organisation.

​Comme le dit la sagesse populaire marocaine : «طاحت الصومعة علقو الحجام». Lorsque le minaret s’effondre, on accuse le barbier.

​Victor Hugo prêtait déjà à Gavroche cette ironie éternelle face à la recherche d’un responsable tout trouvé:

​«Je suis tombé par terre,

C’est la faute à Voltaire;

Le nez dans le ruisseau,

C’est la faute à Rousseau.»

​Le procédé est le même. Lorsqu’un problème surgit, il faut un coupable. Hier, c’était Voltaire ou Rousseau dans la chanson de Gavroche. Aujourd’hui, pour certains, ce serait le Maroc.

​Faire du Royaume le responsable désigné d’une problématique migratoire qui dépasse largement ses frontières, alors même qu’il est reconnu comme un acteur central de la coopération sécuritaire en Méditerranée occidentale, relève précisément de cette vieille mécanique du bouc émissaire.

​Pendant ce temps, les chantiers avancent. Les stades sortent de terre, les réseaux de transport se modernisent, l’organisation suit le calendrier fixé avec la FIFA. Les polémiques vieillissent plus vite que le béton.

​Laissons les Torquemada de service multiplier les réquisitoires. Les grandes compétitions ne se gagnent ni dans les salles de rédaction ni dans les colonnes d’un éditorial. Elles se construisent sur des dossiers solides, des engagements tenus et une vision de long terme.

​Le Conseil de la FIFA a tranché en décembre 2024. Le Maroc, l’Espagne et le Portugal organiseront ensemble la Coupe du Monde 2030. Cette décision repose sur un dossier technique et une ambition commune, non sur les humeurs passagères de quelques éditorialistes.

​À vouloir transformer chaque épisode migratoire en argument pour exclure le Royaume, certains finissent par révéler davantage leurs propres inquiétudes que les prétendues faiblesses du Maroc. Le procès est politique. Le verdict, lui, est déjà institutionnel et sportif.

​Il est des éditoriaux qui vieillissent en quelques jours. Les stades, eux, traversent les générations.

​Et les peuples

​Ceux-ci sont unis par une histoire commune faite de flux et de reflux, un passé tumultueux, et un présent qui a parfois pour leitmotiv le fameux «je t’aime, moi non plus».

​Et enfin un futur certainement plus prometteur que les limbes d’autrefois.

​La Koutoubia, la Giralda, la Tour Hassan: trois silhouettes issues du même souffle almohade.

​Un destin commun, plus ancien et plus profond que les éditoriaux du jour.

​Que chacun joue son rôle. Aux journalistes, celui d’informer et de questionner. À la FIFA, celui d’organiser. Aux États, celui de coopérer. Et au Maroc, avec ses partenaires espagnol et portugais, celui de réussir la première Coupe du Monde organisée conjointement par l’Afrique et l’Europe.

​Les polémiques passeront. Les réalisations, elles, demeureront.

​Comme le chantait Julio Iglesias:

«La vida sigue igual…»

Par Amine Birouk
Le 01/08/2026 à 18h32