Au lendemain de sa sortie sur un possible retrait de l’Espagne du Mondial 2030, le président de LaLiga Javier Tebas revient à la charge. Cette fois, il affirme que «tant que Gianni Infantino sera en poste», la finale se disputera au Maroc. Deux déclarations en vingt-quatre heures et une même manœuvre: faire entrer la bataille entre le Maroc et l’Espagne pour la finale dans le bras de fer qui oppose le président de la FIFA à une partie du football européen.
«Tant qu’Infantino sera en poste, la finale du Mondial se disputera au Maroc», a affirmé Javier Tebas, ce mercredi 16 septembre, lors d’une conférence organisée à Huesca, dans le nord de l’Espagne, par l’Association des dirigeants et cadres d’Aragon (ADEA).
Le patron de LaLiga a toutefois assorti son affirmation d’une réserve, «s’il n’y a pas de surprise», avant d’assurer qu’il préférerait voir la Roja remporter le tournoi plutôt que l’Espagne accueillir la finale: «Je préfère la gagner plutôt que d’accueillir la finale».
Lekjaa et le Grand Stade Hassan II encore ciblés
Pour appuyer ses déclarations, Javier Tebas est revenu sur Fouzi Lekjaa. Le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), ministre délégué chargé du Budget et membre du Conseil de la FIFA, est, selon lui, un homme «très puissant».
Tebas estime que si le responsable marocain s’est exprimé en faveur d’une finale au Maroc, «c’est qu’il avait une raison».
Le président de LaLiga a également évoqué le Grand Stade Hassan II, actuellement en construction à Benslimane et candidat à l’organisation de la finale. «Si le Maroc construit le stade Hassan II, actuellement en cours de réalisation à Casablanca, ce ne sera pas pour la finale de cricket», a-t-il ironisé.
À ce jour pourtant, la FIFA n’a officiellement attribué la finale du Mondial 2030 ni au Maroc ni à l’Espagne. La décision arrêtée concerne l’organisation de la compétition par les trois pays, avec trois rencontres du centenaire prévues en Argentine, au Paraguay et en Uruguay. Le choix du stade de la finale reste à trancher.
Deux sorties en vingt-quatre heures
Les déclarations de Huesca interviennent au lendemain d’une première charge particulièrement remarquée. Mardi, lors du World Football Summit à Madrid, Javier Tebas avait déjà directement lié le maintien de Gianni Infantino à la tête de la FIFA aux chances espagnoles d’accueillir la finale. «Avec lui, les possibilités que l’Espagne ait la finale sont infimes, voire nulles», avait-il affirmé.
Il était même allé plus loin en évoquant pour la première fois la possibilité de remettre en question la participation espagnole à l’organisation du tournoi. «Il faut au moins repenser notre situation concernant le Mondial. Je ne sais pas s’il faut se retirer ou non, mais il faut repenser tout ce que nous faisons autour du Mondial», avait déclaré le président de LaLiga.
Mercredi, le discours est encore plus direct. Il ne parle plus seulement de chances espagnoles «infimes». Il présente désormais une finale au Maroc comme la conséquence du maintien d’Infantino à son poste.
Faire entrer la finale dans le dossier Infantino
La répétition n’est pas anodine. Elle permet à Tebas d’introduire progressivement la question de la finale du Mondial 2030 dans un conflit beaucoup plus large qui oppose actuellement Gianni Infantino aux dirigeants de l’UEFA.
Les tensions entre l’UEFA et la FIFA se sont fortement accentuées ces derniers mois. Elles portent notamment sur le projet FIFA Forward Enterprise (FFE), qui prévoyait l’ouverture à des investisseurs privés d’une structure regroupant certains actifs commerciaux de la FIFA.
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Le projet a finalement été retiré fin juillet. L’UEFA a depuis maintenu la pression sur la gouvernance de la FIFA et demandé notamment un examen externe et indépendant de plusieurs questions liées au fonctionnement de l’instance.
Jusqu’ici, cependant, un dossier ne figurait pas parmi les griefs institutionnels formulés contre le président de la FIFA: l’attribution de la finale du Mondial 2030. C’est précisément celui que Javier Tebas cherche désormais à imposer dans le package.
La finale comme moyen de pression
La manœuvre consiste à rattacher deux dossiers qui étaient jusque-là distincts. D’un côté, la contestation de la gouvernance d’Infantino et la confrontation entre la FIFA et l’UEFA. De l’autre, la compétition entre le Maroc et l’Espagne pour accueillir le dernier match du Mondial 2030.
En répétant que le maintien d’Infantino conduirait à une finale au Maroc, Tebas transforme le choix du pays hôte en argument supplémentaire contre le président de la FIFA.
Une équation qui n’est, à ce stade, étayée par aucune décision officielle de la FIFA. L’instance n’a pas encore désigné le stade qui accueillera le dernier match de la compétition et aucun élément public ne permet d’établir que le maintien de son président conduirait automatiquement au choix du Grand Stade Hassan II.
Mais la répétition de cette affirmation permet à Tebas de faire de la finale un sujet de pression supplémentaire sur Infantino, alors que celui-ci est déjà contesté sur plusieurs dossiers de gouvernance.
Un conflit ancien entre Tebas et Infantino
Le président de LaLiga n’a d’ailleurs pas attendu le dossier du Mondial 2030 pour s’opposer frontalement à Gianni Infantino. Il lui reproche depuis longtemps l’augmentation du nombre de compétitions internationales, la pression exercée sur le calendrier des clubs et le développement du Mondial des clubs, qu’il considère comme une concurrence pour les championnats nationaux.
En juillet, Tebas accusait la FIFA de «détruire l’industrie du football» et estimait déjà que le mandat d’Infantino devait prendre fin. Quelques semaines plus tard, il affirmait que «l’ère Infantino est terminée».
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Mardi, le ton était encore monté. Le président de LaLiga avait jugé Infantino «pas crédible», ajoutant que «ce serait une honte» pour le football qu’il reste à la tête de la FIFA. La bataille pour la finale offre désormais un argument supplémentaire à cette offensive.
Le gouvernement Sánchez également ciblé
La sortie de Huesca a également permis à Javier Tebas d’exprimer son mécontentement sur la place accordée à LaLiga dans l’organisation du Mondial 2030. Il a critiqué l’absence de l’institution qu’il préside dans le dispositif d’organisation, alors que LaLiga participe, selon lui, à la gestion de l’accès aux stades espagnols.
Tebas a également reconnu que ses relations avec le gouvernement espagnol «ne sont pas bonnes». «Il y a tellement de choses qui n’ont aucun sens dans ce pays ces dernières années que rien ne surprend, malheureusement», a-t-il lancé.
Cette opposition à l’exécutif de Pedro Sánchez n’est pas nouvelle et intervient sur fond de positions politiques assumées depuis longtemps par le président de LaLiga. Dans sa jeunesse, Javier Tebas a milité à Fuerza Nueva, formation d’extrême droite nostalgique du franquisme, et a été responsable provincial de son organisation de jeunesse à Huesca. En 2019, il avait également déclaré publiquement son intention de voter pour Vox, parti classé à l’extrême droite de l’échiquier politique espagnol.
Deux sorties en vingt-quatre heures dessinent ainsi la même ligne. Javier Tebas ne se contente plus de défendre une finale en Espagne. Il cherche à faire de son éventuelle attribution au Maroc un élément supplémentaire du dossier à charge contre Gianni Infantino.









