Quand une soi-disant démarche de soutien se transforme en déferlante de haine, voire de discrimination. Alors que l’Espagne multiplie les initiatives en faveur des habitants du préside de Sebta, sur les terres marocaines, Vinícius Jr, Kylian Mbappé et Ibrahima Konaté, tous joueurs du Real Madrid, sont devenus les nouvelles cibles de critiques venues d’une partie du camp espagnol.
Avant d’affronter Elche, ce mardi 15 septembre, les trois hommes étaient invités à porter des t-shirts affichant des messages en soutien à Sebta et à ses habitants. Mbappé, Konaté et Vinícius ont accepté de participer à l’initiative. Mais leur manière de porter le vêtement a, elle aussi, suscité des réactions, certains leur reprochant d’avoir rendu les inscriptions difficilement lisibles.
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Le Real Madrid avait, dans la foulée, pris la défense de ses joueurs en invoquant le principe de liberté individuelle. Le club madrilène avait rappelé qu’il respectait «l’opinion et la sensibilité de chacun de ses employés» et qu’il n’était pas question d’obliger quelqu’un à défendre publiquement un message auquel il ne croit pas.
Mais la polémique ne retombe pas. Les insultes se multiplient sur les réseaux sociaux et débordent désormais jusque dans les médias. L’un des épisodes les plus graves est venu de Federico Jiménez Losantos, journaliste espagnol intervenant sur les antennes d’EsRadio. En direct, ce dernier a tenu des propos à caractère raciste visant Vinícius, tout en s’en prenant également à Kylian Mbappé et Ibrahima Konaté.
Losantos commence d’abord par tracer une ligne entre les trois joueurs et l’Espagne: «De toute façon, Konaté, Mbappé et le Malicius sont étrangers.» «Malicius» est ici un jeu de mots construit à partir du nom de Vinícius et du terme espagnol «malicioso», qui renvoie à l’idée de quelqu’un de malicieux ou de malveillant.
Puis le journaliste va beaucoup plus loin, avec des propos particulièrement dégradants: «Même si Vinícius est presque né ici… enfin, celui que nous avons connu comme Vinícius. Aujourd’hui, je vois un gars qui est un gros noir, avec une énorme mâchoire, et ce n’est pas Malicius, mais si, c’est lui».
Kylian Mbappé et Vinicius Jr ont été défendus par le Real Madrid après les critiques suscitées par leur manière de porter les t-shirts affichant des messages sur Sebta.
Un débordement de plus autour d’un sujet présenté, au départ, comme un simple «soutien» à la population du préside espagnol en terre marocaine. Alors que des joueurs de football avaient manifestement choisi de tracer une ligne entre le sport et la politique, le journaliste, lui, s’est attaqué à la couleur de peau et au physique de Vinícius.
Le Brésilien est régulièrement la cible d’insultes racistes depuis son arrivée en Espagne en 2018. Mais cet épisode prend une dimension particulière. Prononcés en direct par un journaliste et professionnel des médias, de tels propos ne peuvent être réduits aux débordements anonymes que l’on retrouve habituellement sur les réseaux sociaux.
Le cas Vinícius est loin d’être isolé. Depuis des années, le football espagnol est régulièrement rattrapé par des épisodes à caractère raciste. Dans les tribunes, aux abords des stades et, cette fois, jusque sur les antennes. Plusieurs générations de joueurs en ont été victimes. Et les noms qui jalonnent cette triste série rappellent surtout que le problème ne date pas d’hier.
Dans les tribunes, lors du match amical entre l’Égypte et l’Espagne disputé au RCDE Stadium avant le Mondial 2026, des supporters espagnols avaient notamment scandé: «Qui ne saute pas est musulman.»
La liste des joueurs ayant subi des insultes ou des comportements à caractère raciste dans le football espagnol est, elle aussi, longue: Vinícius, Omar El Hilali, Kazunari Kita, Lamine Yamal, Alejandro Balde… En 2004, le gardien camerounais Carlos Kameni avait notamment été victime de jets de bananes. Samuel Eto’o, Iñaki Williams ou encore Raphinha ont également été confrontés, à différentes périodes, à des épisodes de cette nature.
Et lorsque ces dérives ne se produisent ni sur les antennes de radio ni dans les enceintes sportives, elles peuvent prendre d’autres formes aux abords des stades. Après les événements liés à Sebta, un drapeau marocain avait notamment été brûlé près du Santiago Bernabéu, illustration supplémentaire de la tension qui peut désormais entourer certains épisodes mêlant football et politique.
Un autre élément interpelle: plusieurs enceintes associées à ces épisodes figurent parmi les stades retenus pour accueillir la Coupe du monde 2030, coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal. Le Santiago Bernabéu est notamment poussé, avec le Camp Nou, pour accueillir la finale, face au Grand Stade Hassan II porté par le Maroc.
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Le RCDE Stadium de Cornellà de Llobregat, où avaient été entonnés les chants «Qui ne saute pas est musulman», figure lui aussi parmi les enceintes appelées à accueillir des rencontres de la compétition. Un contexte qui pose nécessairement la question des dispositifs qui devront être mis en place pour garantir qu’un Mondial censé rassembler le monde du football, par-delà les origines, les nationalités et les cultures, ne soit pas pollué par ce type de comportements.
Autant d’épisodes qui rappellent que les dérapages à caractère raciste continuent de s’inviter dans le football espagnol. Des tribunes aux abords des stades, des réseaux sociaux jusqu’aux antennes de radio.

















