Mondial 2030: le vrai malaise est ailleurs… dans les tribunes espagnoles

Les supporters de l'Atlético Madrid

ChroniqueCritiques en boucle, arguments recyclés: le traitement médiatique espagnol de la candidature marocaine à la finale du Mondial 2030 interroge. D’autant plus lorsqu’il fait l’impasse sur des problématiques internes bien réelles.

Le 21/04/2026 à 15h51

Baraka, basta, assez! On commence sérieusement à saturer. Pas à cause du fond, le débat est légitime, mais à cause de la répétition. Toujours la même musique, le même angle, le même scénario recyclé à l’infini dans une partie de la presse espagnole dès qu’il est question du Maroc et de la finale du Mondial 2030.

Un papier de plus, un doute de plus, une petite pique de plus sur la capacité du Royaume à accueillir LE match. À force, ça ne ressemble même plus à de l’analyse. Plutôt à une vieille cassette qu’on rembobine en boucle. Et la question se pose franchement: qui peut encore regarder le même film tous les jours sans décrocher?

Soyons clairs: il ne s’agit pas ici de remettre en cause le professionnalisme de nos confrères ibériques. Le problème n’est pas là. Ce sont les raisonnements qui interrogent. Ou qui prêtent à sourire, selon l’humeur.

Dernier exemple en date, cet article au titre évocateur: «Marruecos quiere lo que España tiene» (Le Maroc veut ce que l’Espagne a). Derrière cette formule, une démonstration bien huilée: comparaison entre la finale de la CAN à Rabat et celle de la Coupe d’Espagne à Séville, opposition entre «fiasco international» d’un côté et «succès retentissant» de l’autre, puis conclusion attendue, Madrid devant Casablanca pour accueillir la finale du Mondial 2030.

L’argumentaire est connu. L’Espagne serait une terre d’expérience, un modèle d’organisation, un hub du football mondial. Et le Maroc? Un prétendant qui aspire à devenir ce que son voisin est déjà. Très bien. Sauf que la réalité est un peu plus complexe que ce récit à sens unique.

D’abord, réduire un événement comme la CAN 2025 à un prétendu «fiasco» relève, au mieux, d’un raccourci, au pire, d’une lecture orientée. Les faits, eux, sont bien réels, rapportés par la presse mondiale: le Maroc a organisé la meilleure CAN de l’histoire aux standards internationaux. On peut en débattre des incidents de la finale, mais pas réécrire les événements à sa convenance.

Ensuite, et c’est là que le contraste devient intéressant, il y a ce que certains choisissent soigneusement de ne pas voir ou de minimiser. Parce que pendant qu’on scrute chaque détail côté marocain, que se passe-t-il dans certains stades espagnols?

Un chant islamophobe («Qui ne saute pas est musulman») repris à Cornellà lors d’un Espagne–Égypte. Des sifflets pendant un hymne national. Une scène qui n’a rien d’anecdotique, au point de pousser la FIFA à ouvrir une procédure disciplinaire.

Et ce n’est pas un cas isolé. Même refrain entendu avant les matchs de Ligue des Champions Barça-Atlético et Real-Bayern. Même chant repris quelques semaines plus tard à Salamanque, lors d’un match de D4. On parle ici de tribunes, pas de marges invisibles. De comportements répétés, pas d’un dérapage isolé.

Alors oui, la question mérite d’être posée: sur quels critères juge-t-on réellement la capacité d’un pays à accueillir une finale de Coupe du Monde? Les infrastructures? L’expérience? L’organisation? Évidemment. Mais qu’en est-il de l’environnement, de la sécurité sociale, de l’inclusivité, du respect des publics et des cultures? Le football moderne ne peut pas fermer les yeux sur ces réalités-là.

Et c’est précisément là que le débat devrait évoluer. Sortir de la comparaison stérile, du duel implicite, du «qui est meilleur que qui». Parce qu’au fond, ce raisonnement est déjà dépassé.

Le Mondial 2030 n’est pas une compétition entre le Maroc et l’Espagne, mais un projet commun. Une organisation conjointe avec le Portugal. Une opportunité historique de construire quelque chose ensemble, et non de se regarder en chiens de faïence. Et s’obstiner à chercher la petite bête chez l’autre, pointer du doigt en permanence, c’est passer à côté de l’essentiel.

Le Maroc, lui, a déjà choisi sa posture: celle du partenariat, de la complémentarité et de la co-construction.

Et au final, c’est peut-être ça, le vrai sujet. Pas de savoir qui mérite le plus le dernier match. Mais de se demander si certains ont vraiment compris l’esprit de 2030. Parce qu’au-delà des articles, des titres et des petites phrases, il y a une responsabilité. Celle de construire un récit commun à la hauteur de l’événement.

Par Adil Azeroual
Le 21/04/2026 à 15h51