Le traitement réservé récemment à certaines délégations africaines, moyen‑orientales et autres suscite indignation, débats et parfois accusations de discrimination. Pourtant, rien de tout cela n’est véritablement nouveau. Ceux qui connaissent l’histoire du sport international savent que les grandes puissances occidentales n’ont jamais abandonné leur souveraineté en matière de sécurité au profit des fédérations et instances sportives internationales.
L’histoire du sport marocain regorge d’exemples révélateurs. Dès 1984, la délégation marocaine aux Jeux olympiques de Los Angeles avait passé des heures bloquée l’aéroport américain en raison des procédures sécuritaires. Aux Jeux de Sydney, des sportifs, dirigeants et accompagnateurs marocains avaient subi des contrôles particulièrement rigoureux après plus de vingt‑quatre heures de voyage: fouilles interminables, interrogatoires, bagages inspectés dans les moindres détails.
Les grandes puissances appliquent leurs lois avec froideur, sans se soucier du prestige supposé des compétitions. Les corridors prétendument mis en place pour accélérer les procédures sont en réalité de véritables sas de sécurité, poussée à l’extrême. Les passagers arrivés sur les mêmes vols que les sportifs franchissent la frontière bien plus rapidement. Être sportif qualifié pour une compétition internationale ne donne pas droit à un traitement de faveur. Djokovic s’est vu refuser l’accès au territoire australien parce qu’il n’était pas vacciné. Il était bien le numéro un mondial de l’ATP et le tournoi australien en avait bien besoin pour plus d’une raison.
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La réalité est simple: aucun État sérieux n’abandonne sa sécurité nationale à la FIFA, au CIO ou à une quelconque organisation sportive. Il est légitime qu’un pays hôte applique ses propres lois avec une vigilance accrue lorsqu’il reçoit des centaines de milliers de personnes venues du monde entier. Le risque zéro n’existe pas. Les grands rassemblements sportifs constituent des cibles potentielles pour toutes sortes de menaces.
Dans ce contexte, les réactions outrées paraissent souvent déconnectées des réalités géopolitiques. L’arbitre somalien refoulé de l’aéroport de Miami malgré son visa, demeure avant tout ressortissant d’un pays soumis à des restrictions particulières d’entrée sur le territoire américain. Les joueurs iraniens représentent un État en confrontation ouverte avec Washington, et l’on sait que les délégations sportives de certains régimes sont souvent étroitement encadrées par leurs appareils sécuritaires ou diplomatiques.
En 2022, les États‑Unis avaient organisé les championnats du monde d’athlétisme à Eugene, temple de cette discipline en Amérique du Nord. Des athlètes de plus de vingt pays africains n’avaient pas pu obtenir de visas pour y prendre part. Le président de la Confédération africaine d’athlétisme, pourtant membre de World Athletics, n’avait pu se rendre aux États‑Unis. Les lois américaines avaient prévalu sur les petites règles de la fédération internationale, (World Athletics) qui soi-disant font obligation au pays hôte d’accepter l’ensemble des athlètes qualifiés et leurs accompagnateurs sur son territoire.
Il ne s’agit ni de racisme automatique ni d’hostilité gratuite. Il s’agit d’abord de logique étatique, de souveraineté et de sécurité. Le véritable problème se situe ailleurs.
Il réside dans l’attitude de certains pays du «tiers‑monde» qui continuent à considérer les cahiers des charges des grandes instances sportives comme une parole sacrée et indiscutable. Dans de nombreux pays en développement, la FIFA, le CIO et d’autres fédérations imposent des exigences parfois absurdes en matière d’architecture, de luxe, d’aménagement urbain ou d’organisation sécuritaire, sans que les autorités locales n’osent réellement les remettre en question. Qu’il est ridicule de voir certains membres de la FIFA ou du CIO pour ne citer que les plus en vue, à la compétence parfois douteuse, inspecter avec une arrogance insupportable des hôtels, des aéroports, des hôpitaux, des bus, et même des toilettes publiques.
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Or ces organisations ne sont pas des gouvernements mondiaux. Elles ne disposent d’aucune légitimité démocratique supérieure à celle des États. Leurs règlements ne peuvent primer sur des lois votées par des parlements souverains et appliquées par des institutions nationales responsables devant leurs peuples.
La mission normale d’une fédération sportive continentale ou mondiale devrait se limiter au technique, au règlement du jeu et à l’organisation sportive elle‑même. Dès lors qu’elle prétend dicter des politiques sécuritaires, des choix architecturaux, des dépenses somptuaires ou des orientations urbaines à des États souverains, elle sort clairement de son champ de compétence.
La Coupe du monde 2026 rappelle peut‑être une vérité essentielle que beaucoup avaient oubliée: ce ne sont pas les États qui appartiennent à la FIFA, mais la FIFA qui dépend des États. Que serait le football sans les budgets colossaux que les gouvernements y consacrent, parfois au détriment d’autres secteurs sans doute plus prioritaires? Or cette même FIFA, dès qu’un gouvernement veut mettre de l’ordre dans son football, lui fait parfois la guerre.
Il faut peut‑être remercier les États‑Unis, le Mexique et le Canada d’avoir rappelé à tous la véritable dimension de cette compétition: une grande fête sportive, certes, mais pas une autorité supranationale capable d’effacer les lois, les frontières et la souveraineté des nations.
Celui qui fantasme une Coupe du monde de caprices et de passe‑droits n’a ici qu’à s’abstenir. À bon entendeur, salut.
