Il y a dans l’air de cette ville une vibration particulière, un mélange de bitume brûlant et d’ambition démesurée. En arpentant le West Side, avec en tête les accords cinématographiques de Leonard Bernstein nés sur ces mêmes trottoirs de Broadway, je ne peux m’empêcher de songer à notre propre «West Side Story» à nous, Lions de l’Atlas, perdus entre les canyons de verre et d’acier de Manhattan et le sanctuaire studieux de The Pingry School, dans le New Jersey. Comme le chantaient les Sharks, «I want to be in America»: une terre de promesses où tout semble possible, pour peu que l’on sache s’y faire une place. Contrairement aux comédies musicales, ici, le scénario ne nous est pas imposé ; il reste à écrire.
New York est une ville de lignes droites, un damier de rigueur qui n’est pas sans rappeler les schémas tactiques de Mohamed Ouahbi. Ici, tout est question de précision, de temps, de mouvement. C’est exactement ce que nous cherchons à bâtir pour ce samedi au MetLife Stadium. Nos joueurs, eux, refusent le fatalisme.
Les émotions de Guadalajara
Ce 11 juin, nous célébrons les quarante ans de notre épopée à Guadalajara. En 1986, le Maroc a appris au monde que le destin n’est pas une fatalité, mais une construction. Aujourd’hui, alors que je marche sur la 42e Rue, je repense au doublé de Khairi, au but plein de sang-froid de Krimau, aux parades miraculeuses de Zaki et aux coups de reins de Bouderbala. Ce n’était pas seulement du football ; c’était la première fois que nous, Marocains, Arabes et Africains, avions osé regarder les géants européens dans les yeux. Sans 1986, il n’y aurait eu point de Qatar 2022.
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Quarante ans plus tard, le défi a changé d’échelle. Le Brésil d’Ancelotti, avec ses Vinicius, Casemiro ou Endrick — trois générations d’une même démesure — est un colosse, une institution. Nous le respectons, certes, comme on reconnaît la grandeur du Corcovado, mais nous le faisons sans pour autant le craindre. En observant le calme de nos joueurs, je perçois une sérénité qui n’est pas sans rappeler celle des New York Knicks lors du match 4 de la finale NBA 2026 — ces mêmes Knicks qui, menés de 29 points, ont accompli le plus grand comeback de l’histoire des Finals pour s’imposer 107-106 grâce au tip-in d’OG Anunoby à 1,2 seconde du buzzer. Quand New York se relève, elle le fait en beauté.
L’énergie brute de Times Square
En plein cœur de cette effervescence, le contraste est saisissant. Ce soir-là, au pied des écrans géants saturés de publicités, une foule joyeuse s’est rassemblée spontanément pour une session de danse collective. Un danseur, au centre, menait la cadence avec une énergie communicative, entraînant des inconnus dans un mouvement vibrant qui semblait ne jamais vouloir s’arrêter. J’ai pensé à nos supporters, à Casablanca, à Marrakech, à Amsterdam, à Paris — cette même capacité à transformer une rue en fête, un stade en symphonie collective. C’est cette pulsation-là, cette vitalité brute et spontanée, que nous devons canaliser samedi.
Que ce soit avec l’exigence intellectuelle du «Think» d’Aretha Franklin ou la joie communicative des Jackson 5, la bande-son de cette ville nous rappelle que pour réussir, il faut savoir s’imposer avec âme tout en gardant cette légèreté des grands jours.
Entre l’infirmerie et l’espoir
Le sport, c’est aussi accepter la réalité brute, celle que nous impose le corps humain. Nayef Aguerd est officiellement forfait, le staff médical ayant confirmé l’impossibilité de le voir à 100% avant quinze jours, tandis que l’absence définitive d’Ezzalzouli vient, elle aussi, alourdir le diagnostic. Si ces absences pèsent comme des notes dissonantes dans notre symphonie, le groupe marocain a choisi de regarder vers l’avant.
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Dans ce camp de base du New Jersey, on joue chaque soir «En attendant Baudot» — une pièce où le silence officiel est si bien gardé qu’il voyage jusqu’à Séville, Manchester et Angers avant de revenir nous trouver. À ce stade, on en viendrait presque à préférer un abonnement au TIME Magazine: leur couverture a au moins le mérite de mettre en lumière nos stars — Hakimi y trône en costume noir, immortalisé parmi les plus grands, avant même que le tournoi n’ait commencé. Heureusement, notre capitaine nous apporte ces good vibrations chères aux Beach Boys. Car dans cette ville, il y a toujours cette certitude qu’après la pluie, vient le beau temps.
La mélodie de la résilience
Ici, dans la Big Apple, la vérité finit toujours par éclater sur le terrain, comme dans le naturalisme de Zola. Samedi, nous ne serons pas de simples touristes dans cette immense vitrine américaine. Nous serons les acteurs d’une pièce dont le scénario reste à écrire. Si les Auriverde voudront danser au rythme du Mas Que Nada de Sergio Mendes, nous nous ferons un plaisir de leur apprendre les mélodies intemporelles de Nass El Ghiwane. Comme si Martin Scorsese filmait nos transes, nous écrirons notre propre partition — et pour une fois, ce ne sera ni El Hal ni Mahmouma, mais une belle Siniya.





















