Mondial 2030. «L’Espagne n’est personne face au Maroc»: un ancien gardien de la Roja s’immisce en politique et avance de graves insinuations

Montage Santiago Cañizares et le Grand Stade Hassan II.

Santi Cañizares, ancien gardien de la sélection espagnole et de Valence s’est à son tour aventuré sur le terrain politique dans le débat autour de la finale du Mondial 2030, avançant des hypothèses sur les rapports de force entre le Maroc, l’Espagne et la FIFA, allant jusqu’à suggérer des manœuvres en coulisses. Une lecture qui tranche avec le cadre officiel de l’attribution, fondé sur l’évaluation des conditions d’accueil et de plusieurs critères définis par l’instance mondiale.

Le 28/09/2026 à 12h44

Une nouvelle tendance semble se dessiner en Espagne depuis quelques mois: tout le monde peut désormais s’inviter dans le débat politique. Plus besoin d’occuper une fonction politique ou institutionnelle, ni même d’être un spécialiste de la question. Il suffit d’avoir une tribune, une voix et une opinion, qu’elle soit étayée ou non. Après les sorties de présidents de fédérations et de dirigeants sportifs, voilà désormais les anciens du football qui s’immiscent dans une question qui dépasse largement le terrain: celle de l’attribution de la finale du Mondial 2030, organisé conjointement par le Maroc, l’Espagne et le Portugal.

Santi Cañizares, ancien gardien de la Roja, figure emblématique de Valence CF, vient ainsi confirmer cette tendance. Invité dans l’émission «Tiempo de Juego», l’ancien portier s’est exprimé sur l’accueil du match le plus important de la future compétition, alors que trois enceintes sont en lice: le Grand Stade Hassan II, le Santiago Bernabéu et le Camp Nou.

Depuis plusieurs mois, le débat autour de l’enceinte appelée à accueillir le match oppose les différentes prétentions espagnoles à la candidature marocaine. Et récemment, certains n’hésitent plus à expliquer cette bataille à travers le prisme politique, allant jusqu’à calomnier sur une implication du Maroc dans les coulisses de la décision.

«Puisque tout est politique, je pense que le sort en est jeté», lâche ainsi Cañizares, dans les propos rapportés par COPE. Une affirmation lourde, puisqu’elle revient à présenter la politique comme un facteur déterminant dans l’attribution de la finale, sans pour autant apporter d’éléments permettant d’étayer sa lecture.

Dans sa lancée, Cañizares soutient que les infrastructures ne seraient pas le seul facteur susceptible de peser dans la décision de la FIFA. Or, la finale, match le plus important de la compétition, doit pouvoir répondre aux exigences d’un événement qui attirera des milliers de spectateurs sur place et des millions derrière leurs écrans. Les infrastructures constituent donc forcément un élément central dans le choix de l’enceinte. Sur ce point, le Grand Stade Hassan II de Casablanca est justement appelé à devenir une enceinte capable d’accueillir les plus grands événements internationaux, tout comme le Santiago Bernabéu et le Camp Nou.

Mais pour Cañizares, l’argument infrastructurel ne suffirait pas à expliquer le choix final. L’ancien portier affirme ainsi que «le Maroc est actuellement mieux préparé que Madrid pour accueillir une finale, quelles que soient les circonstances», suggérant déjà que le choix pourrait se jouer sur un autre terrain, celui des coulisses et des rapports de force. Une porte ouverte aux développements politiques qui suivent.

L’ancien portier poursuit et avance que l’avenir de la finale pourrait également dépendre du maintien de Gianni Infantino à la présidence de la FIFA, présentant cette donnée comme l’une des clés de l’attribution.

Et c’est à partir de là que l’argumentation de Cañizares quitte progressivement le terrain du football pour celui de la géopolitique. La finale du Mondial 2030 se retrouve ainsi liée aux rapports entre Washington et Rabat, les relations entre les Etats-Unis et le Maroc étant évoquées pour souligner le poids politique supposé du Royaume sur la scène internationale.

Une lecture qui conduit finalement l’ancien gardien de la Roja à une conclusion particulièrement sévère pour son propre pays: «Nous ne sommes personne actuellement, l’Espagne n’est pas le Maroc».

Le problème n’est évidemment pas qu’un ancien footballeur ait une opinion sur la finale du Mondial. Le problème apparaît lorsque cette opinion se transforme en lecture politique d’une décision institutionnelle, puis en insinuations sur les intentions et les alliances des différents acteurs, sans éléments concrets permettant de les établir.

Car la finale reste, à ce stade, une question d’organisation du Mondial 2030 et de choix entre plusieurs enceintes proposées par les pays hôtes, soumises à l’évaluation de la FIFA. Le Grand Stade Hassan II, le Santiago Bernabéu et le Camp Nou figurent tous parmi les stades proposés pour accueillir la finale, et aucune décision officielle n’a encore été arrêtée.

Pourtant, en Espagne, certains continuent de présenter cette candidature commune comme un affrontement politique entre Madrid et Rabat, voire comme le résultat des accords conclus par Rabat avec le monde. Au fil des déclarations, la question devient alors prétexte à suggérer des arrangements en coulisses et à faire du Maroc le fauteur de troubles, responsable supposé d’une décision qui n’a, pour l’heure, pas encore été prise et qui relève du processus décisionnel de la FIFA.

Et dans ce débat, chacun semble désormais pouvoir enfiler le costume du politique, le temps d’une déclaration. Même lorsque son terrain de compétence reste, à l’origine, celui du football.

Par Magda Soltani
Le 28/09/2026 à 12h44