Ouahbi, ou l’art de la transition sans rupture

Aziz Daouda.

ChroniqueCe qui frappe, au fond, c’est la tranquillité d’un sélectionneur qui ne cède ni à la pression du résultat immédiat, ni au culte des anciens. Ouahbi construit une équipe pour un cycle, pas pour un match.

Le 18/09/2026 à 19h39

En dévoilant jeudi, au Complexe Mohammed VI, une liste de 29 joueurs pour les éliminatoires de la CAN 2027, Mohamed Ouahbi a signé une rentrée à la fois fidèle et audacieuse. Le sélectionneur des Lions de l’Atlas réussit le pari fort délicat de renouveler sans casser, et c’est précisément là que réside la force, et la limite, de son choix. En fait, l’ère véritable de ce coach ne commence que maintenant, avec l’entrée dans un nouveau cycle de l’équipe nationale, dicté par les compétitions à l’horizon.

Un premier rassemblement sous le signe de la continuité

Il faut bien mesurer l’enjeu. Ce stage est le premier rassemblement de l’équipe nationale A depuis la Coupe du monde 2026, conclue par le Maroc en quarts de finale, faut-il le rappeler. Dans ce contexte, la tentation du grand chambardement était réelle; Ouahbi y a volontairement résisté. Il reconduit l’ossature qui a fait ses preuves avec Yassine Bounou, Noussair Mazraoui, Achraf Hakimi, Azzedine Ounahi, Brahim Diaz, Soufiane Rahimi, tout en ouvrant grand la porte à la nouvelle génération. Le fil rouge de cette liste tient en un mot: cohérence.

Le calendrier, lui, ne laisse aucun répit. Les Lions ouvrent le bal le 25 septembre à Rabat face au Gabon, avant un déplacement éprouvant à Bloemfontein contre le Lesotho le 29 septembre, puis un amical de prestige face au Ghana le 4 octobre à Tanger. Trois rendez-vous en dix jours. Le déplacement en Afrique du Sud, à lui seul, prendra deux jours. La profondeur d’effectif n’est donc pas un luxe, c’est une nécessité.

Le vent de fraîcheur, vraie signature du sélectionneur

C’est ici que la philosophie de Ouahbi mérite l’éloge. Fidèle à sa réputation de formateur, il insuffle une dose de sang neuf qui ne relève pas de l’effet d’annonce mais de la logique sportive. Quatre premières convocations avec les A se détachent: Yassir Zabiri, Ali Maamar, Abdellah Ouazane et Soufiane El-Faouzi.

A leurs côtés, Alaa Bellaarouch et Tawfik Bentayeb complètent ce casting de nouveaux visages. Le plus remarquable n’est pas le nombre, mais la méthode. Ces promotions récompensent des performances réelles, non des effets de mode. La densification du milieu avec Bouaddi, El Aynaoui, El-Faouzi et Targhalline installe une transition générationnelle désormais assumée. Le retour de Nayef Aguerd, totalement rétabli, vient par ailleurs sécuriser une arrière-garde qui retrouve son patron.

Les points de débat d’une liste assumée

Une critique si positive soit elle, se doit de poser les questions. Cinq situations méritent d’être discutés outre que d’évoquer les 12 noms présents à la CAN et écartés de la liste.

Hakimi et Saibari convoqués malgré leur suspension. Ouahbi assume, rappelant q’il ne reste qu’un match à purger et que le rassemblement s’étend sur deux semaines. Sa justification sur le capitanat «Achraf Hakimi est le capitaine, il sera présent à ce titre» est solide sur le fond, mais elle interroge sur la gestion d’un groupe où la hiérarchie symbolique prime parfois sur la disponibilité immédiate.

L’absence de Sofyan Amrabat. C’est le vrai séisme de cette liste. La réponse du sélectionneur est un petit bijou de fermeté: «le passé commande le respect, pas des privilèges. Le Maroc est 6e mondial: «la sélection ne se négocie pas, elle se mérite.» On peut applaudir la méritocratie. On peut donc regretter qu’un cadre de tant d’épopées se soit écarté lui-même sans une transition plus douce.

Le dossier Ezzalzouli. En qualifiant de simple «maladresse» le t-shirt «Todos somos caballas» porté avant Villarreal-Betis, Ouahbi a choisi l’apaisement et la protection de son joueur. Position défendable, mais qui laisse entière la question de l’accompagnement des internationaux exposés aux sensibilités politiques. Attendons de voir la réaction du public, une fois Ezzalzouli sur la pelouse.

Et puis il y a les absents de la liste: Maama et Baouf entre autres.

Au vu de l’âge de certains joueurs cadres, vont-ils avoir suffisamment de ressort pour aller jusqu’à la Coupe du monde 2030? Car c’est là le véritable défi de cette ligne droite qui nous sépare du plus grand événement jamais abrité par le Maroc. Et là, les ambitions affichées n’acceptent pas d’à-peu-près.

Un pari de maturité

Ce qui frappe, au fond, c’est la tranquillité d’un sélectionneur qui ne cède ni à la pression du résultat immédiat, ni au culte des anciens. Ouahbi construit une équipe pour un cycle, pas pour un match. Il ose le turn-over, protège ses hommes et impose une règle claire: le mérite comme seule monnaie d’échange.

Le verdict, lui, appartiendra au terrain. Mais sur le papier, cette liste de 29 noms raconte une ambition limpide: prolonger la dynamique du Mondial tout en préparant l’avenir. À Rabat d’abord, puis à 1 350 mètres d’altitude à Bloemfontein, en Afrique du Sud, les Lions auront l’occasion de prouver que la continuité n’est pas de l’immobilisme.

Par Aziz Daouda
Le 18/09/2026 à 19h39