Le cap reste le même: 2030 et la grande messe à domicile. Mais avant les costumes de gala, il faudra remettre la blouse et retourner au laboratoire. La CAN 2027 arrive avec ses travaux pratiques: le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, pour défendre une couronne conquise il y a quelques mois à peine.
Au menu: le Gabon à Rabat le 25 septembre, le Lesotho à Bloemfontein le 29, puis le Ghana de Carlos Queiroz à Tanger le 4 octobre. Un rendez-vous qui risque de n’avoir d’amical que le nom.
Le Ghana de Queiroz? Une interrogation surprise du prof le plus exigeant du lycée: on sait qu’elle va tomber, mais on redoute toujours la sonnerie.
Bref, les vacances sont terminées. Et Mohamed Ouahbi, qui était déjà du voyage au Mondial 2026, retrouve sa classe avec un nouveau chapitre à écrire. Deux copies à rendre cette fois: les choix techniques et la communication.
Premier cours: préparer 2030 sans sécher 2027
Ouahbi connaît déjà la classe. Il a vécu le Mondial avec ce groupe, observé ses cadres, ses jeunes pousses et ses marges de progression. Il ne découvre donc pas les élèves: il change simplement de programme.
Pas question de faire table rase. Il faut conserver les acquis, corriger quelques détails, ouvrir quelques fenêtres et, surtout, éviter de confondre le prochain devoir avec celui d’après.
Dans les buts, Bounou, El Kajoui et Tagnaouti restent au programme. Alaa Bellaarouch vient frapper à la porte, avec ce statut toujours délicat du jeune gardien qui doit apprendre à attendre sans oublier de se préparer.
Lire aussi : T-shirt sur Sebta: Mohamed Ouahbi défend Ezzalzouli et évoque «une maladresse»
En défense, le retour de Nayef Aguerd après sa pubalgie constitue une bonne nouvelle. Il retrouve un secteur où Issa Diop s’est installé avec ses allures de pion qui remet de l’ordre au fond de la classe. Sur les côtés, Hakimi et Mazraoui gardent leur place au premier rang.
Aït Boudlal et Maamar arrivent derrière, avec cette ambition très simple: apprendre aujourd’hui pour pouvoir prendre la relève demain.
Car une sélection qui regarde vers 2030 ne peut pas attendre 2029 pour découvrir sa jeunesse.
Construire le futur, ce n’est pas seulement prononcer le mot 2030 à longueur de conférence. C’est aussi donner du temps, des responsabilités et parfois quelques mauvaises notes à ceux qui devront un jour passer devant le tableau.
Bellaarouch, Aït Boudlal, Maamar, et bientôt Zabiri, Bentayeb, Ouazane: la classe montante est déjà là.
C’est surtout au milieu que l’écriture Ouahbi devient plus lisible.
Sans Sofyan Amrabat, Oussama Targhalline retrouve sa place. Ounahi et El Khannouss peuvent remettre de la musique dans le jeu, El Aynaoui ses poumons, et Bouaddi sa vista et sa polyvalence.
Lire aussi : Mohamed Ouahbi s’exprime sur le cas Amrabat: «Le passé vous donne du respect, pas des privilèges»
Devant, Brahim Diaz est appelé à prendre davantage de responsabilités dans l’animation, avec Rahimi et Ezzalzouli pour mettre un peu de désordre dans les défenses adverses.
Et puis il y a les jeunes: Zabiri, Bentayeb, Ouazane. Ceux qui frappent à la porte pendant que les anciens occupent encore les premiers rangs.
C’est là que surgit Clint Eastwood et son Chasseur blanc, cœur noir, cette histoire d’un réalisateur tellement obsédé par sa chasse qu’il finit par oublier le film qu’il était venu tourner.
Le football a parfois le même défaut. À force de regarder 2030, on finit par oublier 2027. À force de préparer la grande scène, on risque de négliger la prochaine.
Attention donc au syndrome Eastwood: ne pas partir à la chasse au futur en oubliant le match que l’on est venu jouer. Préparer 2030, évidemment. Mais d’abord réussir 2027.
L’équation est simple: 2027, c’est défendre ; 2030, c’est construire. La CAN n’est pas un exercice de laboratoire hors programme. Ce sont déjà des devoirs à rendre, avec une couronne à défendre. Et dans cette classe-là, personne n’a encore obtenu son diplôme de 2030.
Deuxième cours: l’art de parler sans mettre le feu
Car le sélectionneur n’a pas seulement été interrogé sur ses choix sportifs. La presse avait préparé quelques colles supplémentaires. Amrabat. Abde. Ebnoutalib.
Trois noms, trois sujets sensibles, et suffisamment de matière pour faire d’une conférence de presse une polémique stérile. Bienvenue dans le Cercle des poètes du professeur Ouahbi. On pense évidemment à Robin Williams dans Le Cercle des poètes disparus, face à une institution stricte et à des élèves auxquels il demande moins de réciter la leçon que de comprendre ce qu’elle signifie.
Première énigme: expérience + passé international = privilège automatique? Réponse: non. Sur Amrabat, Ouahbi a rappelé une règle vieille comme le football: le passé donne le respect, mais il ne donne pas de privilèges. Les états de service comptent. L’expérience compte.
Mais on ne peut pas s’y reposer éternellement, aussi glorieux soit le bulletin. Le maillot national n’est pas une carte de fidélité. La porte reste ouverte. Mais le passe-droit, lui, est resté dehors.
Deuxième énigme: une maladresse + un jeune joueur = affaire d’État? Sur le t-shirt d’Abde, même sobriété. Pas de grande affaire d’État, pas de géopolitique de comptoir, pas besoin de convoquer historiens, diplomates et exégètes du moindre symbole. Une maladresse, cela se corrige. Un jeune joueur, cela s’éduque. Pas de colle, pas de carnet de correspondance rempli à la première incartade — juste un rappel du règlement intérieur, glissé entre deux portes.
Lire aussi : Ouahbi sur Ebnoutalib: «Il choisit l’Allemagne, le dossier est clos»
Troisième énigme: choisir une sélection nationale = obtenir une place garantie? Pour Younes Ebnoutalib, la réponse est tout aussi nette. Le choix appartient au joueur. Mais le choix a un sens. Le maillot national n’est pas un contrat commercial assorti d’une clause de garantie. Là encore, Ouahbi n’a pas cherché la polémique: il a posé les limites.
Trois dossiers réglés en salle des profs. Reste la vraie interrogation écrite: celle du terrain. Comment parler des sujets qui fâchent sans les transformer en sujets qui brûlent? Réponse du professeur: ne pas souffler sur les braises.
Dans un football où le moindre mot peut être découpé, isolé, amplifié et transformé en polémique, Ouahbi a choisi de parler sans surjouer.
Pas de banderilles façon matador, pas de grands discours de meeting, pas de duel comme dans un western. Juste une ligne: le respect pour les anciens, une chance pour les nouveaux, des règles pour tout le monde.
La CAN 2027 n’est pas l’antichambre décorative du Mondial 2030. C’est le prochain chapitre. Et finalement, le métier de sélectionneur n’est peut-être pas seulement de choisir les élèves, mais aussi de les accompagner et de les aider à devenir eux-mêmes.
Serge Lama aurait peut-être appelé cela «Mon ami, mon maître». Le cahier peut se refermer. Carpe diem.
