Botola: réformer pour la performance, pas pour entretenir la médiocrité

Aziz Daouda. khadija Sabbar / Le360

ChroniqueLe problème de la Botola n’est pas qu’elle manque de clubs, mais de clubs capables de tirer vers le haut. C’est précisément pour cela que passer à 20 clubs apparaît non seulement discutable, mais dangereux.

Le 20/08/2026 à 13h58

Au nom de quelle étude? De quel modèle économique? De quelle stratégie? Quels indicateurs démontrent que faire passer la Botola à 20 équipes serait bénéfique? À 16 équipes, on peine déjà à produire le niveau, l’intensité et la compétitivité que les investissements consentis devraient légitimement permettre.

Aucun diagnostic sérieux n’a démontré que passer à 20 clubs constituerait une réforme. Cela ressemble davantage à un élargissement administratif pas plus. Réformer un championnat, c’est améliorer le produit, renforcer les clubs, développer les joueurs, accroître les recettes propres, professionnaliser la gouvernance et, surtout, améliorer la compétitivité internationale.

Le paradoxe et que la Botola dispose de moyens considérables sans produire les résultats correspondants. Dans le sport de haut niveau, il existe pourtant un abécédaire simple: moins de dispersion, davantage de qualité, d’intensité et de concurrence ; davantage de ressources et de professionnalisation ; davantage de matchs à enjeu et de joueurs performants.

Passer à ​20 clubs signifie mécaniquement diluer davantage les ressources: des droits télévisuels répartis entre plus d’équipes, les aides publiques devront probablement suivre, les collectivités locales et les infrastructures seront plus sollicitées, les dépenses d’organisation et de sécurité augmenteront. Les clubs les moins solides économiquement continueront à vivre sous perfusion. Est-ce une réforme?

La Botola souffre déjà d’un problème structurel: une partie importante de son économie ne repose pas suffisamment sur la capacité à générer de la valeur. La quasi-totalité des clubs dépendent de l’État, des collectivités territoriales, du sponsoring institutionnel et des droits de retransmission. Et parlons franchement de ces fameux droits télévisuels.

Lorsqu’une télévision nationale achète des droits pour retransmettre un championnat, et que celle-ci est largement financé par l’argent public, il est pour le moins simpliste de présenter ces droits comme une véritable économie de marché. Appeler cela «droit télévisuel» n’en fait pas une recette commerciale.

La question est beaucoup plus brutale: combien la Botola rapporterait-elle si elle devait être financée par la valeur réelle qu’elle crée auprès du public, des annonceurs, des diffuseurs et des sponsors? La réponse devrait être au cœur de toute réforme.

Depuis des années, on cherche à professionnaliser les clubs. Mais au lieu de concentrer les ressources pour permettre à un nombre raisonnable d’atteindre réellement le niveau requis, on envisage de les disperser davantage. C’est exactement l’inverse d’une politique de montée en gamme. Dans tout secteur soumis à la concurrence, une organisation disposant de ressources limitées concentre ses moyens sur les acteurs capables de créer de la valeur. Le football ferait-il exception?

Le Maroc veut devenir une puissance footballistique. Il investit dans les infrastructures, les centres de formation et l’organisation d’événements. Pendant ce temps, on envisagerait d’élargir la Botola et y maintenir artificiellement des clubs qui ne produisent ni joueurs pour les sélections, ni valeur économique significative, ni résultats continentaux?

Un club professionnel est une entreprise qui doit démontrer son utilité, sa viabilité et sa capacité à performer. Certains clubs seraient nécessaires parce qu’ils «animent» le championnat. Que signifie réellement cette formule? C’est un argument dangereux. Si «animer» signifie remplir un stade, créer quelques affiches ou apporter une dimension populaire au calendrier, très bien. Mais bon nombre de matchs ne mobilisent ni public dans les stades ni de téléspectateurs. Ce n’est plus de la compétition, c’est de l’assistance. Or, un championnat n’est pas une œuvre sociale sinon pourquoi s’arrêter à 20 clubs? Pourquoi pas 22? 24? 30? À ce rythme, la première division ne serait plus l’élite et deviendrait simplement l’annuaire des clubs que l’on ne veut pas faire descendre.

L’autre angle mort dont on parle peu: le coût collectif des matchs. Mobilisation policière, déplacements des forces de l’ordre, infrastructures, nettoyage, dégâts éventuels: chaque rencontre représente un coût pour la collectivité. Plus le nombre de clubs augmente, plus la facture augmente. On ne peut pas demander aux collectivités de rationaliser leurs dépenses et de continuer à financer indirectement un système sportif dont la rentabilité économique et sociale n’est pas démontrée.

La question n’est pas de savoir si le football est populaire. Il l’est. La question est de savoir si cette popularité doit automatiquement être transformée en chèque en blanc.

La Botola est déjà prise dans un calendrier compliqué: championnat, Coupe du Trône, compétition africaine et arabe. Nous avons déjà vu une saison se prolonger dans des conditions qui auraient dû provoquer une véritable réflexion. N’a-t-on pas continué à jouer en plein effervescence du Mondial?

A 20 clubs, il faudrait organiser 380 matchs de championnat, contre 240 avec 16, soit 140 rencontres supplémentaires: 140 déplacements de plus, des coûts et une pression supplémentaire sur les infrastructures, les joueurs et les arbitres. Pour quel gain sportif?

L’hypothèse inverse doit être posée: Pourquoi pas une Botola à moins de 16 clubs? Cela signifierait moins de dilution, plus de ressources par club, une meilleure concentration des meilleurs joueurs, davantage d’intensité, un calendrier plus respirable et la possibilité de mieux préparer les compétitions africaines et arabes. Cette éventualité pourrait servir à mieux préparer les clubs engagés en Afrique, mieux programmer la Coupe du Trône, ménager les internationaux et améliorer la qualité des terrains, de l’arbitrage et de la préparation.

La question essentielle est quels sont les clubs qui ont réellement le potentiel pour constituer l’élite? La réponse ne doit pas être politique mais sportive. Une Botola plus petite pour un Maroc footballistique plus grand. Le pays ne manque pas de clubs ; il manque de clubs durablement performants. Il ne faut donc pas confondre profondeur territoriale et excellence sportive.

Une véritable réforme devrait instaurer des critères drastiques: budget propre, taux de remplissage, nombre de joueurs formés utilisés en équipe première, joueurs fournis aux sélections, résultats africains, gouvernance, recettes commerciales, masse salariale soutenable et capacité à attirer un public. Pourquoi ne pas imaginer un indice national de performance des clubs, transparent et actualisé chaque saison? Celui qui répond aux critères reste dans l’élite ; celui qui n’y répond pas doit travailler pour y revenir. C’est ainsi que fonctionne la compétition.

Le problème de la Botola n’est pas qu’elle manque de clubs, mais de clubs capables de tirer vers le haut. C’est précisément pour cela que passer à 20 clubs apparaît non seulement discutable, mais dangereux.

Par Aziz Daouda
Le 20/08/2026 à 13h58