Botola à 20 clubs: gare à l’ivresse

Ballon officiel de la Botola Pro

Depuis quelques jours, une proposition évoquant un passage à une Botola à 20 clubs anime le paysage footballistique marocain. Le projet est, certes, ambitieux, mais attention à la folie des grandeurs. Un élargissement semble loin d’être la priorité alors que le championnat est un authentique chantier.

Le 31/07/2026 à 18h23

Dernièrement, la planète foot marocaine est animée par une sacré probabilité: la Botola pourrait passer à 20 équipes. Conséquences de cette possible révolution dans le paysage sportif national: les clubs relégués la saison écoulée et les bagagistes restent. Les 16 clubs de l’année dernière, plus les 4 premiers de la deuxième division, formeraient donc les pensionnaires de l’élite.

Un modèle qui n’est pas nouveau

Un championnat à 20 équipes existe ailleurs, notamment en Angleterre, en Espagne et en Italie, avec une certaine réussite. Mais pourquoi ces pays, grandes puissances du football mondial, le conservent-ils?

C’est, d’abord et avant tout, essentiellement une question de droits télévisés. Ces championnats, particulièrement compétitifs, sont facilement vendables, la recherche de nouvelles sources de revenus est naturellement continue.

La Premier League, championnat le plus attractif du monde, attire une audience de plus de 4,5 milliards de téléspectateurs par an. Elle touche 643 millions de foyers à travers le monde. Des chiffres spectaculaires.

D’autres pays avaient ce modèle à 20 clubs, mais ont décidé de l’abandonner, c’est notamment le cas de la France et de la Belgique. D’autres encore, malgré leur statut de grand championnat, ne l’ont jamais appliqué. C’est le cas de l’Allemagne.

Car ce modèle n’est pas sans inconvénients. Le calendrier est surchargé et les coûts deviennent rapidement problématiques. 20 pensionnaires en Botola signifient 38 journées, un véritable casse-tête alors que la santé mentale et physique des joueurs est au cœur des préoccupations depuis de nombreuses années.

La France est repassée à 18 clubs lors de la saison 2023-2024, soucieuse de la santé des joueurs, mais aussi de sécuriser l’économie des clubs et de relancer la compétitivité du championnat. Une crise profonde de droits TV, un diffuseur pas prêt à retransmettre l’intégralité des matchs…la répartition semblait plus viable à 18.

Il y a déjà suffisamment de chantiers en route

La Botola est déjà confrontée à un nombre important de soucis. L’organisation d’un championnat à 16 équipes est déjà un défi, notamment avec des droits télévisés invendables, une fragilité financière et administrative chronique et de nombreux clubs aux multiples litiges.

Alors que les ligues envisagent d’achever leur installation dans leurs propres sièges avant la fin de l’année 2026 et que le développement de leur attractivité commerciale est au cœur du nouveau projet de la LNFP, un passage à 20 clubs semble difficilement envisageable.

Une meilleure exploitation du potentiel des jeunes joueurs, une amélioration du dispositif organisationnel entourant les rencontres et une refonte du calendrier sont des chantiers bien plus prioritaires.

Pour adopter un éventuel passage à 20 équipes, la LNFP va-t-elle sortir un cahier des charges? Effectivement, ceci permettrait aux clubs pensionnaires aujourd’hui de la D1, même s’ils n’ont pas de stade et sont dans une situation financière critique, de prétendre à intégrer cette ligue à 20. Rajouter quatre autres clubs avec les mêmes ne fera qu’empirer les choses.

Un scénario plus réalisable

Au lieu d’envisager une expansion, il faudrait plutôt songer à un scénario plus faisable, plus intéressant et plus lucratif. Pourquoi n’établirait-on pas un championnat à 12 ou à 10 équipes, avec des clubs en règle sur tous les plans, avec des play-offs pour le championnat, la relégation et les participations africaines et surtout sans matchs en milieu de semaine.

Un format qui serait ultra-compétitif, plus équilibré et qui attirerait de nouveaux promoteurs et diffuseurs éventuels. Un format qui garantirait également une meilleure gestion du calendrier.

En Suisse, où le championnat qui se joue à 12, chaque équipe rencontre quatre fois les autres formations chaque saison: deux fois à domicile et deux fois à l’extérieur. En fin de saison, la lanterne rouge est directement reléguée en deuxième division, alors que l’avant-dernière équipe, elle, joue un match de barrage contre le 2e de D2.

Une Botola à 20 clubs n’est pas une révolution en soi: la dernière fois où la FRMF a augmenté le nombre des clubs évoluant en championnat remonte au début des années 80. À l’époque, le nombre de clubs était passé à 20, avant d’être réduit à 18. En 1983, leur nombre a été fixé à 16, formule toujours en vigueur.

Par Oumeïma Er-rafay
Le 31/07/2026 à 18h23