Botola: pendant que le monde joue, l’obsession des 20 clubs bouscule le règlement

Stade Olympique de Rabat

Alors que les championnats du monde entier ont repris ou s’apprêtent à le faire, la Botola attend toujours son coup d’envoi. Un retard qui intervient au moment où la LNFP veut bouleverser le format de la compétition, en passant à 20 clubs et en annulant les relégations de la saison dernière. Une course contre la montre qui se heurte à plusieurs dispositions du règlement de la FRMF et pose la question du respect des règles censées encadrer un championnat qui se veut professionnel.

Le 19/08/2026 à 18h50

À force de jouer avec le feu, la Ligue nationale de football professionnel va finir par se brûler. On ne parle pas d’une petite escarre sans réelle conséquence. Non! On fait ici allusion au gros accident, avec entrée aux urgences, électrochocs et soins intensifs. Car l’instance chargée de gérer la Botola est plus près de la crise cardiaque que de la grande forme olympique. Rien ne marche comme il faut dans cette Ligue qui se meurt à petit feu.

Nous sommes le 19 août. Le football a repris un peu partout. La Liga joue, la Premier League et la Ligue 1 vont retrouver leurs terrains ce week-end. Ailleurs, les clubs connaissent depuis longtemps leur calendrier, savent quand ils jouent et contre qui. Chez nous, on discute encore du nombre d’équipes qui composeront le championnat.

La LNFP veut désormais porter la Botola Pro à 20 clubs. Et pour parvenir à ce chiffre dès cette saison, elle veut annuler les relégations prononcées à l’issue de l’exercice précédent. Les clubs descendus retrouveraient ainsi leur place parmi l’élite, non pas grâce à leurs résultats sportifs, mais parce que l’on aurait décidé, après la fin du championnat, de changer sa configuration.

Le problème n’est même plus de savoir si une Botola à 20 clubs est une bonne ou une mauvaise idée. Cette réforme arrive sans véritable étude économique, sans garantie sur les ressources supplémentaires qu’elle nécessiterait, alors que le calendrier est déjà difficile à tenir à seize et que de nombreux clubs peinent encore à équilibrer leurs comptes. Cette fois, le problème est ailleurs. Il est réglementaire.

Et le règlement de la FRMF est beaucoup moins souple que les idées de réforme qui circulent actuellement à la LNFP.

Le règlement dit 16, pas 20

Commençons par le commencement. L’article 6 du Règlement des compétitions de la FRMF définit le championnat professionnel et rappelle que la LNFP n’en est pas propriétaire. Elle en assure l’organisation «sur délégation de la FRMF» et doit se conformer aux dispositions réglementaires fédérales. Surtout, le même article fixe noir sur blanc la composition des deux divisions: une poule de 16 clubs maximum en Botola Pro D1 et 16 en Botola Pro D2.

On peut voter autant que l’on veut autour d’une table, 17 présidents peuvent souhaiter 20 clubs et d’autres s’y opposer: tant que ce texte demeure en vigueur, le maximum réglementaire reste fixé à 16.

La LNFP ne possède d’ailleurs pas le pouvoir de modifier elle-même cette disposition. L’article 69 réserve cette prérogative au Comité directeur de la FRMF: «Le présent règlement peut être modifié par décision du Comité Directeur de la FRMF».

Premier verrou, donc. Pour passer à 20, il faut modifier le règlement. Une réunion de présidents de clubs, même avec une majorité favorable, ne transforme pas juridiquement une Botola à 16 en championnat à 20.

17 pour, mais pas d’unanimité

Et même à l’intérieur de la LNFP, la réforme n’a pas fait consensus. Lors de la réunion organisée lundi avec les présidents des clubs professionnels, 17 clubs se sont prononcés en faveur du passage à 20 équipes, sept ont voté contre et trois se sont abstenus.

Or, cette unanimité était nécessaire dans le processus engagé par la LNFP pour que la proposition puisse être portée à l’étape suivante, celle de son examen par le Comité directeur de la FRMF.

La nuance juridique est importante. L’absence d’unanimité peut bloquer la procédure engagée au niveau de la Ligue sans signifier nécessairement que le Comité directeur de la FRMF perd, de son côté, les compétences que lui confèrent les statuts fédéraux. Encore faudrait-il, pour aller plus loin, expliquer par quelle procédure le dossier pourrait arriver devant lui malgré l’échec du consensus recherché à la LNFP. Pour l’heure, aucune explication publique n’a été fournie.

Même le Comité directeur ne réglerait pas tout

Car le chiffre 16 n’apparaît pas uniquement dans le Règlement des compétitions. Il est également inscrit dans les statuts de la FRMF.

L’article 18, consacré à la représentation au sein de l’Assemblée Générale, prévoit «seize (16) Délégués représentant les seize (16) clubs du championnat professionnel de première division». Pour la D2, le même article fait référence aux représentants élus par les 16 présidents des clubs de ce championnat. Cela change considérablement la dimension juridique du dossier.

Le Comité directeur de la FRMF peut modifier le Règlement des compétitions. L’article 28 des statuts le définit comme «l’organe de direction et de gestion de la FRMF» et lui donne notamment compétence pour édicter les Règlements généraux. L’article 78 précise que les différents règlements et codes de la Fédération constituent justement ces Règlements généraux.

Mais modifier un règlement n’est pas modifier les statuts. Si la Botola passe à 20 clubs, que deviennent les quatre clubs supplémentaires dans la représentation de la D1 à l’Assemblée Générale? Les vingt disposent-ils d’un délégué? Seulement seize? Et, dans ce dernier cas, lesquels? La même question se pose pour la D2.

Le Comité directeur ne peut pas résoudre seul cette contradiction en réécrivant l’article 18 des statuts.

Les articles 19 et 24 réservent cette compétence à l’Assemblée Générale de la FRMF. Une modification statutaire doit suivre la procédure prévue par les textes et recueillir la majorité qualifiée requise.

La mécanique est donc beaucoup moins simple qu’un «17 clubs ont voté pour, passons à 20». La LNFP peut proposer. Le Comité directeur de la FRMF dispose du pouvoir réglementaire. Mais dès lors que la réforme touche aux statuts, l’Assemblée Générale entre dans l’équation. Et ce n’est encore que la première difficulté.

Et maintenant, on voudrait effacer les relégations

Car c’est la deuxième partie du projet qui pose peut-être le problème le plus sérieux. La LNFP veut annuler les relégations de la saison dernière afin d’intégrer les clubs concernés au nouveau championnat à 20. Autrement dit, on ne se contente plus de modifier l’avenir de la compétition. On revient sur les conséquences sportives d’un championnat terminé.

Or le règlement avait précisément prévu comment tout cela devait fonctionner. Son article 55 impose à la FRMF ou à la structure organisatrice de publier avant le début de chaque saison les modalités d’accession et de rétrogradation de chacune des compétitions organisées. Pourquoi cette précision temporelle existe-t-elle? Justement pour éviter que les règles changent lorsque l’on connaît déjà les résultats.

Un championnat ne peut pas fonctionner comme une partie dont on réécrit les conditions une fois le dernier coup de sifflet donné. Les clubs ont disputé trente journées avec des règles connues. Certains ont joué pour le titre, d’autres pour les places africaines, d’autres encore pour leur maintien. Des équipes ont été reléguées. Des barrages ont été disputés.

Puis, une fois tout cela terminé, on déciderait que les descentes n’en étaient finalement pas vraiment? Ce serait une curieuse conception de la compétition sportive.

Le règlement connaît pourtant le repêchage

Il serait également difficile de présenter l’opération comme un banal repêchage. Le règlement de la FRMF connaît parfaitement ce mécanisme et lui consacre des dispositions. L’article 57 traite des places devenues vacantes dans les championnats. Il prévoit d’abord le cas des finalistes d’un barrage puis, dans certaines circonstances, le repêchage des équipes reléguées suivant leur classement et sous réserve du respect des critères spécifiques de la compétition.

Mais une place devenue vacante n’est pas la même chose qu’une place créée artificiellement parce qu’on décide de faire passer le championnat de 16 à 20 équipes. Et surtout, le règlement encadre les cas dans lesquels un relégué peut retrouver une division. Même lorsqu’un club doit être rétrogradé pour non-respect des critères de licence, l’article 56 prévoit des conditions et fait intervenir le Comité directeur de la FRMF dans le processus.

On est très loin d’une gomme réglementaire permettant d’effacer collectivement les descentes parce qu’une réforme exige soudain quatre équipes supplémentaires.

Modifier le règlement aujourd’hui n’efface pas hier

C’est probablement le point juridique le plus sensible de tout le dossier. Imaginons que le Comité directeur de la FRMF décide demain de modifier l’article 6 et de remplacer «16 clubs maximum» par «20 clubs maximum». Cette modification réglerait la question du nombre de participants autorisés par le règlement à partir de son entrée en vigueur.

Mais elle ne répondrait pas, à elle seule, à une autre question: sur quel fondement annuler les relégations produites sous l’empire des règles de la saison 2025-2026? Ce sont deux décisions différentes.

Autoriser réglementairement une compétition à 20 clubs est une chose. Revenir sur les effets sportifs d’une compétition déjà achevée en est une autre. Les montées, les descentes et les barrages de la saison dernière ont été déterminés selon des modalités arrêtées pour cet exercice. Une modification ultérieure du nombre de clubs ne suffit pas, par sa seule existence, à démontrer que ces conséquences peuvent être rétroactivement effacées.

C’est précisément sur ce point que la LNFP et, le cas échéant, la FRMF devraient fournir le fondement réglementaire permettant une telle opération.

Le 1er juillet est déjà passé

Il y a encore plus embarrassant. Le règlement définit lui-même la saison sportive: elle commence le 1er juillet et se termine le 30 juin de l’année suivante, sauf dérogation accordée par le Comité directeur de la FRMF pour des considérations particulières. Quant aux championnats de Botola Pro D1 et D2, ils doivent débuter entre le dernier week-end de juillet et le troisième week-end d’août. Nous sommes le 19 août.

La saison 2026-2027 a donc réglementairement commencé depuis plus d’un mois. Et c’est maintenant que l’on débat encore de sa structure, de son nombre de participants et, surtout, du sort de clubs relégués lors de la saison précédente.

Le contraste est saisissant avec l’article 55, qui exige que les modalités d’accession et de rétrogradation soient publiées avant le début de chaque saison. Il l’est tout autant avec l’article 15: lorsqu’un système de barrage est instauré pour les clubs qui ne sont pas directement promus ou relégués, la décision doit également intervenir avant le démarrage de la saison sportive.

Ce calendrier réglementaire n’a rien d’un détail administratif. Il protège une chose fondamentale dans le sport: la prévisibilité des règles.

Et toujours aucun calendrier

Pendant ce temps, le championnat attend. L’article 17 impose l’établissement d’un calendrier général fixant les dates de déroulement au moins trois semaines avant le début de chaque compétition.

L’article 19 va plus loin. Le calendrier détaillé des rencontres du championnat professionnel doit être publié sur le site de la FRMF au plus tard trois semaines avant le début de la compétition. La programmation de chaque journée doit ensuite être communiquée aux clubs au moins 72 heures avant les matchs.

À la date du 19 août, la LNFP ne doit donc pas seulement expliquer combien de clubs elle veut faire jouer. Elle doit dire quand ils vont jouer.

Selon des sources concordantes, le championnat pourrait ne reprendre qu’au mois d’octobre. La raison avancée serait liée aux élections législatives prévues le 23 septembre.

Le règlement prévoit certes une possibilité de déroger à la période normale de démarrage en cas d’«empêchement majeur». Mais si tel est le cas, encore faudrait-il que la situation soit clarifiée et que les clubs sachent officiellement à quoi s’en tenir.

Une réforme construite par le toit

C’est peut-être cela qui résume le mieux le problème de cette Botola à 20 clubs. Tout est fait à l’envers. Avant de décider combien de clubs joueront en D1, il aurait fallu déterminer avec quelles ressources. Avant d’ajouter des journées, vérifier que l’on est déjà capable de programmer correctement celles que nous avons. Avant de parler de quatre équipes supplémentaires, se demander où elles joueront, avec quels budgets, quelles infrastructures et quelles exigences professionnelles. Et surtout, avant de promettre le maintien à des clubs relégués, regarder ce que dit le règlement.

La LNFP est une structure de gestion délégataire. Le terme a son importance. Elle organise le championnat professionnel par délégation de la Fédération et dans le cadre des règlements de celle-ci. Le préambule du Règlement des compétitions rappelle d’ailleurs que les compétitions organisées par la FRMF ou ses structures délégataires sont soumises à ses dispositions. Elle ne peut donc pas simplement décider que 16 devient 20 et que les relégués ne sont plus relégués.

Pour passer à 20, il faut modifier le Règlement des compétitions. Si cette nouvelle configuration impose d’adapter les dispositions statutaires relatives à la représentation des clubs, l’Assemblée Générale de la FRMF devra également intervenir. Et si l’on entend récupérer les clubs descendus à l’issue de la saison dernière, il reste encore à démontrer sur quelle base réglementaire les effets sportifs d’un exercice terminé pourraient être remis en cause.

Tout cela alors que la nouvelle saison a déjà commencé au sens du règlement et que le calendrier de la Botola n’est toujours pas connu.

La LNFP aurait donc tout intérêt à expliquer publiquement le chemin juridique qu’elle entend emprunter. Parce qu’un championnat professionnel ne se gère pas à coups d’arrangements successifs. Il se gère avec un règlement, un calendrier, des décisions prises à temps et des règles identiques pour tout le monde.

À force de vouloir sauver une réforme mal préparée, la Ligue risque surtout d’abîmer ce qu’elle est précisément chargée de protéger: la crédibilité de la Botola.

Par Adil Azeroual
Le 19/08/2026 à 18h50