Non, Monsieur le Président, vous ne pouvez pas faire porter à un pays hôte, en l’occurrence le Maroc, le poids des faiblesses chroniques de la CAF et de la gouvernance hésitante de ses instances disciplinaires. En entérinant des sanctions perçues comme sévères pour le Maroc, tout en ménageant ceux qui ont gâché une finale censée être l’apothéose de la CAN 2025, votre discours sur «l’intégrité» et «l’image du football africain» apparaît moins comme un sursaut moral que comme un renversement commode des responsabilités. Ce n’est pas le Maroc qui a fragilisé la crédibilité de la CAF: ce sont les décisions, les non-dits, les contradictions juridiques et la communication décalée qui entourent ce dossier.
Le Maroc n’est pas un justiciable ordinaire de la CAF, c’est l’un de ses principaux piliers. Quand d’autres reculent devant les exigences organisationnelles, logistiques et sécuritaires, c’est le Royaume qui accepte d’ouvrir ses stades, ses aéroports, ses hôtels et ses villes à des compétitions dont beaucoup ne voulaient pas assumer le risque. La CAN 2025 a mobilisé des infrastructures mises à niveau à marche forcée, neuf stades aux standards internationaux, une logistique fluide et une sécurité saluée, pour offrir au continent un tournoi que personne ne conteste sur le plan de l’organisation. Dire aujourd’hui à ce même pays qu’il doit, en plus, absorber la facture symbolique et sportive des incohérences réglementaires de la CAF revient à punir l’acteur qui a le plus contribué à la réussite de l’événement.
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Lorsqu’on sanctionne le Maroc, ce ne sont pas seulement des dirigeants fédéraux qui sont visés, ce sont des millions de Marocains qui se sentent atteints. Ils ont rempli les stades, mis en avant l’hospitalité du pays, fait de cette CAN une vitrine du continent, avant de voir leur sélection, déjà distinguée par un prix du fair-play, se retrouver au centre d’un verdict jugé «incompréhensible» jusque dans la presse internationale. Comment expliquer à ces citoyens qu’un pays hôte exemplaire sur le plan organisationnel soit traité avec une telle dureté quand, dans le même temps, la qualification juridique du retrait momentané de l’équipe sénégalaise ou d’autres comportements ayant perturbé la finale semble avoir été traitée avec une indulgence calculée?
La question qui se pose est celle de la cohérence et de la proportionnalité. De nombreux observateurs, y compris des juristes et d’anciens responsables de la CAF, soulignent les incohérences d’une décision où la sévérité affichée à l’égard du Maroc ne s’accompagne pas d’un traitement aussi ferme et transparent de tous les protagonistes. Les suspensions de joueurs marocains et les amendes infligées à la FRMF s’ajoutent au rejet de la réclamation fondée sur les articles 82 et 84, là où la gestion du comportement de l’adversaire et des incidents ayant conduit à l’interruption du match, aux blessures de vaillants stadiers et aux équipements saccagés laisse un goût d’inachevé. Ce déséquilibre alimente le sentiment que la CAF a cherché un «équilibre politique» plutôt qu’une justice sportive lisible.
Vos déclarations, Monsieur le Président, annoncent certes une réforme du Code disciplinaire, des sanctions plus «appropriées et dissuasives» et la volonté de protéger l’intégrité du football africain. Vos propos confirment donc que ce qui a été constaté lors de la finale doit être lourdement réprimandé. La défense de l’intégrité du football africain devait logiquement commencer là, au vu des faits que le monde entier a qualifiés de scandaleux, sauf votre commission de discipline qui encourage ainsi ouvertement l’indiscipline. Aux yeux de millions de Marocains, qui ont investi des milliards de dirhams dans leurs infrastructures et engagé leur image internationale à quelques années d’une Coupe du monde 2030 coorganisée, cette soudaine lucidité arrive trop tard et ressemble à une opération de rattrapage. On ne reconstruit pas la confiance avec des promesses abstraites, mais avec des décisions qui donnent le sentiment d’une égalité de traitement, d’une lecture rigoureuse des textes et d’un respect pour les sacrifices consentis par les pays hôtes.
En réalité, ce qui se joue dépasse largement un simple contentieux disciplinaire: c’est le contrat moral entre la CAF et ses membres les plus engagés qui est en cause. Quand un pays qui prend des risques pour accueillir vos compétitions a le sentiment d’être transformé en bouc émissaire pour masquer vos propres défaillances, la relation devient toxique. Et si le Maroc vous disait aujourd’hui: basta. Il ne peut pas, il ne doit pas payer pour les ambiguïtés juridiques, les hésitations politiques et la gouvernance vacillante d’une confédération qui se retranche derrière l’«indépendance» de ses instances, tout en refusant d’assumer pleinement la portée de ses choix.
La CAF, en votre nom, vient de franchir un autre pas vers la perfidie à l’encontre des bons élèves, comme si les bons élèves qui travaillent pour le développement du football africain dérangeaient quelqu’un, quelque part… Ne sommes-nous pas là en plein dans le syndrome du coquelicot qui dépasse les autres dans un champ? Oui, nous y sommes, Monsieur le Président. Ceux qui n’aiment pas le succès des autres parce qu’incapables de faire de même chez eux ont triomphé. Ils ont menacé. Ils ont été écoutés.
Le Maroc dérange par son développement, ses réalisations hors pair, ses victoires diplomatiques, son succès dans l’organisation et la qualité de ce qu’il a offert à votre confédération. Il en paie le prix. Le prix de la naïveté dont il a fait preuve.



