CAN 2025: les Lions de l’Atlas en demi-finale… 22 ans après

Brahim Diaz. AFP or licensors

Vingt-deux ans après sa dernière apparition dans le dernier carré continental (finaliste en 2004), le Maroc renoue avec les demi-finales de la Coupe d’Afrique des Nations. Victorieux du Cameroun ce vendredi 9 janvier à Rabat, les Lions de l’Atlas poursuivent leur rêve africain à domicile.

Le 09/01/2026 à 20h53

Le Maroc est de retour en demi-finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Une phrase simple, presque banale ailleurs, mais lourde de sens pour tout un pays qui l’attendait depuis vingt-deux ans. Vainqueurs du Cameroun ce vendredi 9 janvier à Rabat, les Lions de l’Atlas ont enfin brisé ce plafond invisible qui les empêchait de retrouver le dernier carré continental depuis 2004.

Dans un Complexe Moulay Abdellah chauffé au rouge, la qualification s’est dessinée sans fracas, mais avec maturité, face aux Lions Indomptables (2-0). Pas de folie inutile, pas de précipitation.

On ne change pas une équipe qui gagne

Pour ce quart de finale très attendu, Walid Regragui a fait le choix de la continuité en reconduisant le même onze que face à la Tanzanie. Dans les buts, Yassine Bounou s’impose naturellement comme le dernier rempart. Devant lui, la ligne défensive est composée d’Achraf Hakimi et de Noussair Mazraoui sur les côtés, avec Nayef Aguerd et Adam Masina dans l’axe, un quatuor solide et expérimenté.

Au milieu, Neil El Aynaoui confirme son statut de métronome. Propre, constant et toujours juste dans ses interventions, il est épaulé par Bilal El Khannouss et Ismaël Saibari, reconduits pour leur volume de jeu et leur capacité à se projeter. En attaque, Brahim Díaz, en pleine réussite et meilleur buteur de la compétition, Ayoub El Kaabi et Abdessamad Ezzalzouli ont la mission d’ouvrir les espaces et de faire sauter le verrou camerounais.

Dès le coup d’envoi, le Maroc a pris les commandes de la rencontre, porté par un stade en fusion. Bien en place, agressifs à la récupération et précis dans l’utilisation du ballon, les Lions de l’Atlas ont rapidement imposé leur tempo. La domination est nette, la possession largement marocaine et les occasions viennent naturellement, face à des Camerounais contenus et peu inspirés offensivement.

Cette mainmise sur le match est logiquement concrétisée à la 26e minute. Sur un corner parfaitement tiré par Hakimi, El Kaabi place une tête décroisée au point de penalty. Brahim Díaz, à l’affût, surgit pour pousser le ballon au fond des filets et inscrire son cinquième but dans cette CAN, confirmant son efficacité et son sens du placement.

À l’approche de la pause, le rythme baisse légèrement côté marocain, permettant au bloc camerounais de remonter de quelques mètres. Le jeu devient plus heurté, les duels se multiplient au milieu de terrain et la tension monte.

Le Cameroun paye cette agressivité par des sanctions, à l’image du carton jaune reçu par son capitaine Tolo à la 39e minute pour une faute sévère sur Díaz, synonyme de suspension. Juste avant la pause, Ezzalzouli n’est pas loin de faire le break, sa frappe enroulée venant flirter avec la lucarne d’Epassy.

À la mi-temps, le Maroc mène logiquement au score. Sérieux, disciplinés et supérieurs techniquement, les Lions de l’Atlas ont livré une première période aboutie, laissant un Cameroun combatif mais limité dans l’animation offensive.

En deuxième période, les Nationaux ont poursuivi sur leur lancée multipliant les assauts, sans pour autant trouver la faille pour doubler la mise. À la 66e minutes, coach Walid décide d’injecter du sang neuf en lançant Youssef En-nesyri et Sofyan Amrabat à la place d’Ayoub El Kaabi et Bilal El Khannouss.

Après les nombreuses occasions créées par les Lions, Ismaël Saibari double la mise d’un tir à bout portant (74e), après un centre dévié de Abdessmad Ezzalzouli.

Regragui a procédé à d’autres changements: Saibari et Ezzalzouli cèdent leur place à Rahimi et Targhaline (85e) et Igamane a remplacé Diaz (89e).

Depuis, les Lions de l’Atlas ont géré leur fin de match jusqu’au coup de sifflet du Mauritanien Dahane Beida.

Résultat final: victoire des Lions de l’Atlas (2-0). Ce succès n’est pas seulement une victoire sportive. C’est une libération, 22 ans après leur dernière apparition au dernier carré de la grand-messe africaine. Une première depuis 2004.

2004, le souvenir qui ne s’efface jamais

La CAN en Tunisie demeure, encore aujourd’hui, le point de référence. Une équipe sans statut, presque sans attentes, mais portée par une foi collective rare. Le Maroc renverse le Nigeria, surclasse le Bénin, maîtrise l’Afrique du Sud. Puis ce quart de finale inoubliable contre l’Algérie, gagné au bout de la nuit à Sfax, dans un scénario qui appartient désormais au patrimoine émotionnel du football marocain.

La demi-finale contre le Mali est une démonstration (4-0). La finale, elle, se perd sur deux erreurs défensives face à une Tunisie réaliste.

Dès 2006 en Égypte, le rêve se fissure brutalement. Trois matches, aucun but, une élimination sans âme. Le Maroc entre dans une période d’instabilité chronique. Projets interrompus, sélectionneurs de passage, vision floue. En 2008 au Ghana, malgré le talent individuel, la sélection subit plus qu’elle ne joue. Le sentiment d’impuissance s’installe.

La CAN 2012 devait marquer un renouveau. La génération Benatia–Belhanda–Kharja arrive avec de l’ambition et un public retrouvé. La claque infligée à l’Algérie (4-0) en qualifications avait rassemblé tout un pays. Mais sur le terrain, la réalité est cruelle. Défaite contre la Tunisie, scénario renversé face au Gabon et élimination brutale.

En 2013, en Afrique du Sud, le tableau est cruel: trois matches nuls, aucun gagné, une élimination qui se joue à un but tardif encaissé face au pays hôte. À chaque fois, le Maroc est proche. À chaque fois, il échoue.

L’arrivée d’Hervé Renard change le visage de la sélection. En 2017 au Gabon, le Maroc redevient une équipe difficile à battre, structurée, respectée. La victoire contre la Côte d’Ivoire championne d’Afrique envoie un signal fort. Mais en quart, face à l’Égypte, le destin frappe encore: le poteau de Boussoufa, puis l’élimination. Une défaite frustrante, mais fondatrice.

2023: la désillusion après l’euphorie mondiale

En 2019 en Égypte, le Maroc semble armé pour aller loin. Trois victoires en phase de groupes, une solidité rare. Et puis ce huitième de finale contre le Bénin, dominé, contrôlé… jusqu’au penalty raté dans le temps additionnel. Le scénario est cruel, presque absurde. La séance de tirs au but achève une génération qui méritait mieux.

La CAN 2021 au Cameroun poursuit la même logique. Jeu séduisant, qualification maîtrisée, moments de grâce. Mais en quart, l’Égypte renverse le match en prolongation. Encore une fois, le Maroc joue juste, mais perd au moment clé.

La CAN 2023 arrive dans un contexte unique. Demi-finaliste de la Coupe du monde au Qatar, le Maroc n’est plus un outsider. Il est attendu, observé, parfois craint. Le début de tournoi est sérieux, appliqué. Mais en huitième de finale, à San Pedro, tout s’écroule face à l’Afrique du Sud. La chute est violente, presque traumatisante.

Beaucoup y voient alors une malédiction, d’autres une incapacité à gérer le statut.

2025: enfin le déclic

Et puis vient cette CAN à domicile. Sans excès de communication, sans promesses tapageuses. Match après match, le Maroc avance. La victoire contre le Cameroun n’est pas flamboyante, mais elle est maîtrisée. Elle dit beaucoup d’une équipe qui a appris de ses échecs.

Vingt-deux ans après 2004, le Maroc retrouve enfin les demi-finales. Cette fois, sans nostalgie excessive. Avec l’expérience des cicatrices passées et la lucidité d’un groupe qui sait que l’histoire ne se répète jamais à l’identique.

Le plus dur reste à faire. Mais pour la première fois depuis longtemps, le Maroc n’est plus hanté par son passé. Il le regarde en face… et avance.

Par Adil Azeroual
Le 09/01/2026 à 20h53