ComEx de la CAF à Dar es Salaam: Motsepe face à l’affaire Mosengo-Omba et au scandale de la finale de la CAN

Le Comité exécutif de la CAF

Convoquée par Patrice Motsepe à Dar es Salaam, la réunion du comité exécutif de la Confédération africaine de football prévue vendredi 13 février s’annonce comme un moment charnière. Fragilisée par la situation controversée de son secrétaire général, ébranlée par le scandale de la finale continentale et décrédibilisée par un verdict disciplinaire vivement contesté, l’instance africaine est dos au mur.

Le 09/02/2026 à 20h49

Patrice Motsepe a convoqué, vendredi 13 février à Dar es Salaam, une réunion du comité exécutif de la Confédération africaine de football.

Sur le papier, une réunion statutaire, presque routinière. Dans les faits, un rendez-vous sous très haute tension, sans doute l’un des plus sensibles depuis le début du mandat du président sud-africain.

En effet, la CAF traverse une séquence trouble. Rarement l’instance continentale n’a donné l’image d’une institution aussi fragilisée, contestée et exposée à la critique, à la fois sur les plans juridique, disciplinaire et politique. Trois dossiers majeurs pèsent sur la table de Dar es Salaam: l’affaire du secrétaire général, le scandale de la finale de la CAN 2025 et un verdict disciplinaire qui continue de fissurer la crédibilité de l’organe judiciaire.

Un communiqué officiel… et beaucoup de non-dits

Dans un communiqué publié sur son site officiel, la CAF a confirmé que les membres de son Comité exécutif se rendront en Afrique de l’Est pour cette réunion prévue le 13 février 2026. L’instance précise que «plusieurs sujets» seront abordés et présente cette rencontre comme une étape importante dans le compte à rebours menant à l’organisation, en Afrique de l’Est, de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, programmée au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda.

La réunion se tiendra sous la présidence de Patrice Motsepe et sera suivie d’une conférence de presse. Un cadre formel, presque technique. Mais derrière cette communication lisse se cache une réalité bien plus politique. Car la réunion de Dar es Salaam ne se résume pas à la préparation d’une CAN à venir. Elle intervient dans un climat de défiance interne et externe, où chaque demi-mesure risque de coûter cher.

Véron Mosengo-Omba, un problème devenu institutionnel

C’est le dossier le plus explosif, parce qu’il touche au cœur même de la gouvernance. La situation du secrétaire général de la CAF, Véron Mosengo-Omba, n’est plus une simple polémique médiatique. Elle est devenue une question institutionnelle majeure.

Les faits, révélés et documentés notamment par le journaliste nigérian Osasu Obayiuwana, reposent sur un texte interne clair: le Règlement 130 du Manuel de l’emploi de la CAF. Ce règlement fixe l’âge obligatoire de départ à la retraite à 63 ans pour l’ensemble du personnel, avec une seule exception possible: une prolongation maximale de trois ans, accordée par le président ou le secrétaire général, sans possibilité d’aller au-delà.

Véron Mosengo-Omba, né le 15 octobre 1959, est nommé secrétaire général en mars 2021, à l’âge de 61 ans. Il atteint l’âge légal de la retraite en octobre 2022. Patrice Motsepe utilise alors la prérogative prévue par le règlement et lui accorde une prolongation de trois ans, une décision conforme aux textes mais qui fixe aussi une échéance claire: octobre 2025.

Le problème surgit après cette date. En octobre 2025, Mosengo-Omba atteint 66 ans. Et pourtant, il continue d’exercer ses fonctions, plusieurs mois après l’expiration de toute base réglementaire connue autorisant son maintien.

Dans les cercles juridiques et économiques, une question revient avec insistance: les décisions administratives, contractuelles et disciplinaires prises dans ce contexte sont-elles totalement sécurisées?

La CAF signe des partenariats majeurs, engage des budgets colossaux et négocie des droits commerciaux stratégiques. La moindre faille juridique pourrait demain servir de levier à une contestation devant les juridictions sportives ou civiles.

Le comité exécutif ne pourra plus éternellement se réfugier derrière le silence. Soit il assume politiquement la situation, soit il enclenche un processus de clarification. Continuer à faire comme si le problème n’existait pas serait une faute lourde.

La finale de la CAN 2025, un traumatisme mal refermé

Deuxième sujet brûlant: la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, devenue un véritable traumatisme pour le football africain.

Dans un message publié le 30 janvier sur le site de la CAF, Patrice Motsepe a reconnu avoir été «profondément déçu» par des événements qualifiés d’«incidents inacceptables», tout en insistant sur le respect de l’indépendance des organes judiciaires.

Les faits, eux, sont gravissimes. En cours de match, les joueurs sénégalais, accompagnés de leur sélectionneur Pape Bouna Thiaw, refusent de poursuivre la rencontre face au Maroc, en contestation de décisions arbitrales, avant de quitter la pelouse sans autorisation. Des incidents majeurs sont également signalés en tribunes: envahissement de terrain, dégradations de sièges et de matériel au stade Moulay Abdellah.

La finale Maroc–Sénégal dépasse dès lors le simple cadre sportif. Elle devient un test grandeur nature pour l’autorité institutionnelle de la CAF. Et ce test laisse, aujourd’hui encore, un goût d’inachevé.

Une commission de discipline sous le feu des critiques

Le verdict rendu par la commission de discipline a achevé d’enflammer le débat. Qualifié de très controversé par de nombreux observateurs, il est perçu comme déséquilibré, voire politiquement orienté.

Officiellement, des sanctions ont été infligées à la Fédération sénégalaise de football (FSF), à la Fédération royale marocaine de football (FRMF), ainsi qu’à plusieurs joueurs et officiels. Mais dans les faits, la philosophie globale de la décision interroge.

Côté sénégalais, les sanctions existent: cinq matches de suspension et 100.000 dollars d’amende pour le sélectionneur, deux matches de suspension pour Iliman Ndiaye et Ismaïla Sarr, et des amendes cumulées de 615.000 dollars pour la fédération. Sur le papier, le tableau semble sévère.

Mais le cœur du problème est ailleurs. La décision évite soigneusement de qualifier juridiquement l’acte le plus grave: le refus de reprendre le jeu et l’interruption de la finale. Aucun abandon officiellement retenu, aucune application claire des articles les plus lourds du règlement de la CAN.

À l’inverse, le volet marocain du verdict laisse un profond malaise. Achraf Hakimi est suspendu deux matches, Ismaël Saibari trois matches assortis d’une lourde amende, et la FRMF se voit infliger une série de sanctions financières.

Cette accumulation donne le sentiment d’une responsabilité étendue à l’extrême pour le pays hôte, comme si l’instance disciplinaire avait cherché à «équilibrer» politiquement son verdict, quitte à forcer le trait. Le rejet pur et simple de la réclamation marocaine, sans motivation détaillée, n’a fait qu’accentuer le malaise.

Motsepe face à son héritage

Pour Patrice Motsepe, la réunion de Dar es Salaam dépasse largement la gestion du quotidien. Elle engage son héritage à la tête de la CAF.

Arrivé avec la promesse d’une gouvernance moderne, stable et transparente, le président sud-africain se heurte aujourd’hui à une réalité plus rugueuse: une administration contestée, une justice sportive décriée et une communication institutionnelle en retard sur les crises.

Que faut-il donc attendre concrètement de cette réunion? Trois scénarios se dessinent: le statu quo, avec des discussions feutrées et aucune décision structurante ; des annonces cosmétiques destinées à calmer la tempête ; ou un véritable tournant politique, avec des décisions claires sur la gouvernance, la discipline et la gestion des crises.

Vendredi 13 février, à Dar es Salaam, il ne s’agira pas d’un comité exécutif de plus. Il s’agira d’un test de crédibilité et peut-être d’un moment de bascule pour le football africain.

Par Adil Azeroual
Le 09/02/2026 à 20h49