À Dar es Salam, la réunion du Comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF) devait être un moment charnière. Après une finale de Coupe d’Afrique des Nations 2025 polémique, des contestations publiques, des débats sur l’arbitrage et une affaire interne touchant le secrétariat général, beaucoup imaginaient une séance décisive, capable de clarifier la direction institutionnelle du football africain. Au final, il n’en est presque rien sorti, et c’est précisément ce qui ressort des déclarations faites par Patrice Motsepe en conférence de presse, à l’issue du ComEx.
La principale annonce, le maintien de la CAN 2027 au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, n’en est même pas vraiment une. C’était déjà le calendrier officiel. La CAF n’a fait que confirmer ce qui existait. Dans une organisation secouée par les doutes, on attendait des décisions structurantes; on a obtenu une formalisation administrative.
Puis vint le sujet central: les incidents de la finale Maroc-Sénégal. Le président Patrice Motsepe a reconnu une «déception», parlé d’un événement «regrettable», promis que cela ne se reproduirait plus: «ce qui s’est produit était extrêmement regrettable et ne doit absolument pas se reproduire, car cela a été une tache sur un tournoi magnifique organisé par le Maroc. Nous serons totalement intransigeants face à de tels événements. Ce n’est pas discutable: s’il y a des infractions, il doit y avoir une sanction dissuasive».
Le vocabulaire est soigneusement choisi: ferme en apparence, mais juridiquement neutre. Aucun responsable clairement désigné, aucune faute précisément qualifiée, aucun calendrier de sanction annoncé.
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La CAF annonce désormais vouloir revoir ses règlements afin d’adapter les sanctions. «Nous apporterons des modifications aux statuts, aux systèmes et aux règlements afin de garantir des sanctions dissuasives et adaptées pour toute infraction grave portant atteinte au respect et à la réputation du football africain», a lancé Motsepe.
Formulation intéressante, mais floue. On promet des modifications futures pour corriger des limites actuelles… sans expliquer lesquelles, ni pourquoi elles ont empêché d’agir plus tôt. Dans toute gouvernance sportive moderne, la règle précède la crise; ici, elle semble la suivre.
Morocco's midfielder #17 Abde Ezzalzouli, Senegal's defender #24 Antoine Mendy and Morocco's midfielder #11 Ismael Saibari vie during the Africa Cup of Nations (CAN) final football match between Senegal and Morocco at the Prince Moulay Abdellah Stadium in Rabat on January 18, 2026. (Photo by Paul ELLIS / AFP). AFP
Mais le passage le plus révélateur fut sans doute celui consacré au secrétaire général Véron Mosengo-Omba. Question délicate, car elle touche au respect des propres statuts de l’organisation. La réponse du Sud-Africain a soigneusement évité le cœur du problème. On parle de «meilleures pratiques mondiales», de «gouvernance», d’«extension possible», mais jamais du point précis: la conformité actuelle avec les textes.
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«La retraite de notre personnel est régie par les règlements de notre organisation. Par conséquent, nous ne prenons pas de décisions au cas par cas pour nos employés. Comme vous le savez, dans de nombreuses entreprises, lorsque vous atteignez l’âge de la retraite, le conseil d’administration peut décider de prolonger votre contrat d’un an ou plus, ou de nommer une autre personne à votre poste. Je pense que, dans cette situation, nous la traiterons non seulement selon nos règles et nos codes, mais aussi conformément aux meilleures pratiques mondiales de gouvernance», a déclaré Motsepe.
À Dar es Salaam, le patron du football africain a choisi la prudence. Peut-être trop. Parce qu’en voulant ne fâcher personne, il n’a convaincu personne.














