Non, la CAN d’Ounahi n’est pas terminée

Azzedine Ounahi. AFP or licensors

ChroniqueForfait pour le reste de la CAN 2025 après une déchirure au mollet, Azzedine Ounahi ne foulera plus les pelouses du tournoi. Mais réduire son rôle à son absence sur le terrain serait une erreur.

Le 05/01/2026 à 11h41

Il y a des images qui résument un tournoi. Des images qui marquent plus que des buts ou des statistiques. Celle de Azzedine Ounahi arrivant au stade en béquilles, le pied gauche emprisonné dans une botte orthopédique, en fait partie. Une image silencieuse, presque brutale. Celle d’un joueur qui ne jouera plus cette CAN… mais qui n’en est pas vraiment sorti.

Le diagnostic est tombé comme une sentence: déchirure au mollet, fin de compétition. Sportivement, le coup est rude. Humainement, il est encore plus violent. «Un vrai choc», dira Walid Regragui après le match face à la Tanzanie. Et pour une fois, le mot n’est pas vide de sens.

Ounahi n’est pas un joueur comme les autres. Il n’est pas celui qui crie le plus fort, ni celui qui s’impose par le physique. Il est de ceux qui rassurent sans bruit et qui pensent le jeu avant de le jouer. Dans l’architecture de Regragui, il est ce point d’équilibre subtil entre la rigueur et la liberté, entre le pressing et la respiration.

Sur le terrain, son absence se verra. Forcément. Moins de liant, moins de fluidité, moins de cette intelligence rare qui permet de jouer juste quand le match s’emballe. Mais réduire Ounahi à ce qu’il fait balle au pied serait une erreur. Car son importance dépasse largement le rectangle vert.

À 25 ans, il appartient déjà au cercle fermé des «anciens». Rescapé de l’épopée mondiale de 2022, il partage cette mémoire fondatrice avec les Hakimi, Bounou, Saïss, Aguerd, Amrabat, En-Nesyri et autres Mazraoui. Ceux qui savent ce que veut dire résister, souffrir, croire jusqu’au bout.

Quand Regragui confie qu’Ounahi a pleuré en apprenant son forfait, ce n’est pas une faiblesse. C’est un aveu de passion. De responsabilité aussi. Car pleurer, parfois, c’est mesurer le poids de ce que l’on représente.

Ounahi aurait pu rentrer en Espagne pour se soigner loin du tumulte, mais il a choisi de rester. D’être là. Dans le vestiaire, à l’entraînement, dans les tribunes. À parler aux plus jeunes, à encourager ses coéquipiers, à transmettre cette sérénité qui fait les grandes équipes. Il ne jouera plus, mais il participera. À sa manière.

Dans une Coupe d’Afrique des Nations où tout se joue souvent sur des détails, sur des équilibres invisibles, sa présence humaine comptera. Peut-être autant que son absence technique pèsera.

La CAN d’Ounahi est terminée sur la feuille de match, mais pas dans l’histoire de ce groupe. Car certains joueurs quittent la compétition. D’autres, comme lui, y restent autrement. Et parfois, ce sont ceux-là qui laissent l’empreinte la plus durable.

Par Adil Azeroual
Le 05/01/2026 à 11h41