Verdict de la CAF: l’immixtion du gouvernement sénégalais n’est pas dénuée de dangers

Les membres du gouvernement sénégalais avec le président Bassirou Diomaye Faye, le mercredi 17 septembre 2025.

Une sortie officielle au ton virulent, des accusations graves et un discours calibré pour l’opinion interne, mais qui peut entrainer des agissements incontrôlables: la réaction du gouvernement sénégalais à la décision de la Confédération africaine de football (CAF) dépasse le cadre du sport et fait peser un risque réel de tensions, au moment où la responsabilité et l’apaisement devraient primer.

Le 18/03/2026 à 21h01

Si l’on peut comprendre la frustration du public sénégalais et la réaction de la fédération sénégalaise de football, celle du gouvernement est difficilement compréhensible. Le communiqué du gouvernement sénégalais, publié dans la foulée de la décision du Jury d’Appel de la Confédération africaine de football (CAF), appartient à un registre qui dépasse la sphère du sport et les passions qu’il déchaîne.

Pour rappel, l’instance juridique de la CAF a décidé, en application de l’article 84 du Règlement de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), de déclarer l’équipe nationale du Sénégal forfait lors de la finale de la CAN Maroc 2025, le résultat étant homologué sur le score de 3-0 en faveur de la Fédération royale marocaine de football (FRMF).

Que le Sénégal conteste le verdict, qu’il s’en offusque, qu’il explore toutes les voies de recours possibles: rien de plus légitime. Le football est aussi fait de passions, de désaccords et d’interprétations parfois opposées. Mais entre la contestation d’une fédération de sport et l’immixtion d’un gouvernement, il existe une frontière qu’il est dangereux de franchir. Et cette frontière, dans ce cas précis, semble avoir été allègrement franchie.

Dans un communiqué rendu public ce mercredi, le gouvernement sénégalais a réclamé l’ouverture d’une enquête internationale «pour soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF». Le gouvernement sénégalais parle de «dépossession injustifiée», et dénonce une décision «d’une gravité exceptionnelle» et «grossièrement illégale». Dans un contexte déjà tendu, une telle communication, loin, d’apaiser, attise les frustrations et nourrit un sentiment d’injustice susceptible de déborder l’aire du football.

Car derrière les mots, il y a des réalités humaines. Avec un discours aussi tranché, le communiqué officiel du gouvernement sénégalais risque de galvaniser une rancœur populaire. Le risque est réel: celui de voir cette indignation, alimentée par un narratif politique, se traduire par des comportements hostiles, voire violents à l’encontre des ressortissants marocains vivant au Sénégal ou de leurs biens. L’histoire récente nous a appris que le football, lorsqu’il est instrumentalisé, peut vite sortir de son cadre.

Assimiler un match de football à une affaire d’Etat est un raccourci dangereux que le gouvernement sénégalais semble avoir emprunté sans en mesurer les conséquences.

Et pourtant, au-delà de cette finale, il y a une réalité que personne ne devrait oublier. Les liens entre le Maroc et le Sénégal sont profonds, anciens et solidement ancrés dans l’histoire. Deux nations unies par des relations diplomatiques exemplaires, des échanges économiques dynamiques, et surtout une proximité humaine et culturelle forgée au fil des siècles. De Rabat à Dakar, ces relations reposent sur le respect, la coopération et une fraternité que ne peut altérer un match de football.

C’est précisément pour cela que la retenue et la mesure étaient attendues. Parce que le rôle d’un État, dans ce cas de figure, n’est pas d’exacerber les passions, mais de faire dominer la raison. Il consiste aussi à ne pas électrifier un climat, à prévenir les débordements et, surtout, à éviter que la passion ne se transforme en fracture.

Sur le fond, la CAF a tranché en s’appuyant sur ses règlements. On peut discuter cette décision, la contester juridiquement, la combattre dans les instances compétentes. C’est le jeu normal des institutions. Mais en délégitimant publiquement l’instance, en criant à la corruption et à l’injustice, on sonne l’hallali contre l’adversaire et tout ce qui peut lui être assimilé.

La fédération sénégalaise va faire appel auprès du Tribunal Arbitral du Sport (TAS), une instance internationale, basée à Lausanne, et dont les décisions sont appliquées à la lettre par la CAF. Cette instance n’est pas supposée souffrir des «soupçons de corruption» dont accuse le gouvernement sénégalais la CAF. La sagesse est donc d’attendre son verdict et de l’accepter. Mais hurler avec les loups n’est pas un comportement responsable. Et pire, cela peut entraîner des comportements répréhensibles où le gouvernement sénégalais aura sa part de responsabilité.

Par Adil Azeroual
Le 18/03/2026 à 21h01