On parle couramment du «syndrome du coquelicot rouge», ou Tall Poppy Syndrome en anglais. Il s’agit d’une théorie sociologique et culturelle selon laquelle, dans certains groupes ou sociétés, ceux qui dépassent les autres, réussissent trop ou se distinguent excessivement sont critiqués, rabaissés ou «coupés», afin de préserver une forme d’égalité apparente au sein du groupe. En bref, la réussite dérange et devient préjudiciable à ceux qui en manquent. On agit alors tous azimuts pour ne serait-ce que dénigrer et médire de ceux qui excellent.
La métaphore vient précisément de l’idée que, dans un champ de coquelicots, ceux qui poussent plus haut que les autres sont coupés pour que le champ reste uniforme. Le syndrome du coquelicot rouge désigne donc cette mécanique bien connue par laquelle une réussite trop visible appelle non l’émulation, mais la volonté de la rabaisser par n’importe quel moyen.
À l’échelle régionale africaine, le Maroc en est aujourd’hui l’illustration la plus nette. Non pas parce qu’il s’autoproclame modèle, mais parce que ses performances s’imposent d’elles-mêmes, provoquant crispations, jalousies et stratégies d’entrave. En gros, un Maroc qui dérange parce qu’il réussit.
Le Royaume n’a cessé, ces dernières années, d’accumuler des réussites structurantes: diplomatie africaine active, infrastructures de grande qualité, notamment sportives de rang mondial, crédibilité organisationnelle reconnue, et résultats sportifs qui ne relèvent plus de l’exception mais de la continuité. Cette dynamique, loin de fédérer autour du pays, a réveillé chez certains acteurs régionaux une obsession de la contestation systématique, sans aucun scrupule ni limite.
L’organisation de la Coupe d’Afrique au Maroc aurait dû être consacrée comme un moment d’unité continentale de réussite collective de tous les africains. Elle s’est au contraire transformée, pour ses détracteurs, en terrain d’une guerre de nuisance visant moins l’événement que le pays hôte lui-même.
Le voisinage n’est pas étranger à la stratégie évidente de sabotage indirect que chacun peut parfaitement vérifier.
Dans ce contexte, il serait naïf de ne pas voir le rôle joué par l’Algérie, enfermée dans une rivalité devenue presque doctrinale avec le Maroc. Incapable de rivaliser sur le terrain de la performance, Alger a depuis longtemps déplacé le combat vers celui de la décrédibilisation, de la suspicion et de l’agitation périphérique.
Faute de pouvoir empêcher l’attribution ou le déroulement de la compétition, la stratégie a consisté à polluer son environnement narratif: remettre en cause l’équité, semer le doute sur l’arbitrage, insinuer des collusions, fabriquer du soupçon là où les faits résistent. Une méthode classique: quand on ne peut pas faire tomber le coquelicot, on tente d’en ternir la couleur. Et comme cela trouve toujours appui chez certains, des relais médiatiques idéologisés ont parfaitement pris le relais.
Cette entreprise n’aurait pas eu la même portée sans le concours actif de certains journalistes français idéologiquement alignés, souvent issus de milieux marqués par une hostilité ancienne au Maroc et à sa monarchie. Tout au long de la compétition, une partie de cette presse dite «progressiste» a déversé un venin fait d’insinuations, de procès d’intention et de mises en cause à peine voilées de la Fédération royale marocaine de football et de ses dirigeants sinon de l’Etat marocain.
Le journalisme d’enquête a ici cédé la place à un militantisme déguisé, où le soupçon tient lieu de preuve et où la réussite marocaine devient, par principe, suspecte. Ce traitement n’était ni neutre ni innocent: il participait d’une stratégie de délégitimation, soigneusement entretenue.
Par ricochet sont apparues certaines complicités africaines, et des frustrations recyclées se sont décomplexées.
Plus préoccupant encore, certaines attitudes de responsables ou dirigeants africains, ont alimenté ce climat délétère. Déclarations intempestives, contestations outrancières, postures victimaires déplacées: autant d’éléments qui ont donné le sentiment que des frustrations sportives ont été recyclées en accusations politiques, au mépris de l’éthique sportive.
Lire aussi : Algérie: du Sahara à la CAN, chronique d’un pays qui ne perd jamais… sauf face au réel
Qu’il y ait eu instrumentalisation consciente ou simple opportunisme, le résultat est le même: une tentative de fragilisation du Maroc par des voix censées incarner l’esprit de fraternité africaine.
Mais malgré tout, la manœuvre a échoué et elle est en train de se retourner contre ses instigateurs. Car malgré tout, la réalité est têtue. La Coupe d’Afrique au Maroc a été une grande réussite organisationnelle, populaire, financière, médiatique, économique et sportive. Les supporters africains, les délégations et les observateurs honnêtes l’ont vu et vécu. Les campagnes de suspicion n’ont pas masqué l’essentiel: le Maroc a livré ce qu’il avait promis.
En définitive, cette séquence révèle une vérité simple et dérangeante: le problème n’est pas que le Maroc gagne, organise et avance. Le problème, pour certains, est qu’il le fasse trop bien, trop visiblement, trop durablement alors qu’ils n’y arrivent point.
Et dans un champ de coquelicots africains, ceux qui s’acharnent à couper celui qui dépasse finissent souvent par révéler leur propre incapacité à grandir.Le beau coquelicot va continuer à pousser... surtout qu’il a bien été arrosé par une pluie abondante. Dieu merci.
Quant aux Coupes, il y aura bien d’autres occasions pour en soulever...
Les Lions de l'Atlas du Maroc qualifiés pour la finale de la 35e édition de la CAN visent un second titre continental après celui de 1976 et la finale perdue en Tunisie en 2004.

























