Patrice Motsepe et la CAF confrontés à une polémique juridique autour du Secrétaire général Veron Mosengo-Omba

Patrice Motsepe et Véron Mosengo-Omba.

Alors que la CAF affiche l’ambition d’une gouvernance réformée et exemplaire, une enquête du journaliste nigérian Osasu Obayiuwana pointe une contradiction troublante entre les discours et les pratiques. Le maintien de Veron Mosengo-Omba au poste de Secrétaire général, au-delà des limites d’âge prévues, pose une question de crédibilité institutionnelle majeure.

Le 03/02/2026 à 11h42

Dans une enquête publiée sur le réseau social X, le journaliste nigérian Osasu Obayiuwana, l’un des observateurs les plus aguerris de la gouvernance du football africain, met en lumière une zone grise aux conséquences potentiellement explosives: la légalité même de la présence de Veron Mosengo-Omba au poste de Secrétaire général de la Confédération africaine de football (CAF).

Les faits, tels qu’exposés par Obayiuwana, reposent sur un texte interne clair: le Règlement 130 du Manuel de l’emploi de la CAF.

Ce dernier stipule sans détour que l’âge de départ obligatoire à la retraite pour l’ensemble du personnel de la CAF est fixé à 63 ans. Il prévoit une seule exception: le Président ou le Secrétaire général peut accorder une prolongation maximale de trois ans, sans possibilité d’aller au-delà.

Or, Veron Mosengo-Omba est né le 15 octobre 1959. Lorsqu’il est nommé Secrétaire général par le président Patrice Motsepe en mars 2021, il a 61 ans. Il atteint l’âge légal de la retraite en octobre 2022.

Toujours selon Osasu Obayiuwana, Motsepe use alors de la prérogative prévue par le règlement et prolonge le contrat de Mosengo-Omba pour trois années supplémentaires. Une décision conforme au texte. Mais une décision qui fixe aussi, noir sur blanc, une échéance définitive: octobre 2025 au plus tard.

C’est là que le bât blesse. En octobre 2025, Veron Mosengo-Omba atteint l’âge de 66 ans. Et pourtant, il continue d’exercer les fonctions de Secrétaire général de la CAF, plusieurs mois après l’expiration de toute base réglementaire connue permettant son maintien.

Or, insiste Obayiuwana, le président de la CAF ne dispose d’aucun pouvoir statutaire lui permettant d’accorder une nouvelle extension au-delà des trois années prévues. Le règlement est silencieux sur toute dérogation supplémentaire. Et en droit, le silence n’autorise pas.

La question n’est donc pas symbolique. Elle est lourde de conséquences. Si l’analyse d’Osasu Obayiuwana est exacte, et aucun démenti juridique formel ne l’a contredite à ce stade, tous les actes administratifs signés par Mosengo-Omba depuis octobre 2025 pourraient être contestés: contrats, décisions internes, engagements financiers, actes pris au nom de la CAF.

Pire encore, certaines décisions prises durant la dernière Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc pourraient, théoriquement, être frappées d’irrégularité si leur chaîne de validation repose sur une autorité administrative devenue illégitime.

Les membres du Comité exécutif (ComEx) en sont-ils conscients? Ont-ils été informés? Ont-ils validé en connaissance de cause? Là encore, le silence est assourdissant.

Autre point soulevé par Obayiuwana: l’étrange mutisme du Comité d’audit et de conformité, ainsi que celui du département des ressources humaines de la CAF. Deux structures pourtant chargées, précisément, de veiller au respect des règles internes et à la conformité administrative.

Aucune communication officielle. Aucun avis juridique public. Aucune clarification.

Plus troublant encore: la récente démission de Felix Majani, directeur juridique de la CAF, sans explication officielle. C’est pourtant lui qui aurait dû fournir une lecture définitive et formelle de la situation.

Un paradoxe personnel et institutionnel

Le paradoxe est d’autant plus saisissant que Veron Mosengo-Omba est lui-même juriste, formé en Suisse, ancien cadre du département juridique de l’UEFA, et ancien collaborateur de la FIFA sur des questions de gouvernance et de droits humains.

Quant à Patrice Motsepe, il n’est pas un président profane: premier associé noir du cabinet Bowman Gilfillan en 1994, il connaît la portée d’un texte, la force d’un règlement, et le poids du précédent juridique.

Pourquoi, dès lors, laisser perdurer une situation qui, au premier abord, semble juridiquement fragile?

Lors de la dernière CAN féminine au Maroc, le président de la CAF avait pourtant déclaré à Obayiuwana, après l’examen d’un rapport du Comité d’audit: «J’ai une confiance et une foi totales en Veron. Si ce n’était pas le cas, je ne l’aurais pas nommé».

La confiance personnelle suffit-elle à combler un vide juridique? En droit, la réponse est connue.

L’enquête d’Osasu Obayiuwana pose une question que la CAF ne pourra pas esquiver éternellement: l’organisation est-elle aujourd’hui administrée par un Secrétaire général juridiquement en fonction?

À ce stade, une réponse claire, écrite, argumentée juridiquement est indispensable. Non pas pour des raisons politiques ou personnelles, mais pour la crédibilité institutionnelle d’une confédération qui se veut réformée, moderne et exemplaire.

Osasu Obayiuwana l’annonce: il poursuivra ses investigations. Et au regard des enjeux, il ne sera sans doute pas le seul.

Par Adil Azeroual
Le 03/02/2026 à 11h42