«Je suis “moro” et je représente l’Espagne»: le boxeur Ayoub Ghadfa répond aux racistes espagnols

Ayoub Ghadfa, boxeur espagnol d’origine marocaine

Ayoub Ghadfa met à son tour des mots sur le racisme qui continue de gangrener le sport espagnol. Né à Marbella de parents marocains et médaillé d’argent pour l’Espagne aux JO de Paris 2024, le boxeur a décidé de répondre aux attaques visant ses origines.

Le 19/09/2026 à 16h14

Après Vinicius Junior et Lamine Yamal, c’est cette fois Ayoub Ghadfa, boxeur espagnol d’origine marocaine et médaillé d’argent aux Jeux olympiques de Paris 2024, qui raconte ce qu’il reçoit sur les réseaux sociaux.

Né à Marbella d’un père originaire de Casablanca et d’une mère de Fès, le poids lourd a choisi de représenter l’Espagne, pays où il est né et a grandi. Champion d’Europe en 2024, médaillé de bronze mondial en 2023 et surtout vice-champion olympique à Paris, Ghadfa a pourtant régulièrement droit à un rappel de ses origines de la part de ceux qui considèrent qu’elles seraient incompatibles avec son appartenance à l’Espagne.

Dans un article publié par Marca, le boxeur revient sur les insultes qui lui sont adressées sur les réseaux sociaux. «Tu ne seras jamais espagnol», «Espagnol de seconde zone», «Tu es marocain», «Qu’on l’expulse»... autant de messages qu’il a décidé d’exposer publiquement.

Habituellement peu enclin à répondre, Ghadfa explique être désormais «assez fatigué» de ce déferlement. Et cette fois, il a choisi de mettre les mots.

«Je ne comprends pas pourquoi les gens me critiquent ou me jugent. Sur quels critères peuvent-ils décider si je suis espagnol ou non?», s’interroge-t-il, avant de toucher au cœur du problème: «Ce qui les dérange vraiment, c’est que moi, qui suis “moro”, je représente l’Espagne, que je réussis et que je les représente eux aussi».

Le boxeur ne renie rien. Ni Marbella, où il est né, ni le Maroc de ses parents. Être traité de Marocain ou de «moro» ne l’offense d’ailleurs pas. «Au contraire, cela me rend fier. Tout comme je suis fier d’être espagnol, parce que l’Espagne est ma maison et que je n’ai besoin de la permission de personne pour l’aimer ou la représenter», affirme-t-il.

Yamal: «J’ai ressenti le racisme mille fois»

Les déclarations de Ghadfa interviennent alors que le débat sur le racisme dans le sport espagnol est de nouveau particulièrement présent.

Lamine Yamal racontait dans un entretien accordé à Jorge Valdano avoir «ressenti le racisme mille fois». L’international espagnol, né en Catalogne d’un père marocain et d’une mère équato-guinéenne, expliquait qu’il ne s’agissait pas uniquement des insultes les plus spectaculaires, mais aussi de commentaires et de regards dont leurs auteurs ne mesurent parfois même pas la portée raciste.

Lamine Yamal sait précisément de quoi il parle. En octobre 2024, lors d’un Clasico au Santiago-Bernabéu, il avait notamment été visé par des insultes racistes après son but contre le Real Madrid. «Negro», «moro» et d’autres expressions xénophobes avaient été lancées depuis les tribunes. LaLiga avait dénoncé les faits auprès des autorités.

Le phénomène dépasse d’ailleurs le seul cas du joueur du Barça. En avril dernier, la police catalane avait ouvert une enquête après des chants islamophobes et xénophobes entendus lors du match amical Espagne-Égypte au RCDE Stadium. La FIFA avait ensuite ouvert une procédure disciplinaire contre la Fédération espagnole.

L’affaire des t-shirts, autre symptôme d’un climat tendu

Tout cela intervient également dans un contexte particulièrement chargé autour des joueurs ayant des attaches avec le Maroc.

Ces derniers jours, l’affaire des t-shirts portant des messages de soutien à l’hispanité de Sebta a débordé du simple cadre sportif. Abdessamad Ezzalzouli s’était retrouvé au centre de la polémique après avoir porté l’un de ces maillots avant une rencontre du Betis, un geste que le sélectionneur marocain Mohamed Ouahbi a ensuite qualifié de «maladresse».

Kylian Mbappé, Vinicius Junior et Ibrahima Konaté ont, eux, été pris pour cible sur les réseaux sociaux après avoir refusé d’enfiler entièrement un t-shirt similaire. Le groupe Ultras Sur, banni du Santiago-Bernabéu, est même allé jusqu’à réclamer des excuses publiques aux joueurs.

Au Barça, la question avait également suscité des réserves, Lamine Yamal ne souhaitant pas participer à une opération de ce type.

Dans cette Espagne où certains sportifs sont sommés de prouver leur appartenance, d’afficher une identité ou de choisir entre leurs origines et le pays qu’ils représentent, les mots d’Ayoub Ghadfa prennent une résonance particulière.

Lui a déjà tranché la question à sa manière. Il est né en Espagne, monte sur le ring sous le drapeau espagnol et a offert au pays une médaille olympique. Mais il reste tout aussi fier du Maroc de son père et de sa mère. Et c’est précisément cette identité qu’il refuse désormais de laisser d’autres définir à sa place.

Par La Rédaction
Le 19/09/2026 à 16h14