On se rappellera longtemps de ce match DHJ–HUSA (2-2), disputé en semaine pour le compte de la 19ème journée de la Botola. Techniquement, il n’y avait pourtant rien de transcendant malgré les quatre buts marqués. Mais ce match sans grand enjeu, disputé entre deux équipes de milieu de tableau, portera définitivement la marque d’un joueur: Mohamed Ounajem.
A la 32ème minute, le garçon de 34 ans a inexplicablement et gravement dérapé. Sur une action anodine, il a commencé à protester énergiquement auprès de l’arbitre, Hicham Temsamani. On sait que beaucoup de joueurs «botolistes» souffrent de ce lamentable défaut de fabrication: ils peuvent protester pendant des minutes pour une touche accordée à l’adversaire ou n’importe quel autre motif. Ounajem a abusé, en se servant des mains, donnant l’impression d’être agité, hors de lui. L’arbitre choisit de le refroidir en lui assénant un carton jaune. Mais le joueur, loin de se calmer, continua de protester de plus belle. 10 secondes pus tard, donc, l’arbitre lui colla logiquement un deuxième jaune, synonyme d’expulsion.
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Deux jaunes en 10 secondes, il faut le faire, il s’agit peut-être d’un record mondial. Et ce n’est pas fini.
Dans la suite, Ounajem refuse de quitter le terrain. Là, on bascule dans le surréalisme pur et dur. Le joueur du Hassania, visiblement dans un état second, continue de gesticuler, de parlementer (avec l’arbitre, avec les joueurs et bientôt avec les dirigeants!). A un moment, il s’empare du ballon et s’assied au milieu du terrain. Carrément.
Que prévoit le règlement dans un cas aussi exceptionnel, pour ne pas dire fou: appeler le service d’ordre, les policiers, les «videurs» comme devant un restaurant ou boite de nuit?
En dialecte marocain, il y a un mot qui résume l’attitude inqualifiable d’Ounajem: «T’3arbita». C’est le mot qui désigne, dans la vie quotidienne, la crise de nerfs qui se saisit d’un homme imbibé d’alcool.
L’attitude du milieu gadiri est d’autant plus incroyable que l’on parle d’un joueur d’expérience (34 ans), international marocain (1 sélection), qui a été champion du Maroc et d’Afrique (avec le Wydad), qui a aussi évolué dans un club étranger (Zamalek). Et qui a un talent fou: depuis sa révélation à Khénifra, il a toujours cassé les reins de ses adversaires et gagné le soutien des supporters.
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Que s’est-il alors passé sur le terrain d’El Jadida: un geste d’indiscipline et d’insubordination assez inouï ou un burn out, dans le sens clinique du terme?
Personne ne connait l’état dans lequel se trouvait le malheureux Ounajem après le rouge. Mais il y a un indice. A la fin du match, le coach d’Agadir, Hilal El-Taïr, a eu cette phrase: «Nous avons joué en seconde période pour Ounajem».
On ne joue pas pour un joueur qui a laissé ses coéquipiers à 10, mais pour un homme malheureux. Si la thèse du burn out est retenue, on peut comprendre la déclaration de l’entraineur du Hassania. Et on peut placer le «pétage de câble» d’Ounajem au même niveau, ou presque, que celui de Khalid Askri, ancien portier des FAR, qui quitta directement le terrain après avoir encaissé un but: c’était en 2010 et le burn out d’Askri en plein match est resté dans les annales.
